Mémoires du Cardinal de Retz

Une éloquente plaidoirie

Cardinal de Retz (1613 - 1679)

De "On a soumis, Messieurs, ..." à "... amertume dans le tombeau."





Plan de la fiche sur Une éloquente plaidoirie du Cardinal de Retz :
Introduction
Texte étudié
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

Le Cardinal de Retz (1613 - 1679) était un homme brillant. C’est un homme qui était « bien dans son temps ».
Il était très important : c’était l’archevêque de Paris. C’était un homme remuant : il avait beaucoup d’adversaires.
Dans ce texte, on lui a supprimé la charge de l’Archevêché. Il va donc protester contre le pouvoir (une fois de plus).
Les 1ères lignes du texte indiquent de quoi il s’agit : c’est un démêlé entre lui et la justice ; il va ensuite reprendre sa cause en montrant que ceux qui l’ont accusé ont eu tort puis il montre les conséquences de ce crime.


Texte étudié

    On a soumis, Messieurs, la dignité de cardinal d'archevêque de Paris à une proscription infâme, qui a été accompagnée de toutes les indignités qui pouvaient rehausser la honte et le scandale. On a profané, par une garnison de soldats ma maison archiépiscopale, qui, selon les sacrés canons, a toujours considérée comme sainte et comme faisant partie l'Église. On m'a ravi, par une lâche vengeance, tout revenu de mon archevêché et pour colorer cette action d'un faux prétexte de justice, on y emploie la plus des injustices, qui est d'alléguer que faute d'avoir rendu le serment de fidélité au Roi, l'archevêché est en régale. C'est-à-dire que ceux qui m'ont empêché jusqu'à cette heure, et m'empêchent encore de rendre ce devoir à Sa Majesté, ont droit de prendre cet empêchement qu'ils forment eux-mêmes, pour une raison légitime de se saisir de mon bien et de réduire à l'aumône un archevêque de Paris et un cardinal. Ce que je ne dis pas, Messieurs, pour être fort touché de cette injustice ; Dieu m'ayant fait la grâce d'être peu sensible à la passion du bien et de l'intérêt, j'espère qu'il me fera celle d'en souffrir la perte avec le même esprit, avec lequel on sait que j'ai refusé autrefois de grandes sommes et des bénéfices très considérables. Et comme je n'ai jamais voulu tirer de la cour des gratifications extraordinaires, qu'on jugeait alors que j'avais méritées aussi bien que beaucoup d'autres, je me sens aussi éloigné de faire des actions indignes de mon caractère, pour conserver ce qui m'appartient, que je l'ai toujours été d'en faire d'indignes de la générosité d'un homme d'honneur, pour recevoir ce qu'on me voulait donner même avec empressement.

    On a condamné mes domestiques, sans aucune forme de procès, à un rigoureux exil. On a persécuté tous ceux qu'on a cru être mes amis ; on a banni les uns on a emprisonné les autres ; on a exposé à la discrétion de gens de guerre les maisons et les terres de mes proches. Et on a eu assez d'inhumanité pour étendre la haine que l'on me porte, jusque sur la personne de celui dont je tiens la vie, mes ennemis ayant bien jugé qu'ils ne pouvaient me faire une plus profonde et plus cuisante plaie, qu'en me blessant dans la plus tendre et la plus sensible partie de mon cœur. Ni la loi de Dieu, qui défend de maltraiter les pères à cause de leurs enfants, ni son extrême vieillesse qui aurait pu toucher de compassion des barbares, ni les services passés qu'il a rendus à la France dans l'une des plus illustres charges du royaume, ni sa vie présente, retirée et occupée dans les exercices de piété, qui ne lui fait prendre d'autre part dans la disgrâce de son fils, que celle de la tendresse d'un père et de la charité d'un prêtre pour le recommander à Dieu dans ses sacrifices, n'ont pu les détourner d'ajouter à son dernier exil de Paris un nouveau bannissement ; d'envoyer avec des gardes et à l'entrée de l'hiver, un vieillard de soixante-treize ans, à cent lieues de sa maison dans un pays de montagnes et de neige pour accomplir en lui ce que le patriarche Jacob disait autrefois de soi-même, dans la malheureuse conspiration de l'envie qui lui avait ravi son fils Joseph : "Qu'on ferait descendre ses cheveux blancs avec douleur et amertume dans le tombeau."

Mémoires du Cardinal de Retz




Annonce des axes

I. Démêlé entre le Cardinal de Retz et la justice
II. Il reprend sa cause en montrant que ceux qui l’ont accusé ont eu tort
III. Les conséquences de ce crime



Commentaire littéraire

I. Démêlé entre le Cardinal de Retz et la justice

- Ton solennel (par exemple « Messieurs ») : on s’est attaqué à l’Eglise, pas à sa personne : en supprimant son Archevêché, on supprime un bien de l’Eglise -> « honte », « scandale », « crime » contre la grandeur de l’Eglise.
- Par vengeance, on lui a pris tous les revenus de son Archevêché -> on lui a pris son argent : c’est beaucoup plus matériel que ce qu’il dénonçait juste avant.


II. Il reprend sa cause en montrant que ceux qui l’ont accusé ont eu tort

- Il va montrer qu’il s’agit d’un faux prétexte. Sa faute, selon ses détracteurs : un accord entre l’Eglise et l’Etat qui n’a pas été respecté (l’Eglise doit allégeance au Roi). Or, il n’a pas prêté serment car on l’en a empêché. Pour lui, cet acte était un « devoir ».
- Ces gens qui l’en ont empêché ont fait cela car ils convoitaient ses biens -> ils ont fait leur mauvaise action en toute légalité.


III. Les conséquences de ce crime

- Le Cardinal de Retz va se retrouver sur le parvis de Notre-Dame à faire l’aumône -> il grossit l’image, cela n’arrivera jamais.
- Conséquences : tous ceux qui étaient avec lui se retrouvent aussi « à la rue », sans que l’on ait cherché à connaître ce qu’ils avaient fait. « On » ( -> la justice) les a renvoyés, sans jugement.
-> On élimine des gens que l’on aime pas en se servant de ce prétexte (soi-disant, ce sont des amis du Cardinal de Retz) -> on les a exilés ou on les a emprisonnés.
- Les soldats ont envahi les maisons des proches du Cardinal de Retz -> on dort chez eux, … voire pire ( -> « dragonnades »).
- Beaucoup de gens ont été punis pour rien, mais il va encore plus loin : une « inhumanité » qui le touche en plein cœur -> on s’est occupé de son père pour lui faire du mal.
- On a une période : exercice de style en une phrase qui contient une argumentation -> « ni la loi de Dieu » jusqu’à la fin.
- Succession de « ni » -> défauts des gens qui l’ont attaqué :
      - aucun respect de la loi de Dieu -> les pères ne paient pas les fautes des enfants
      - aucun respect de son âge -> il a 73 ans (c’est très vieux à l’époque)
      - aucune pitié (« barbares »)
      - pas de reconnaissance de l’Etat -> il a pourtant exercé un rôle important (général des galères)
      - aucun respect pour sa vie présente, une vie de piété.
- Son père a essayé de l’aider, mais rien de tout cela n’a détourné les autres de leur but.
-> Son père a été exilé avec des gardes, dans les montagnes et dans la neige, en plein hiver. On l’éloigne très loin de chez lui -> on veut sa mort. Le Cardinal de Retz montre ici l’amour et sa tendresse pour son père.





Conclusion

    Après cet élan filial, il reprend son ton d’éloquence d’un cardinal -> il compare son histoire avec la Bible : il donne encore plus de force à sa démonstration.
    Retz, gravement atteint par la décision qui le prive de son évêché va tout de même exploiter la situation et réaliser une plaidoirie éloquente (= qui a l’air de convaincre et/ou de persuader par la parole).

Retourner à la page sur l'oral du bac de français 2017 !
Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur Une éloquente plaidoirie du Cardinal de Retz