1. le lyrisme de l'évocation
C'est un texte très poétique, et Colette se livre à une évocation lyrique de ses escapades. Ainsi on retrouve plusieurs rythmes ternaires, comme dans la première phrase : le rythme est incantatoire, et les mots résonnent comme un appel aux étés de son enfance. Ainsi, on trouve de nombreux démonstratifs comme « C'est sur ce » qui contribuent à donner sa tonalité lyrique au texte. Il n'y a pas de repères temporels dans le texte, ils sont uniquement suggérés par son environnement : « lever du jour ».
2. le motif de la naissance
Colette présente l'aube comme un monde à part, un monde fœtal, où rien n'a encore de forme : « humide et confus », « brouillard ». C'est un Eden qu'elle est seule à habiter ; elle à la fois la première à le pénétrer, et tout au début de son éclosion: elle prend conscience d'un monde où tout est à sa première manifestation : rythme ternaire « premier souffle accouru, premier oiseau, le soleil encore ovale ». Le thème de la naissance se retrouve avec l'évocation des sources : « aussitôt née ». Le jaillissement de l'eau se rapproche de la naissance de la nature qui l'entoure.
3. les images de paradis
La nature que décrit Colette apparaît au lecteur comme un véritable
paradis, elle est pour elle une « récompense » qu'elle désire.
On remarque le champ lexical de l'exaltation : « grâce indicible », « révérais », « connivence ».
II Le récit d'une expérience privilégiée
Le pluriel du mot « étés » montre qu'il s'agit du
souvenir d'un grand nombre de promenades : Colette veut restituer cette ambiance.
1. la connivence avec la nature
Colette apprécie beaucoup ces moments privilégiés de solitude avec la nature: « j'aimais tant l'aube, déjà » => le mot aube est mis en relief par l'adverbe « tant » et la pause qui la suit. « déjà » montre que cet amour de la nature qu'elle a éprouvé très tôt, elle le ressent toujours adulte. Elle montre une nature vivante par des personnifications : « des terres maraîchères qui se réfugiaient », et son goût pour le retirement au sein de la nature : « J'allais seule ». De plus, elle a une véritable relation affective avec les deux sources, et les apparente à des êtres animés, avec des termes du domaine affectif : « décourageait », « secrète », « sanglot ». Elles les humanise et les assimile presque à des divinités : « révérait ».
2. la découverte de soi
Colette découvre son corps par son corps à travers la nature. Ainsi, il y'a une symétrie entre son âge et le début de la journée, une osmose des couleurs entre celle de ses yeux et celles de la nature, etc.
3. la prise de possession du monde à travers
les sensations
Le texte ne comporte pas les réflexions de Colette enfant, mais ses
sentations concrètes qu'elle a ressenti physiquement à travers
différents sens : le toucher : « gravier chaud », « groseilles
barbues », la vue : « bleu originel »,
le goût : « goût
de feuille de chêne », et suggéré par les fruits.
Ces sensations restituent les plaisirs de l'enfance : « grands
chapeaux », « étés
presque sans nuits ». C'est un chant du passé de Colette :
en une phrase, elle restitue les sensations et les plaisirs de ses promenades.
Ainsi,
elle il y'a une véritable osmose entre elle et la nature, elle la vit à travers
son corps : « lèvres », « oreilles », « narines »,
qui semble plus animal que « nez ». Tout son corps est à l'écoute
du monde.
III. La voix de la narratrice
1. le couple mère/fille
Ce texte, comme le fait le reste de l'oeuvre, montre une relation privilégiée entre Sido et sa fille. La métaphore « ma mère me l'accordait en récompense » en parlant de l'aube la dépeint comme une sorte de divinité, capable d'offrir quelque chose d'aussi immatériel que l'aube à un autre être mythologique : sa fille. On voit qu'elle représente énormément pour Sido qui la compare à un « joyau », un « chef d'oeuvre ». On voit l'orgueil de la mère qui décrit sa fille comme un objet d'art très précieux.
2. la nostalgie
La narratrice est nostalgique de son corps d'enfant : « jolie [...] je l'étais à cause mon âge ». L'accumulation de démonstratifs donne un rythme incantatoire, et montre son désir de faire ressurgir le passé. De même, la dernière phrase montre la richesse des sens de la narratrice, ainsi que son souhait de retrouver un moment privilégié de l'enfance au moment de mourir, qu'elle désigne par l'euphémisme « au moment de tout finir » : un assimilement à un achèvement, une plénitude. Colette ressent beaucoup de nostalgie pour ce paradis perdu.
3. l'humour
Cette promenade est vue par Colette enfant comme une expédition : « trois
heures et demi », une conquête : « panier vide », « vers
des terres », « vers » : caractère lointain et imprécis.
Mais l'humour de la narratrice se détache de ces rêves : « terres
maraîchères ». De même, elle rit de l'objet des ces
escapades avec leur objet : « vers les fraises, les cassis et les groseilles. » Colette
s'amuse aussi du jugement que portait sa mère sur elle : « ma
mère et mes portraits de ce temps là ne sont pas toujours d'accord ».

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