Spleen

LXXVII - Je suis comme le roi...

Baudelaire - Les Fleurs du mal




Plan de la fiche sur Spleen - LXXVII de Charles Baudelaire :
Introduction
Texte du poème Spleen - LXXVII
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

     Spleen - LXXVII est le troisième des quatre spleens appartenant à la première partie "Spleen et Idéal" de Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire publié en 1857. Ce poème commence par "Je" comme le spleen LXXVI, mais ici il n'y a aucune allusion à la vie de Baudelaire. Le poète en proie au spleen se définit, en dehors de toutes allusions à sa vie, à l'aide d'une vaste comparaison.

Charles Baudelaire
Charles Baudelaire



Texte du poème Spleen - LXXVII


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LXXVII - Spleen


Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade ;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
II n'a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.

    Charles Baudelaire
    Les Fleurs du mal, section Spleen et idéal




Annonce des axes

I. Les caractères habituels du spleen
1. L'ennui
2. Le poids du temps
3. La pluie et le froid
4. La maladie et la mort

II. L'anéantissement du moi
1. La comparaison fin/début
2. Des procédés d'écriture vont suggérer la disparition du Je

III. Un anéantissement fatal que rien ne peut enrayer
1. Un entourage impuissant
2. Un parcours ordonné fatal
3. L'anéantissement fatal



Commentaire littéraire

I. Les caractères habituels du spleen

1. L'ennui

- Ici c'est le roi, c'est-à-dire le poète, qui s'ennuie si fort que rien ni personne ne peut l'y arracher.
- Le roi n'a plus de désir, incapable d'un sentiment quelconque. Rien ne le distrait ni la chasse (vers 5), ni le bouffon (vers 7), pas même la misère de son peuple mourant (vers 6). Il s'ennuie, il est cruel (vers 8).
- "L'ennui naît de l'absence de curiosité." écrit-il à sa mère. C'en est de même pour le roi.
- Sa cruauté n'est même pas volontaire, elle n'est que la conséquence de l'ennui à l'égard de tout.

2. Le poids du temps

- Le roi est jeune et pourtant très vieux (vers 2) comme si la jeunesse était impossible, comme si le temps ne pouvait signifier que vieillissement.
- Jeune squelette (vers 2) donne une atmosphère archaïque, sans jeunesse, sans vie; de même le vocabulaire employé est archaïque: dame d'atour (vers 10) (dames qui habillent la reine), le souris (vers 12), roi médiéval qui chasse et qui a un bouffon, il y a les Romains.

3. La pluie et le froid

- Le roi est roi d'un pays pluvieux (empire du spleen).
- C'est un état qui dure, on le retrouve au vers 17 avec le froid de la mort ; personne ne peut donner de la chaleur à l'être en proie au spleen.

4. La maladie et la mort

- Le roi est un cruel malade (vers 8), puis il devient un jeune squelette (vers 12) et enfin un cadavre hébété (vers 17) ; tous ces termes sont placés à la fin des vers.
- Le spleen va éroder, affaiblir et anéantir le moi.
- Le mot tombeau (vers 9) est le centre du poème, de même le lit fleurdelisé symbolise la fleur royale mais aussi le tatouage des criminels.


II. L'anéantissement du moi

1. La comparaison fin/début

- Elle souligne cet effacement du moi vers 1 : je suis vers 18 : Le Léthé (fleuve des enfers où les âmes venaient boire pour oublier leur vie). Nous avons le sentiment que le moi du poète s'est anéanti dans l'oubli ; le moi est devenu une ombre dans l'enfer.

2. Des procédés d'écriture vont suggérer la disparition du Je

- Le je est le comparé et le roi est le comparant, or dès le deuxième vers, et ce jusqu'à la fin, il n'est plus question que du roi donc du comparant.
- Le roi n'est plus désigné que par "son" (vers 6, 9, 14) ; par le pronom personnel l' (vers 15) et lui (vers 13) et par "ce cruel malade" (vers 12, 17, 18) => Ces pronoms mettent à distance le roi.
- Le roi est désigné par une métonymie (vers 6), le balcon dit l'absence du roi.
- Le roi est sujet dans les vers 3 et 4 passe à l'état d'objet ce qui amoindrit sa présence.
=> Autant de procédés qui suggèrent l'effacement progressif du roi et donc du moi métaphorique du poète. Cet effacement est présenté comme fatal.


III. Un anéantissement fatal que rien ne peut enrayer

1. Un entourage impuissant

- L'entourage du roi est impuissant à le sauver, il s'ennuie mais le bouffon, bien que grotesque, ne le distrait plus. Les dames d'atour ne peuvent réveiller sa sensualité, l'alchimiste n'a pu le réchauffer par des bains de sang (rite funéraire des Etrusques). Les verbes pouvoir (vers 13) et savoir (vers 11, 17) sont employés à la forme négative. Ils marquent cette impuissance ; l'élément corrompu -le spleen- ne peut être extirpé.

2. Un parcours ordonné fatal

- La composition du poème met en place un parcours ordonné fatal qui mène nécessairement de l'affirmation du moi à son anéantissement.
18 vers// Je suis ----------------> le tombeau -------------------> le Léthé
         Le roi (1-6)                  le bouffon / les dames                   le savant (13-18)
         s'ennuie                           (7-8) / d'atour (9-12)                  ne peut le ramener
                                                       v. 9                                            à la vie
                                              ne peuvent le distraire
- La rigueur de la composition mène à l'anéantissement du moi.

3. L'anéantissement fatal

- Une dernière progression dans le détail amène à l'anéantissement fatal du roi (= moi).
Ce cruel malade (vers 8) --- 4 vers ---> ce jeune squelette (vers 12) --- 4 vers ---> ce cadavre hébétée (vers 16).




Conclusion

    Dans les spleens précédents (LXXV et LXXVI), il y avait encore place pour le poète. Or ici il n'en est même plus question. Quant à l'être en proie, il n'est plus un granit, une chose (LXXVI), il n'est plus rien, le spleen a fait son œuvre.



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Merci à celui ou celle qui a réalisé cette analyse de Spleen - LXXVII de Baudelaire