PIERRE ET JEAN

Maupassant

"N'est-il pas naturel que j'accepte aussi son héritage ?" (chapitre 8)





INTRODUCTION

Présenter l'auteur et l'œuvre.
Situation du passage : Après la querelle entre les deux frères qui a aboutit à la révélation pour Jean de sa filiation, par les propos de son frère, appuyés par l'aveu de sa mère.
Il se retrouve seul après avoir raccompagné sa mère, ce qui le mène à réfléchir à la nouvelle situation qui se pose à lui : un dilemme : doit-il ou non renoncer à l'héritage ?


LECTURE

ANNONCE DES AXES

I - Les changements d'avis ; l'évolution de la réflexion
II - Un subtil jeu entre discours et récit qui va révéler le point de vue ironique du narrateur sur les états d'âme de Jean


ETUDE

I - LES CHANGEMENTS D'AVIS ; L'EVOLUTION DE LA REFLEXION

Entre la ligne 7 où apparaît le premier "Non" et la ligne 35 où apparaît le deuxième, apparemment rien n'a changé dans l'état d'esprit de Jean, or à y regarder de plus près, si on suit les mouvements du texte, on voit qu'il y a trois temps dans l'évolution de sa réflexion. Ces trois temps sont marqués par"D'abord" (l. 7), "Or" (l. 16), et "Et" (l.30).

A. Un "non" catégorique (l. 7-16)

B. Un renversement (l. 16-30)

Si l'on regarde d'un peu plus près la question que se pose Jean, on peut remarquer que la réponse y est sous-entendue : "Ne valait-il pas mieux garder cet argent (…)?" (l. 27-28) à Jean pense désormais accepter l'héritage.

C. "Et" = Les doutes qui aboutissent au "oui" implicite (l. 26 à fin)

TRANSITION

    De manière très habile, Maupassant alterne récit, discours direct et discours indirect libre pour mieux nous révéler la fausseté des doutes de Jean et son point de vue sur ses états d'âme.


II - UN SUBTIL JEU SUR L'ALTERNANCE DISCOURS/RECIT

A. Discours direct

(Marques distinctives : guillemets ; 2 points ; présent dominant)
Repérage : l. 6, l. 32-33, l. 35

B. Discours indirect libre

(Similitude d'expression avec le style direct, 3è personne + passé comme temps dominants)
Repérage : Voir travail fait en cours -> constat : la forme de discours la plus présente, en alternance avec le récit.

Intérêt : L'emploi de la troisième personne et des temps du passé constitue une bonne manière de brouiller les frontières avec le récit : tantôt le lecteur sera complice du narrateur ; tantôt il sera plutôt porté à croire ce que pense le personnage.
Ce jeu a pour effet de brouiller les cartes et d'introduire un sérieux doute sur la sincérité de Jean, d'autant plus que dans les passages où le narrateur prend en charge le récit, il ne se prive pas de remarques ironiques.

C. L'ironie du narrateur dans les passages de récit pur

        - l. 9 : exagération contenue dans l'expression "cette résolution virile et douloureuse fouettant son courage" = presque une tonalité tragique déplacée ici.
        - L. 16 : idem/ "pensée cruelle"
        - Ailleurs, le narrateur révèle clairement la vision qu'il a du personnage : l. 26-27 = "dans son âme où l'égoïsme prenait des masques honnêtes".
        - Ceci nous conduit à voir l'expression "droiture native" l. 31-32 comme une antiphrase.
        - De même le "vingt fois" l. 32 montre bien le caractère cupide de Mme Rosémilly dont on précise qu'elle a accepté la demande de Jean "le sachant riche"


CONCLUSION

Le passage met en valeur la complexité du dilemme qui secoue Jean, mais l'analyse que fait le narrateur est sans concession : elle dénonce les mécanismes de l'égoïsme et de l'intérêt personnel.
Le jeu subtil sur les différentes formes de discours met à jour la fausseté de Jean à Question : peut-on encore parler ici simplement de réalisme purement objectif quand le narrateur ne se contente pas de donner les faits, mais les interprète à sa manière pour influencer le lecteur ?







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Merci à Anne-Laure qui m'a envoyé cette fiche...