Promenade nocturne de Pierre. Pierre dépossédé de l'appartement
convoité, cède à l'amertume (raison de la promenade). Pierre noyé de brouillard
plonge dans sa mémoire pour rassembler des brides de souvenirs qui lui permettent
de comprendre pourquoi Maréchal l'a exclu de son testament.
Nous étudierons ce texte en nous intéressant à la quête
de la mémoire à travers les discours utilisés dans ce passage, puis nous examinerons
les ponts de vues, nous pourrons ainsi voir la complémentarité des différents
types de discours.
I- L'ORGANISATION POLYPHONIQUE DU PASSAGE :
Deux voix s'expriment et se combinent dans ce texte :
1- celle du narrateur :
Récit à la troisième personne, point de vue omniscient, le narrateur rapporte l'esprit du personnage.
" Maintenant les souvenirs affluaient dans l'esprit de Pierre "
2- celle de Pierre :
Propos rapportés au style direct :
" Il murmura : " Il faut savoir. Mon Dieu. Il faut savoir.""
3- ces deux voix :
Se confondent avec le discours indirect libre, perceptible à plusieurs indices :
- les phrases interrogatives à la troisième personne qui traduisent les questions que se pose Pierre :
" Pourquoi laisser toute sa fortune à Jean ? " et "rien à Pierre " au lieu de moi.
- le narrateur prend en charge une pensée, une parole qui s'élabore avec difficulté, empiétement :
" Alors…. alors "
Le récit du narrateur et le discours de Pierre constituent deux voix différentes, elles se répondent par leurs préoccupations.
II- DEUX VOIX POUR UNE MEME QUETE :
a- Pierre à la recherche de ses souvenirs :
Observations par Pierre de ses souvenirs, focalisation interne, discours du type délibératif :
- connecteurs logiques, conséquence (donc, alors), marque les conclusions successives auxquelles a aboutit Pierre.
- les interrogations avec surtout le "non" qui répond à la première et qui suggère l'idée d'un dialogue du personnage avec lui-même.
- Pierre et Jean
sont remplacés successivement par : l'aîné - le
cadet, l'un - l'autre (indéfini), celui-ci - celui-là (défini).
Volonté d'objectivité dans cet examen qui se veut
méthodique de Maréchal. Volonté que l'on retrouve également
dans les adverbes d'infinité (plus, moins).
- Rythme donné par
la syntaxe et la ponctuation, cela révèle une
pensée qui cherche ses repères et inspecte ce
qui s'offre à sa réflexion : "visiblement" et "en
apparence". Observations minutieuses des souvenirs
perceptibles dans les notations de temps : "maintenant", "alors".
Une quête mobilise toutes les attentions et énergies.
b- narrateur qui observe Pierre, son personnage, qu'il tient sous son regard :
- Maintenant : il actualise la scène que va nous raconter le narrateur, il place le narrateur. Déictique, qui actualise la scène, champ proche de celui du narrateur dans la mesure ou celui de la narration se rapproche de celui de la fiction. Les deux voix, narrateur - personnage, n'en font qu'une dans le discours indirect libre.
- Les paragraphes :
ils sont reliés de manières à indiquer une progression
interrompue : "plus il y songeait, plus il revivait…".
Le narrateur commente ce que vient de dire Pierre.
Le paragraphe suivant : " et ", "alors ". Le suivant
: " maintenant " introduit une confusion entre le
présent du regard et le passé de la narration. Confusion
qui s'accomplit dans le discours indirect libre.
Le regard du narrateur et celui du personnage interviennent de façons identiques, l'un pour restituer le cheminement psychologique du
personnage, l'autre pour reconstituer le passé.
III- DEUX VOIX COMPLEMENTAIRES :
a- Le discours intérieur de Pierre :
Le discours de Pierre s'organise comme un raisonnement (connecteurs logiques), il analyse des données. Mais il rencontre des difficultés pour clarifier ses idées d'où des tâtonnements dans la construction des phrases, marques souffrances (tout, alors), emploie des prénoms des personnages. Il emploie des noms propres pour rappeler son implication personnelle dans la situation. Le lexique et la répétition suggèrent le caractère impérieux. On a affaire à des phrases de ponctuations narratives et pourtant avec une tonalité exclamative. Recours à des mots exprimant la prière : " Mon Dieu ", besoin douloureux de connaître le passé, effort de volonté. Reprise du contrôle de l'esprit (injonction).
Reprise par une injonction : " il faut savoir ". Il souffre, il ne peut plus raisonner, impossible d'aller plus loin, intervention du narrateur obligatoire (traduit trouble personnel).
b- discours du narrateur : troisième personne
Il permet de rendre compte de ce qui se passe en dehors du langage
du personnage et il nous restitue :
- des images que Pierre perçoit : "des visages
lui échappaient", "la dernière figure de cet homme".
- des comportements
de Pierre : "le docteur jugeait", "il
cherchait plus loin".
Il s'agit de la souffrance de Pierre, elle est évoquée par l'occurrence
des noms communs : "souffrance, angoisse", des adjectifs : "aiguë,
inexprimable".
Comparaison : "comme une loque agitée", idée de violence.
Transformation d'un mal moral, l'angoisse, en un mal physique, "entrer dans sa poitrine ". Malaise qui atteint un paroxysme avec les cauchemars.
CONCLUSION
La pluralité des voix permet de montrer les différentes facettes de la situation. La voix de Pierre et celle du narrateur convergent pour restituer l'effort du personnage dans sa réflexion et sa quête, pour préserver l'effet de réel, ses deux voix deviennent ainsi complémentaires, l'une restituant la pensée verbalisée, l'autre le vécu non verbalisé qui se traduit par une souffrance.
Merci à Romain qui m'a envoyé cette
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