Une Vie

Guy de Maupassant - Chapitre 1

De "La jeune fille s'abandonna au bonheur de respirer..." à "...d'une affection indescriptible."




Introduction

      Une vie, premier roman de Maupassant, publié en 1883 - histoire de l'héroïne Jeanne Le Pertuis des Vauds- au moment de sa sortie du couvent - vieillesse -roman s'ouvre le 2 mai 1819 - sortie du couvant - premier chapitre : retour de Jeanne - installation - voyage Rouan -demeure familiale - Jeanne dans la solitude de la nuit s'accoude à sa fenêtre - observe le paysage - personnage attentive au décor, dans la nuit - on peut y voir un désir d'ouverture sur le monde - ainsi il paraît intéressent - la vision que Jeanne perçoit de cette vie extérieur - vie nocturne = permet d'exprimer l'éveil des désirs et en fin l'aspiration à l'amour - important d'étudier.


Lecture

     La jeune fille s'abandonna au bonheur de respirer ; et le repos de la campagne la calma comme un bain frais.
     Toutes les bêtes qui s'éveillent quand vient le soir et cachent leur existence obscure dans la tranquillité des nuits, emplissaient les demi-ténèbres d'une agitation silencieuse. De grands oiseaux qui ne criaient point fuyaient dans l'air comme des taches, comme des ombres ; des bourdonnements d'insectes invisibles effleuraient l'oreille ; des courses muettes traversaient l'herbe pleine de rosée ou le sable des chemins déserts.
     Seuls quelques crapauds mélancoliques poussaient vers la lune leur note courte et monotone.
     Il semblait à Jeanne que son coeur s'élargissait, plein de murmures comme cette soirée claire, fourmillant soudain de mille désirs rôdeurs, pareils à ces bêtes nocturnes dont le frémissement l'entourait. Une affinité l'unissait à cette poésie vivante ; et dans la molle blancheur de la nuit, elle sentait courir des frissons surhumains, palpiter des espoirs insaisissables, quelque chose comme un souffle de bonheur.
     Et elle se mit à rêver d'amour.
     L'amour ! Il l'emplissait depuis deux années de l'anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d'aimer ; elle n'avait plus qu'à le rencontrer, lui !
     Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout.
     Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées.
     Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d'une affection indescriptible.

Extrait du chapitre 1 - Une Vie - Guy de Maupassant


Lecture méthodique

 I - Description de la vie nocturne des bêtes

A Une vie active et multiple

  • Diversité et pluralité (pluriels, énumération, pronoms indéfini )
  • Vie grouillante (vocabulaire, agitation, abondance de mouvement )
B Le caractère secret de cette vie

  • Vie nocturne (champ lexical )
  • Vie silencieuse et invisible (champ lexical )
  • Rôle des comparaisons
C La perception de cette vie par Jeanne

  • Focalisation interne
  • Rôle des perceptions sensoriel : visuel, auditif
  • L'attention de Jeanne, son ouverture, son harmonie avec cette vie environnante

 II - Les bêtes nocturnes : représentation des désirs de Jeanne (de l'extérieur vers l'intérieur)

A - Rapprochement entre Jeanne et les bêtes

  • Osmose, fusion (vocabulaire, champ lexical : " affinité ", " l'unissait ")
  • Reflet de l'agitation qui anime Jeanne (inversion du vocabulaire : " fourmillant ", " cœur ", " frémissement ", " bêtes ")
  • Comparaison (" que son cœur comme cette soirée claire ", " pareils à ")= similitude
B - L'éveil des désirs en Jeanne

  • Soudaineté de cet éveil, brutalité (" soudain ")
  • Multiplicité de ces désirs (" milles ")
  • Caractère vague de ces désirs : Jeanne se sent assaillie par ces désirs " rôdeurs "
  • Les effets produits par set éveil des désirs (" émoi ", " bouleversement ", " troubles ")
  • Manifestation de ce trouble : " frissons ", " palpiter "
  • Ce qu'apportent ces désirs : l'attente du bonheur
C - L'éveil des désirs : l'évolution de Jeanne

  • " Le bonheur de respirer " au début du passage
  • Le bonheur naturel, spontané, vécu, immédiat
  • Il se traduit par une quiétude, un apaisement (champ lexical, comparaison, " bain frais ")
  • Le bonheur auquel Jeanne aspire à la fin du texte, bonheur absolu à venir qui va faire l'objet d'une quête " surhumaine ", " insaisissable "
  • L'éveil des désirs qui permet de passer d'une conception à l'autre (le rôle des indices chronologiques " d'abord ", " soudain " et l'évolution
  • Quête du bonheur absolu lié à l'amour " et elle…. ? "

 III - La rêverie de l'amour

A - L'attente d'une plénitude à venir

  • Le rêve : elle ne connaît pas l'amour
  • Une tension dans son attente : " désir de peur ", " anxiété croissante ", " son approche "
  • L'emploi du conditionnel : futur dans le passé, projection dans l'avenir
  • Rôle de l'interrogation
  • Incarnation de l'amour dans une présence vague et imprécise (rôle des pronoms : " il ", " lui " )
B - La représentation sublimée de l'amour

  • Intensité des sentiments " adorer ", " chérir "
  • Investissement total de l'être : " de tout son âme ", " toute sa force "
  • Par la durée " éternel ", " indéfiniment " =Jeanne rêve d'un amour absolu
C - Représentation de l'amour d'une fusion totale des âmes

  • Sentiment d'amour, de complicité (champ lexical : " tendresse ", " affection ") = relation sereine, fraternel et chaste
  • Fusion de deux êtres " mêlant ", " tellement unis " = osmose de deux en un : harmonie totale " …leurs plus secrètes pensé ", transparence, communion totale " jusqu'à "


Conclusion

      Projection de Jeanne sur la nature. D'abord description de l'extérieur, puis intériorisation du moment extérieur. Importance de Jeanne avec la nature. Importance de la nature : père rousseauiste = rendu sensible à la nature, promenade. Rapprochement avec Mme Bovary.






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