L'horloge est le dernier poème de la section « Spleen
et Idéal »
Thème du temps, classique dans la poésie romantique
et dans Les Fleurs du Mal. Pour Baudelaire,
le temps est un poids, démesurément long quand le poète s’ennuie,
c’est
un supplice.
Lecture du texte
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Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi! Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi Se planteront bientôt comme dans une cible;
Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, |
Commentaire littéraire
1) le temps, thème principal du poème
Par sa composition, c’est une image du temps : 6 strophes de 4 alexandrins
: 6 x 4 = 24, même division qu’un cadran d’horloge. Chaque quatrain a 4
vers : autant que de quarts d’heure.
Poème établit sur des rimes : 12, sont alternées comme l’alternance
droite-gauche du balancier.
Les vers sont rythmés très régulièrement : par 6 syllabes (malgré quelques
ruptures dans le rythme aux vers 9, v11, v15, v19), par la ponctuation : virgule
(v1, v18, v22, v24), tiret (v 10), point d’exclamation (v1, v10, v13), point
virgule (v20), parenthèses (v14, v23), par la grammaire : conjonction de coordination
(v2), préposition (v3, v4, v8, v12, v16), relatif (v21).
Le poème fonctionne comme une mécanique d’horloge.
Champs lexical de l’horlogerie (= ensemble des instruments crées par l’Homme pour mesurer SON temps) : cadran (v1, v4), son (v14, v20, v21) – horloge la plus primitive (clepsydre) à horloge moderne (cadran solaire) + jacquemart (v5-6) – métaphore sur le cadran solaire (v2, v5-6)
Division du temps, rappel du décompte : v 7, v9, v15, v21, temps naturel : v 8, v 19, série d’adverbes : v4 écho à v24, v11, v20-21-22, complément circonstanciel
de temps : v 8 et 9 + « où »
Système des temps employés : présent d’habitude (v2) , présent d’impératif « souviens-toi », présent de vérité générale (v17), présent d’actualité (v24)
futur (…) passé : participe passé (v8), passé composé (v12)
Un adjectif traduit l’effet du temps sur l’Homme : « vieux lâche » : rappel que la vie a passé pour lui, le temps vieillit les êtres. Résultat : sensation presque physique du temps qui passe.
2) L’image que Baudelaire donne du temps
Expérience commune : v2, « nous » désigne tous les Hommes, mais aussi expérience individuelle : «souviens-toi», expérience personnelle à laquelle chacun est confronté (v8, v14)
Temps dominateur : v1 « dieu » :position de divinité personnifiée, « son doigt nous menace » : en nous créant, Dieu nous soumet au temps. S’exprime à l’impératif « souviens-toi »
Temps puissant : v18 « gagne », dépourvu d’émotions v1 « impassible », v18 « sans tricher »
Temps investi d’un savoir : v1 « sinistre » [sinister : celui qui dit l’avenir]
Le poème est un long discours du temps aux Hommes, il commence et s’achève sur ce qu’il se produira (v4, v5, v21, v24) le temps connaît l’avenir
Il représente toutes les sciences : v14 « parle toutes les langues »
Il est hostile : v2 « menace », v12 « pompé », v17 « avide », v20 « a
toujours soif » v9 « dévore » : // ogre qui consomme les Hommes, leur chair,
leur liquide : c’est une agression, un ennemi.
3) L’image qu’il donne de l’Homme soumis au temps
Anonyme
Démuni v3 « plein d’effroi », dépouillé de son plaisir v7,
Promis à la mort v12, v15, v24
Dépourvu de conscience et de sérieux : refrain « souviens-toi » : garde présent à l’esprit ton avenir, pas de souvenir du passé
Insouciant : v15 oxymore « mortel folâtre »,
gravité opposée à gaieté
Très dépensier : v13 « prodigue » (= dépenser sans compter)
Méprisable : laisse échapper sa vie sans conscience de sa préciosité v16, remet à plus tard le soin de vivre, il repousse la vertu qui, à sa mort est « encore vierge » v22.
Conclusion
Biographie banale d’un Homme ordinaire en 3 époques, // 3 actes d’une tragédie :
- saison du plaisir (strophe 2)
- saison de la paresse, vie dépensée à ne rien produire (strophe 4)
- tardifs regrets d’avoir oublié les valeurs (strophe 6)
Caractéristiques de la tragédie : v2, puissances divines menacent le destin de
l’Homme qui se perd au lieu de s’affronter à la vie, de construire une existence
de vertu. Il est averti mais porte en lui les causes même de son châtiment (parallèle
avec Dom
Juan de Molière).
Elargissement possible: L’Ennemi X et le Guignon XI
Merci à Guelib3 qui m'a envoyé cette fiche