Au début de la scène 2, Oreste s'interroge sur Jupiter, le pédagogue pense que Jupiter connaît la véritable identité d'Oreste "cet homme-là sait qui vous êtes". Oreste remet en cause l'éducation que lui a donné le pédagogue contrairement au pédagogue qui pense avoir donné la liberté à Oreste "affranchi de toutes les servitudes et de toutes les croyances, sans famille, sans patrie libre pour tous les engagements un homme supérieur". Dans le passage, on assiste à une réflexion d'Oreste sur sa liberté telle que l'a donnée le pédagogue.
PASSAGE: "Mais non ; je ne me plains pas et quelle superbe absence que mon âme."
PLAN
Pour un étude linéaire 3 parties :
1°- "mais non je ne me plains pas
(un temps)"
2°- "il y a des hommes
hommes supérieurs"
3°- "je savais déjà, moi
..absence que mon âme"
Pour un étude syntaxique (ce que l'on va développer par la
suite)
Importance de la notion de liberté.
Dans cette tirade, on a l'affirmation de la liberté du héros
qui est mise en évidence par la structure du passage et par la
présence d'Oreste et la conscience de supériorité.
Les phrases évoquant la liberté sont isolées "mais moi
moi, je suis libre
"
L2 métaphore filée "fils que le vent arrache aux toiles
d'araignée" "je ne pèse plus qu'un fil et je vis en l'air" => connotation
de légèreté, d'absence de racine,
de mouvement (caractéristiques de la notion de
liberté). Déjà on voit que cette liberté est
connotée négativement "je ne peux pas me plaindre,..je sais
que c'est une chance..."
La notion de liberté réapparaît à la fin du passage
"moi je suis libre, comme je suis libre" avec une phrase exclamative.
La notion de liberté est à mettre en parallèle avec
la présence d' Oreste. Occurrence du "je", présence des adjectifs
possessifs de la 1ère personne du singulier.
"je" s'oppose à "tu" du pédagogue.
Après la didascalie "(un temps)", "je" se transforme à la
3ème personne du pluriel.
On note 2 groupes qui apparaissent:
- "il y a des hommes qui naissent engagés"
- "et il y en a d'autres des silencieux."
A la fin de l'extrait, la 1ère personne du singulier réapparaît
avec le pronom possessif "mes souvenirs" mis en évidence par l'italique.
Opposition entre Oreste et la foule. Oreste a conscience de sa
supériorité. En même temps qu'il affirme sa liberté,
il se distingue des autres hommes: image d'Oreste en suspension au-dessus de
tous
=> les hommes sont rabaissés "ce ne sont pas des hommes
supérieurs" => supériorité d'Oreste. C'est le
pédagogue qui pense Oreste supérieur et non pas lui car il
critique son éducation, sa liberté.
L'humanité se trouve liée à des éléments
terrestres => épaisseur du monde auquel a échappé
Oreste.
Oreste paraît affirmer qu'il jouit d'une liberté qui le
différencie des autres hommes qui, eux, sont en proie à une
détermination inéluctable.
Opposition entre la liberté et la situation de détermination
qui caractérise la plupart des hommes.
Deux catégories d'individus caractérisés par le fait
d'obéir à une force supérieure, caractérisés
par la pesanteur de leurs vies.
- Hommes qui naissent engagés.
"on les a jetés", "ils n'ont pas le choix", "naissent engagés"
=> hommes objets de cette force supérieure.
- "D'autres hommes"
"leur vie a été changée" ils subissent au lieu d'agir. Détermination
qui débute dès l'enfance ou même
à la naissance. Les hommes sont soumis à leur destin
suggéré par l'image du chemin => notion d'acte "leur acte"
=> mise en évidence de l'aspect individuel.
"quelque part" => idée d'un aboutissement. Présence de
l'idée de pesanteur et d'attachement lié à la
matérialité du monde.
Présence de termes faisant référence à la
matière:
"je vis en l'air" s'oppose à "pressent fortement la terre".
"poids d'images troubles et terrestres"
Les souvenirs sont associés à la notion de matérialité.
Métaphore "grasses nourritures" => connotée
positivement
car Sartre écrit pendant la guerre. Liés à la pesanteur
"maisons, bêtes, domestiques, champs" s'opposent à Oreste. On
peut se demander s'il n'envie pas leurs " grasses nourritures".
Impression qu'Oreste éprouve un regret en se sentant différent
d'eux.
Limites de cette liberté.
La liberté d'Oreste peut paraître dérisoire car
1) liberté = absence de liens
2) liberté s'accompagne de l'exil
3) liberté est considérée avec ironie
A travers cette critique,
- la véritable liberté suppose des
choix.
- la véritable liberté suppose un engagement lucide (non pas
l'engagement des hommes qui ont été jetés sur le chemin)
Il critique l'engagement déterminé et perçoit que sa
liberté n'est pas satisfaisante.
CONCLUSION.
La tirade d'Oreste montre la liberté dont il dispose (différent
des autres hommes qui sont soumis à une force supérieure qui
les lie au monde). Cette liberté paraît dérisoire et
stérile. Cette tirade montre l'état initial de la conscience
d'Oreste : il est insatisfait de se trouver sans attache et sans but.
Problème de la liberté et de la détermination est une
réflexion fondamentale de l'uvre de Sartre.
On devine que par la suite Oreste va dépasser cette situation initiale.
Il
va incarner sa liberté qui lui permettra d'accomplir son acte
=> annonce indirecte du double-meurtre.
Merci à Sophie de m'avoir envoyé cette fiche...