Pierre et Jean

Les Phares (Chapitre 2)

Maupassant





INTRODUCTION

Ce texte est un extrait du roman naturaliste Pierre et Jean de Maupassant, roman publié en 1888. Maître Lecanu a annoncé aux Roland l'héritage laissé à Jean par Léon Maréchal. Les deux frères sont partis chacun de leur côté. Dans cet extrait, Pierre réfléchit, face à la mer, à ce qui vient de se passer. Il assiste à un beau spectacle nocturne dans le port du Havre.


LECTURE


ANNONCE DES AXES

I- Un texte à dominante descriptive
II- La portée symbolique de la description : le paysage intérieur de Pierre


ETUDE

I- UN TEXTE A DOMINANTE DESCRIPTIVE

A. Mouvement du texte

  • l. 1-33 : description à dominante imparfait
  • "Juste à ce moment" (l. 34-40) : la réaction de Pierre nous est présentée grâce à l'emploi du passé simple et des paroles au style direct
  • l. 41-47 : description d'un bateau
  • l. 48-49 : réaction de Pierre
-> Interprétation : on a un mouvement d'aller retour entre la description du paysage et les réactions de Pierre : la réaction suit toujours la description ce qui montre bien que l'ambiance du spectacle conditionne l'état d'esprit du personnage.

B. La structure des parties descriptives

1. Point de vue : focalisation interne

  • Indices spatiaux : "sur sa droite" (l. 1), "tout près de lui" (l. 41)
  • Verbe de perception, "il vit" (l. 44)
2. Structure -> le personnage fait le tour de la situation

  • Relevé de la toponymie :

    NORD OUEST
    â
    "Sainte-Adresse" (l. 2)
    â
    "cap de la Hève" (l. 2-3)
    â
    "les deux jetées" du Havre (l. 9)
    â
    (…)
    â
    "Etouville" (l. 22)
    â
    "Rouen" (l. 23)
    â
    SUD EST

    -> Le personnage effectue un tour sur lui-même pour observer le paysage. Symboliquement, ceci est révélateur de son état d'esprit -> il fait le tour du problème qui se pose à lui.

  • Les noms de lieux sont réels ce qui est une manière de rendre la description crédible vis-à-vis du lecteur (réalisme). Exception : Etouville.
C. Tonalité

On a ici une tonalité assez poétique qui joue sur les harmonies et les jeux de lumière émanant des phares :
- Attardement sur les couleurs : l.14-15 et l. 38-39
- Jeu / clignotement des phares : rythme binaire qui met en valeur ce mouvement (l. 12-15)
- Jeu sur les oppositions (l. 27-30)

-> Nous avons ici un mode de description assez proche d'un travail de peinture. Il y a sûrement un parallèle avec l'impressionnisme qui procédait par petites touches pour peindre les tableaux (dans les manuscrits de Pierre et Jean, Pierre était, à l'origine, un peintre).


II- LA PORTEE SYMBOLIQUE DE LA DESCRIPTION -> LE PAYSAGE INTERIEUR DE PIERRE

A. Les personnifications

  • Cf. relevé : "puissants regard" (l. 4-5), "enfants" (l. 10), "des yeux, les yeux des ports" (l. 14), "les yeux vivants" (l. 16), "disant" (l. 17), "paupières" (l. 18), "tremblotaient" (l. 27), "semblaient courir" (l. 30)

  • Prosopopée (-> prise de parole par un objet ou une abstraction) : l. 16-17
    -> C'est comme si on avait une proximité qui s'établit entre Pierre et les phares, comme si Pierre cherchait dans les phares un guide ou une solution à ses problèmes.
    - "le phare aérien d'Etouville montrait la route" (l. 22)
    - "(…) elle (la lune) avait l'ai du phare énorme et divin allumé (…) pour guider la flotte (…)" (l. 34-37) -> Pierre cherche-t-il une présence divine à travers ces éléments ?

B. Un univers fantastique et monstrueux
  • Champ lexical du cauchemar, du monstrueux : "cyclopes monstrueux" (l. 3), "queues géantes de deux comètes" (l. 6-7), "démesuré" (l. 8), "colosses" (l. 10), "la mer obscure" (l. 15), "l'eau sans limites" (l. 25), "du phare énorme et divin" (l. 35), "la tranchée large et noire" (l. 41-42), "une grande ombre fantastique" (l. 43)
  • Présence d'un bateau fantôme fantastique comme au début du Horla où le narrateur croit voir un bateau qui n'est jamais passé en réalité.
-> Ces nombreux termes monstrueux ne sont pas là par hasard : c'est comme si Pierre réveillait les monstres présents en lui.

C. De la dualité à la réconciliation provisoire

  • Insistance sur le dédoublement : (champ lexical) débat sur l'autre, l'altérité, la gémellité, hésitation / double comme semblable et différent. Cela montre un moment de crise dans la vie de Pierre qui se reflète dans la description.
  • Cependant : les deux passages au style direct à la fin du texte (l. 39-40 et l. 48-49) montrent un retour au calme, à l'apaisement. C'est une réconciliation provisoire.

    (Dans la dernière phrase l'idée de s'enfuir par la mer, comme il le fait à la fin du roman, apparaît.)




CONCLUSION

Cette promenade pensive semble être un court répit pour Pierre puisque la mer reste, pour l'instant, un lieu d'évasion infini pour lui. Plus tard elle sera envisagée comme une prison, ou un cercueil (chapitre 9 : "une heure plus tard il était étendu dans son petit lit marin, étroit et long comme un cercueil").
Il y a déjà des prémices de quelque chose d'inquiétant pour la suite : le caractère colossal des phares, ainsi que l'ambiance de brume qui règne ici, que l'on retrouvera après et aussi le bateau fantôme.
Lorsque Maupassant écrit "il (Pierre) se demanda de nouveau ce qu'il ferait, mécontent de cette promenade écourtée ; d'avoir été privé de la mer par la présence de son frère.", nous pouvons nous demander si Pierre n'est pas plutôt mécontent d'être privé de l'affection de sa mère à cause de son frère.





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Merci à Anne-Laure qui m'a envoyé cette fiche...