SPLEEN

LXXV

Charles Baudelaire




Introduction

      Spleen LXXV est le plus ancien et le premier des 4 spleens ; il a été publié pour la première fois en 1851 puis dans Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire en 1857. Ce poème se trouve dans la première partie de Les Fleurs du mal qui s'intitule "Spleen et idéal".


Lecture



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LXXV - Spleen

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux;
L'âme d'un vieux poète erre dans la gouttière
Avec la triste voix d'un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée
Cependant qu'en un jeu plein de sales parfums,

Héritage fatal d'une vieille hydropique,
Le beau valet de coeur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.

             Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire


Projet

Après avoir défini et caractérisé l'essentiel de ce poème, nous en ferons une étude linéaire.

Définition et caractérisation.
Des quatres spleens, c'est le seul sonnet en alexandrin. Ce sonnet est pratiquement régulier, mis à part les rimes du quatrain qui sont croisées (ABAB) au lieu d'être embrassées (ABBA). Pour évoquer le spleen, c'est-à-dire un état de malaise, Baudelaire garde ici une forme stricte ; ce qui n'est pas le cas dans les autres spleens.
Le poète parle ici à la première personne ("Mon chat" vers 5), il évoque apparemment son environnement : la pluie sur la ville, une cloche au son grave, son chat, le bourdon, la bûche, la pendule et pour finir deux cartes à jouer.
Mais en réalité, il fait de ces éléments des symboles de son état de spleen, il métamorphose cet espace quotidien en un ensemble hanté par le mal d'être, l'incapacité à dire et à chanter.


Etude linéaire

I) Premier quatrain.

A)

- Pluviôse est un mois du calendrier révolutionnaire qui va du 21 janvier au 21 février, c'est donc un mois d'hiver comme son nom l'indique.
- Pluviôse est personnifié, il est irrité et verse le froid et la mort sur la ville.
- Le mot pluviôse est en tête du poème donc mis en valeur.
- La diérèse de pluviôse étire le mot, ce mot qui évoque la pluie, le froid, la révolution et la mort est le point de départ de toutes les images du premier quatrain; grands flots, verse un froid ténébreux et brumeux, cimetière, mortalité ...: cet ensemble exprime une sensation physique.
- Pluviôse au sens de violence et de mort appelle irrité, urne, pâle, cimetière, mortalité: ce champ lexical évoque un sentiment d'angoisse.

B)

   Ce quatrain évoque un monde entre la vie et la mort; pâles habitants, le peuple du faubourg est en train de mourir (v.4); ce monde n'est ni vivant ni mort : atmosphère inquiétante.


II) Deuxième quatrain.

    Dans le premier quatrain le poète percevait la ville, ici il va se percevoir lui-même à travers son chat, l'interprétation se fait plus délirante.

A)

- Pas de changement d'atmosphère avec le premier quatrain comme la ville, le chat et le poète sont la proie du froid (frileux v.8), de l'humidité (gouttière v.7), de la maladie (maigre et galeux v.6).
- La diérèse de pluviôse faisait durer de même le chat est sans repos (v.6), l'âme du poète erre (v.7).

B)

- Le chat et le poète sont une seule et même chose, ils sont substituables l'un à l'autre, le chat qui cherche sa litière est comme le poète qui erre, le mot gouttière les rapproche. L'un et l'autre ont même corps, même âme.
- Baudelaire, poète en proie au spleen, s'identifie à travers le chat.

C)

- Le centre du poème est au niveau des vers 7-8 (6 vers avant et après).
- La voix du poète triste n'est plus qu'un chuchotement, il est au bord de l'extinction

=> - Baudelaire, poète en proie au spleen, se perçoit sous la pitoyable apparence d'un chat maigre et sans voix, il est incapable de chanter, de parler, de créer.
- La vision de la vie et du chat était étonnante, la perception des objets qui vont suivre l'est d'autant plus encore.


III) Premier tercet.

A)

- Les verbes comme se lamente, accompagne en fausset, l'adjectif enrhumée, conviennent autant au poète qu'aux objets.
- Ces objets disent à nouveau le froid, la maladie: la bûche ne brûle pas, elle se consume, le bourdon = le glas, et surtout l'incapacité à chanter : la bûche a une voix de fausset (= voix de poitrine), le bourdon se lamente.
- Tous ces objets symbolisent le poète atteint à la fois dans son corps mais aussi dans son désir de chanter.


IV) Deuxième tercet.

A)

- Les cartes à jouer sont aussi celles qui disent l'avenir.
- Le jeu est déprécié, plein de sales parfums (d'habitude Baudelaire évoque des parfums exotiques dans ses poèmes, mais ici c'est un spleen).
- Ce jeu vient d'une vieille hydropique (personne ayant une retenue d'eau dans l'abdomen), continuation du thème de l'eau mais d'une manière malsaine.
- Ce jeu est un héritage fatal, le poète ne peut y échapper, les cartes symbolisent son destin.
- Les 2 cartes qui causent sinistrement annoncent au poète en proie au spleen qu'il sera lui aussi condamné à la mort de l'amour.


Conclusion

- Ce poème nous présente le spleen à la fois comme un sentiment de malaise physique et morale, mais aussi comme un sentiment chez le poète.
- Baudelaire dit le spleen poétiquement à travers des suites d'images symboliques, de plus en plus fantastiques et délirantes.







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