Introduction
Les Lettres persanes, écrites par Montesquieu, ont été publiées en 1721 anonymement. L’éditeur présente son livre comme un recueil de lettres fictives de Persans qui l’aurait recueilli chez lui. Cela permet d’éviter la censure. Les deux personnages principaux, Rica et Usbek, sont deux riches Persans qui ont quitté Ispahan pour rejoindre Paris. Leur séjour s’étend sur une dizaine d’années de 1711 à 1720. Ils écrivent beaucoup pour raconter ce qu’ils observent à leurs proches restés en Perse et aussi à leur ami Rhédi qui voyage en Europe. Ils observent les mœurs occidentales. Montesquieu va comparer deux mondes : l’Orient et l’Occident. Ce thème est très répandu au 18ème siècle. Ici il s’agit de la lettre 52 écrite par Usbek pour Rica. Nous étudierons d’une part la construction de la lettre puis d’autre part les portraits de femmes et pour finir le point de vue du narrateur.
Lecture du texte
Annonce des axes
Etude méthodique
I. La lettre
1) Genre épistolaire
- émetteur / destinataire : Rica à Usbek
- Lieu d’émission : Paris à un lieu inconnu. Ce lieu est caché par des étoiles. C’est un procédé qui permet dans les lettres authentiques de masquer les noms de lieu ou de personne afin que le lecteur ne le reconnaisse pas. Cela donne l’allure d’une lettre réelle.
- Date : le 3 de la lune de Chalval qui correspond au mois de décembre.
2) Structure de la lettre
Structure très bien organisée :
- Présentation du lieu et d’un groupe de femmes
- Dialogue de la plus jeune à la plus vieille avec des interventions du narrateur. Cet enchaînement est fait sous forme de pyramide. Réflexion personnelle du narrateur.
- Dialogue inverse : il va de la plus vieille à la plus jeune. Intervention du narrateur. Ici il mène le dialogue.
- Réflexion et conclusion générale adressées à Usbek. Les parisiennes ont peur de la mort.
à Raisonnement déductif. Montesquieu est parti de sa thèse à son exemple.
II. Portraits de femmes
Quatre générations de femmes qui ont toutes les mêmes caractéristiques.
1) La coquetterie
- La femme de quarante ans veut « avoir des amants », celle de soixante passe « une heure accordée pour la toilette », et celle de quatre-vingt ans utilise des « rubans couleurs de feu ».
- Elles veulent se valoriser, se mettre en avant. Chaque génération avec ses moyens.
2) Jalousie et mesquinerie
- La jeune de vingt ans croit avoir le privilège de la beauté et de la coquetterie. Elle ridiculise les femmes plus âgées qui se soucient de leurs apparences. « veut avoir des amants et fait encore la jolie »
- Chaque tranche d’âge critique la génération avant la sienne.
- Elles voient les défauts des autres et non les leurs.
- Elles sont jalouses.
- Elles portent des jugements négatifs.
- Elles blâment la vieillesse.
3) Peur de la mort et de vieillir
- Le narrateur joue avec elles et les flattent. Il comprend que la jalousie de ces femmes vient du fait qu’elles ont peur de vieillir et d’affronter la mort.
- Le narrateur les interroge et leur dit qu’on ne voit pas les différences d’âges.
- Certains de ces arguments sont assez frappants comme par exemple celui entre la tante et la nièce « Nous naquîmes la même année ». Il arrive à faire croire que la tante et la nièce sont nées la même année.
III. Le narrateur
Le narrateur porte un regard étranger sur cette société de femmes. Cette expérience le divertit.
1) le narrateur est l’intermédiaire des femmes
- Au début il approuve ce qu’on lui dit. Il les flatte et rentre dans leur jeu.
- Son but est de les ridiculiser et de les prendre au piège de leur coquetterie.
- Il manipule l’hypocrisie et la mauvaise foi.
- Il cherche à se divertir.
- Il y a un décalage entre ce qu’il dit et ce qu’il pense « quand je tint cette femme décrépite ». Ici tint signifie « prit au piège ».
- Le narrateur utilise le mot décrépite (vieille, usée physiquement). C’est un mot fort.
- Ses paroles sont tellement énormes que les femmes devraient lui répondre mais elles veulent y croire.
2) La satire
- Les besoins de l’homme à se consoler dans la faiblesse de l’autre.
- Besoin de paraître plus jeune que l’on est à défaut universel.
- Besoin de tromper les autres pour mieux se tromper soit même. Elles utilisent des artifices pour paraître jeune et pour se persuader qu’elles le sont.
- Peur d’affronter la mort : euphémisme et périphrase.
à Le narrateur se montre comme un penseur, un philosophe qui dénonce les travers de la société.
Conclusion
Montesquieu critique les parisiennes et leur souhait de
rester jeune. Il les trouve superficielles et rentre dans leur jeu pour mieux
les critiquer. Pour cela il utilise Rica comme porte parole. La satire de ces
mœurs est universelle. La coquetterie est très présente encore dans notre société.
Pour rester jeune, beaucoup de femmes sont prêtes à se tourner vers la chirurgie
esthétique.