Splenn LXXVIII, de Charles Baudelaire, est le dernier des quatre Spleen et peut-être le plus terrible, le plus angoissant, délirant, dément.
Lecture
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Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
Des cloches tout à coup sautent avec furie
- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
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Edvard MUNCH, Le cri, 1893. |
On verra de ce texte un commentaire composé en étudiant d'abord la monté inexorable de la crise puis la défaite de l'esprit en proie au spleen.
Commentaire littéraire
I) La montée de la crise
A) Une lente progression vers l'inexorable
- Les quatre premiers quatrains développent une seule phrase qui progresse avec trois subordonnées (3 quand) et aboutit à un paroxysme dans la proposition principale.
- L'anaphore, avec le mot "quand" répété 3 fois, rythme cette progression.
- Par ailleurs, les coordinations "et qui" (vers 3-11), les enjambements continuels, tout cela donne l'impression d'un mouvement lent et enchaîné inexorablement.
B) Une atmosphère macabre
- Les impressions que ressent la victime du spleen sont pesantes, douloureuses, de plus en plus malsaines et de plus en plus inquiétantes.
- Le climat est pesant (vers 1), un accent irrégulier tombe sur "pèse".
- Le climat est douloureux (vers 1-16) => les sonorités dominantes sont douloureuses, nasales en "en", sifflantes en "s", l'assonance en "i" est très souvent à la rime.
- L'ensemble ramène à "l'esprit gémissant".
- Le climat est de plus en plus malsain: "jour noir" (vers 4) oxymore inquiétante; la nuit est pire, la terre devient un cachot humide, l'eau se fait pourriture.
- Le climat est de plus en plus menaçant, le poète est hanté par des présences menaçantes, "peuple muet d'infâmes araignées" (vers 11) => son cerveau n'est plus qu'une toile d'araignée.
C) L'image de l'enfermement
- La prison, d'abord extérieure au poète en proie au spleen, finit par être intérieure.
- Le ciel est un couvercle qui enferme l'esprit à la manière d'un cercle .
- La pluie dessine une immense prison, vaste (vers 10) mais extérieure.
- La prison finit par s'installer à l'intérieur de l'homme. De physique, la prison devient psychique; filet dans le cerveau, la météo montre un délire intérieur.
=> Tous ces éléments de plus en plus inquiétants permettent une montée de la crise avant son paroxysme et la défaite finale de l'esprit.
II) Le paroxysme de la crise et la défaite de l'esprit en proie au spleen
A) La défaite était prévisible
- "L'Espérance" avec une majuscule est une allégorie (= notion abstraite personnifiée) dévalorise l'anéantissement.
- L'Espérance est déjà condamnée avant que la crise n'ait atteint son paroxysme.
B) Les hallucinations sonores
- Le paroxysme de la crise se manifeste par des hallucinations sonores, plus violentes, car elle vient après la menace sourde des mouches: sonorités violentes en "que" et en "te" (vers 13-14).
- Les cloches lancent un appel vers le ciel, un hurlement (vers 14). Cet appel au ciel est opiniâtre (= obstiné), c'est un gémissement d'esprit condamné à l'exil,
les cloches implorent le ciel de demander pardon.
C) Dès lors la défaite de l'esprit est consommée
- Après les hallucinations sonores, il y a les hallucinations visuelles, "sans
tambours ni musique" (vers 17). La défaite s'exprime à travers la vision
d'un convoi funéraire interminable marqué par un rythme régulier et solennel.
- L'enjambement étire la vision du défilé, de la défaite de l'esprit, l'angoisse a pris possession de l'esprit en plantant son drapeau noir.
- L'espoir est en contre rejet, l'espoir est hors-jeu.
- Le drapeau noir symbolise soit le drap noir du corbillard, soit le drapeau de pirate.
Spleen LXXVIII est un poème dramatique qui dépeint la montée de la crise (vers 1 à 12),
puis son paroxysme (vers 13 à 16) et la défaite finale (vers 17 à 20), le tout
de manière
de plus en plus malsaine, démente.
Ici le spleen s'exprime à trois niveaux :
- le mauvais temps,
- moral et psychologique,
- métaphysique (strophe quatre).
Merci à celui qui m'a envoyé cette fiche...