Pierre et Jean

Maupassant

L'annonce de l'héritage - Chapitre 1





INTRODUCTION

Présenter rapidement l'auteur et l'œuvre :
Extrait du roman naturaliste Pierre et Jean de Maupassant, publié en 1888.
Situation du passage :

Extrait du premier chapitre de Pierre et Jean, ce texte introduit un élément capital pour l'intrigue (l'élément perturbateur) : le fait que Jean hérite d'une somme d'argent considérable. Maître Lecanu, le notaire est venu annoncer lui-même la nouvelle. Pour ménager ses effets, il procède en deux temps : il révèle d'abord aux Roland la mort de leur ami Léon Maréchal ; puis il laisse passer leur première réaction avant d'en venir à l'essentiel, c'est à dire à la façon dont se présente l'héritage.


LECTURE


ANNONCE DES AXES

I- Les réactions très différentes des personnages
II- La présence du narrateur en arrière plan


ETUDE

I- LES REACTIONS TRES DIFFERENTES DES PERSONNAGES

On peut noter qu'il y a une organisation assez méthodique de la présentation des réactions :

  • "la première" (l. 3) -> Mme Roland
  • "Mais" (l. 11) -> M. Roland
  • "Maître Lecanu" (l. 17) -> le notaire
Nous choisissons de garder l'ordre d'intervention des personnages pour analyser leurs réactions.

A. Mme Roland : une émotion contenue

  • Le fait qu'elle soit la première à réagir montre la sincérité de son émotion
  • Insistance du narrateur sur cette émotion : - "larmes" (*2, l. 7)
    - Champ lexical important de la douleur, de l'émotion : "émotion" (l. 3-4), "balbutia" (l. 4), "larmes" (l. 7), "chagrin" (l. 8), "douloureuses" (l. 10), "tristesse de cette perte" (l. 11-12)
    - Sincérité de l'émotion mise en avant : "larmes silencieuses" (l. 7-8), "venues de l'âme" (l. 8-9) -> une douleur intime, intérieure
  • Discours au style direct -> mime un sanglot
    - Lambeaux de phrases entrecoupés de points de suspension (l. 5-6)
    - Le point d'exclamation après "mort !" (l. 6)
    - Expressions de désolation : "Mon Dieu" (l. 5, 6 *2), "pauvre" (l. 5 *2)
B. La joie de M. Roland

Le narrateur oppose les 2 époux de différentes façons :

  • Par la différence d'expression des émotions :
    - Mme Roland "dominant son émotion" (l. 3-4)
    - Roland "ne pouvait plus dissimuler sa joie" (l. 25-26)

  • Par la différence des termes utilisés dans le discours direct :
    - "Sacristi" (l. 27)"Mon dieu" (l. 5)
    - "s'écria" (l. 26) "balbutia" (l. 4)
    ââ
    Joie déplacée Chagrin

  • Par la différence des termes utilisés pour qualifier Maréchal :
    - "ce pauvre Maréchal" (l. 16) "ce pauvre Léon" (l. 5)
    - "ce brave ami" (l. 29) "notre pauvre ami" (l. 5)
    ââ
    Utilisation du nom de famille proche du défunt

    -> Beaucoup plus distant

  • Par la ponctuation, notamment, les points d'exclamation, qui manifestent :
    - La joie et la satisfaction                  La douleur
       chez M. Roland                       chez Mme Roland

  • Par l'organisation des phrases :
    - Beaucoup plus longueschez M. Roland (l. 27-29) -> maîtrise
    - Discours décousu chez Mme Roland (l. 5-6) -> ne se maîtrise pas
C. La satisfaction du notaire

  • Expression "J'ai été bien aise" (l. 31)
  • Champ lexical de la satisfaction : "souriait" (l. 30), "bien aise" (l. 31), "plaisir" (l. 32), "bonne nouvelle" (l. 33)
  • Froideur du notaire qui ne manifeste pas d'émotion envers Maréchal :
    - Réponse à la question de Roland sur l'origine de la mort : de toute évidence, il ne s'en est pas préoccupé
    - Champ lexical dominant de l'argent, du profit : "les clauses de ce testament" (l. 13-14), "le chiffre" (l. 14), "la fortune" (l. 14), "héritiers" (l. 19), "sa fortune, une vingtaine de mille francs de rentes en obligation trois pour cent" (l. 19-21), "ce legs" (l. 22), "l'héritage" (l. 23)
  • Le dernier terme utilisé montre toute son indélicatesse : "bonne nouvelle" (l. 33) pour désigner la mort.


II- LA PRESENCE DU NARRATEUR

Dans cet extrait de Pierre et Jean, le narrateur ne se contente pas de conduire le récit : il marque sa présence en mettant à nu les caractères et en laissant deviner les grands thèmes du roman.

A. La cupidité de M. Roland

Le narrateur le démasque en montrant que ses préoccupations sont uniquement financières :

  • "Roland songeait moins à la tristesse qu'à l'espérance annoncée." (l. 11)
  • Dernier mot de la phrase (malicieusement placé ici en position stratégique) : "pour arriver à la question intéressante" (l. 15)
  • Hypocrisie du chef de famille s'écriant : "Moi, si je n'avais pas eu de descendant (…)" (l. 27-29) -> une affirmation mensongère qui n'engage à rien et qui fait sourire le lecteur
B. Premiers indices de vérité

Le narrateur laisse au lecteur la possibilité de deviner ce qui échappera toujours à M. Roland : ici, à quelques reprises, il donne des indices sur la nature exacte du lien qui pourrait exister entre Jean et Maréchal :

  • Insistance sur l'émotion de Mme Roland
  • L'expression significative du notaire : "qu'il a vu naître(…) digne de ce legs" (l. 21-22) -> en insistant sur la naissance, il explique implicitement la présence de Maréchal
  • Ironie du narrateur qui consiste à placer dans la bouche de M. Roland l'expression qui donne la solution et résume tout : "une pensée du cœur" (l. 27). (Pour M. Roland c'est un geste d'amitié mais le lecteur peut y voir une marque d'amour de la part de Maréchal)
C. Quelques thèmes importants du roman mis en place

Dans cet extrait qui introduit l'élément perturbateur, le narrateur par sa présence et à travers les réactions des personnages met en place quelques thèmes du roman comme :

  • A travers les larmes, l'image émouvante de Mme Roland, qui laissera à nouveau couler ses larmes lorsque Pierre dévoilera à Jean son secret (p. 153).
  • Les rapports de Pierre et Jean : le notaire évoque ici l'hypothèse d'un "défaut d'acceptation" (l. 22-23) de la part de Jean. Au chapitre VII, Pierre reprochera à son frère d'avoir accepté l'héritage et Jean lui-même y songera. De plus, le notaire évoque la possibilité que l'argent aille aux "enfants abandonnés" (l. 24) : cette expression contient, elle aussi un élément d'annonce : Pierre, contraint de quitter la maison paternelle au dernier chapitre, ne sera-t-il pas lui aussi un "enfant abandonné" ?


CONCLUSION

  • Sur le plan de l'intrigue, cet extrait de Pierre et Jean délivre une nouvelle capitale et met en place les caractères si différents de M. et Mme Roland.
  • Cependant, une autre chose particulièrement intéressante ici est la place du narrateur : celui-ci apparaît en effet derrière ses personnages. Il démasque discrètement l'hypocrisie de certains propos.
  • Il nous laisse la possibilité en tant que lecteur d'entrevoir la suite du récit et nous invite à y réfléchir : Est-ce vraiment une "bonne nouvelle" qu'apporte ici Me Lecanu ? Au début du chapitre VI, M. Roland fera remarquer : "Depuis que nous avons eu le bonheur de cet héritage, tout le monde semble malheureux." (p. 125)




Retourner à la page sur Pierre et Jean - Maupassant !
Retourner à la page sur l'oral du bac de français !


Merci à Anne-Laure qui m'a envoyé cette fiche...