La fable Le Curé et le mort est issue du septième recueil des fables, elle en est la onzième.
Notons que les fables de ce même recueil ont pour thème commun
et dominant la rapacité et la chimère.
Depuis l’antiquité, la fable est un moyen de satire. Ici, La
Fontaine ne se prive pas de critiquer les mœurs du clergé. Il
nous raconte la chute inopinée d’un curé ayant la folie
des grandeurs.
Lecture du texte
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Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte ; Un Curé s'en allait gaiement Enterrer ce mort au plus vite. Notre défunt était en carrosse porté, Bien et dûment empaqueté, Et vêtu d'une robe, hélas ! qu'on nomme bière, Robe d'hiver, robe d'été, Que les morts ne dépouillent guère. Le Pasteur était à côté, Et récitait à l'ordinaire Maintes dévotes oraisons, Et des psaumes et des leçons, Et des versets et des répons : Monsieur le Mort, laissez-nous faire, On vous en donnera de toutes les façons ; Il ne s'agit que du salaire. Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort, Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor, Et des regards semblait lui dire : Monsieur le Mort, j'aurai de vous Tant en argent, et tant en cire, Et tant en autres menus coûts. Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette Du meilleur vin des environs ; Certaine nièce assez propette Et sa chambrière Pâquette Devaient voir des cotillons. Sur cette agréable pensée Un heurt survient, adieu le char. Voilà Messire Jean Chouart Qui du choc de son mort a la tête cassée : Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur ; Notre Curé suit son Seigneur ; Tous deux s'en vont de compagnie. Proprement toute notre vie ; Est le curé Chouart, qui sur son mort comptait, Et la fable du Pot au lait. Jean de La Fontaine |
Des verbes d’action comme « s’en allait » (vers 1) et « s’emparer » (vers 2), le verbe conjugué « empaqueté », ou encore la chosification du mort en trésor du prêtre ont pour effet de dédramatiser le mort. La périphrase « son dernier gîte » (vers 2) est un euphémisme, et la métaphore au vers 7, ont pour but de dédramatiser tout ce qui concerne le mort. Celui-ci est présenté comme s’il était vivant. On remarque une répétition du mot robe, « robe d’hiver, robe d’été » (vers 8) qui use du lexique de la légèreté, opposé au lexique macabre avec le mot « bière » (vers 7). La Fontaine fait preuve d’ironie.
La fable relève du style héroïcomique. Les projets éventuels du curé : « l’achat d’une feuillette du meilleur vin » (vers 24-25), l’achat de cotillons pour sa nièce et sa femme de chambre provoquent un décalage comique.
Les situations initiales et finales sont opposées, le mort était considéré comme un objet, et revient subitement à la vie au vers 33 avec la périphrase « Le paroissien en plomb » qui désigne le mort et le verbe d’action « entraîne ».
Un changement d’écriture au vers 32, il passe de l’octosyllabe à l’alexandrin,
provoque un retour brusque à la réalité. Les rôles
se trouvent inversés, c’est le « paroissien en plomb » qui
agit. Les vers 33 et 34 constituent un chiasme : le curé et le mort
connaissent désormais un même sort. Le vers 35 rappelle la situation,
ce qui produit un effet comique.
II. La satire du curé
Dans les vers 13, 14 et 15, on remarque une énumération soulignant
la quantité de prière : le curé paraît honnête,
respectable, mais l’opposition de l’aspect extérieur et
de la pensée crée un décalage dans le comportement du
prêtre.
La Fontaine se moque du curé en l’appelant Messire Jean Chouart au vers 18, ce qui relève du style héroïcomique : il donne une fausse importance au prêtre, ce qui va lui permettre de mieux le rabaisser. Pour mettre en relief la cupidité du prêtre, l’auteur fait rimer aux vers 18 et 19 « mort » avec « trésor », et ironise en employant la négation restrictive au vers 17, « il ne s’agit que du salaire ».
Le prêtre s’adresse au mort en le nommant deux fois « Monsieur le Mort » : il fait preuve d’un respect intéressé, qui le rend ridicule.
La Fontaine nous dévoile un prêtre matérialiste. L’emploi du futur (vers 21), nous montre la certitude du prêtre ; une récurrence de l’adverbe de quantité « tant » aux vers 22 et 23 traduit une avidité, une obsession du curé pour l’argent. Il est présenté comme un homme bien vivant, mais qui sombre dans le péché de la gourmandise.
Le saint homme caresse l'espoir d'obtenir les faveurs de sa nièce et celles de sa femme de chambre, il se montre pervers et hypocrite.
Lui qui dominait le mort au début de la fable, se trouve dominé par
le mort à la fin. Il y a retournement de situation.
Conclusion
Le but de la fable Le Curé et le mort est d'abord de distraire
le lecteur. Jean de la Fontaine respecte la ligne de l’apologue tout en
respectant le mouvement littéraire
de son temps : instruire de manière distrayante. Pour amuser, La Fontaine
a choisi le registre comique, la dédramatisation.
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