Misères

Agrippa d’Aubigné (1552 - 1630) - Les Tragiques






Plan de la fiche sur Les tragiques - Misères de Agrippa d'Aubigné :
Questions préliminaires
Les personnages
Introduction
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Questions préliminaires

Sur quels points catholiques et protestants sont-ils en désaccord ?

Les protestants souhaitent revenir à la foi chrétienne des origines, tout en conservant ce qu'ils jugent de positif dans la tradition catholique. Ils rejettent l'autorité du Pape pour y substituer celle de la Bible et de la foi individuelle : il n’y a pas de hiérarchie.

Les catholiques sont pour leur part sous l'autorité suprême du Pape. Leur objectif est la conversion à l'enseignement et à la personne de Jésus Christ en vue du royaume de Dieu. L'Eglise catholique s'oppose aux Eglises protestantes mais aussi orthodoxes.





Que signifie l'Edit de Nantes ? Qu’a-t-il apporté ?

Ce décret fixe le statut des protestants dans le Royaume de France. Il fut signé par Henri IV à l'issue des Guerres de religion, le 13 avril 1598. Relativement favorable aux calvinistes, auxquels il attribuait la liberté de culte ainsi que des places fortes. Les huguenots se voyaient garantir la liberté de conscience dans tous les pays. Ils étaient autorisés à bâtir des temples, à tenir des offices religieux dans deux bourgs par bailliage ainsi que dans toutes les villes où leur religion était déjà présente mais à l'exception des cités épiscopales et archiépiscopales, des résidences royales et dans un rayon de cinq lieues autour de Paris. Les nobles huguenots pouvaient célébrer des offices chez eux.


Explicitez la comparaison entre les deux partis religieux et les deux personnages bibliques du texte : Esaü et Jacob

Chacun des deux partis est représenté par un enfant. L'un, Esaü, qui représente les catholiques qui ont la domination sur le christianisme : "Le plus fort". Il représente l'Edom (c’est-à-dire la Jordanie actuelle). L’autre, Jacob, qui est protestant est pressé de montrer son indépendance : "pressé d'avoir jeûné meshui". Il représente la nation d’Israël et se défend. Ils se battent alors et sont tous deux punis : "se crèvent les yeux". La mère veut sauver Jacob qui a toutes ses raisons (vers 26). Finalement, elle leur dit de vivre de sang : "Ce sont les guerres de religion qui sont symbolisées".


Les personnages

Esaü (en hébreu, « poilu »), dans l’ancien Testament, fils d’Isaac et de Rébecca. Il est le frère jumeau de Jacob, mais est né le premier. Esaü avait la préséance sur son frère mais il lui vendit son droit d’aînesse pour une portion de lentilles. A la mort de son père, ce dernier devait bénir son fils aîné mais sa femme le trompa. Esaü étant absent, c’est Jacob qui fut béni. Esaü résolut de tuer son frère, lequel dut s’enfuir. A son retour, ils se réconcilièrent.

Jacob, dans l’ancien Testament, est l’un des patriarches hébreux, fils d’Isaac et de Rébecca, petit-fils d’Abraham. Après avoir privé son frère de la bénédiction paternelle et du droit d’aînesse par l’entremise de sa mère, il s’enfuit chez son oncle. Il y a passera plusieurs années et épousera ses cousines, Léa et Rachel. Ses femmes et leurs servantes lui donnèrent douze fils. De retour à Canaan, vingt ans après son départ, il se réconcilie avec Esaü. Il rejoint alors Joseph en Egypte, bénit Pharaon et adopte les fils de Joseph. A sa mort, il bénit tous ses fils et est enterré près d’Isaac et Abraham.


Introduction

Agrippa d'Aubigné (1552 - 1630), poète et historien français, de confession protestante, qui fut un homme de guerre et l'une des plus belles plumes de son temps.

« Misères » d’Aubigné a été écrit à la fin du XVIème siècle. Le récit évoque l’intolérance et a une forte tonalité de la violence. D’Aubigné prend parti pour les protestants et se montre du côté de Jacob : « sa juste colère ». Il est plus précisément huguenot. C’est en 1577 qu’il débuta l’écriture des Tragiques qui ne furent éditées qu’en 1617. Les Tragiques est une épopée composée de sept livres. Misères est un récit de violence, d’intolérance et de personnification.


Annonce des axes

I. Personnification
II. Violence



Commentaire littéraire

I. Personnification

Le comparé est la France, le comparant est la mère qui a deux enfants jumeaux (Esaü et Jacob). Ces deux enfants représentent respectivement les catholiques et les protestants. Jacob est persécuté par Esaü, comme le sont les protestants par les catholiques.

La mère est montrée dans le rôle d'une mère qui allaite ses deux enfants. Cette femme est très concrète, elle possède un corps : "entre ses bras" (v. 2), "les deux bouts des tétons nourriciers" (v.3-4). Les seins sont aussi présents (v. 25, 29 et 32). Cette femme fait penser à la Vierge du fait de son allaitement. Ceci n'est pas crédible en raison du fait que la Vierge représente le catholicisme et qu’il n'est pas encore reconnu auprès des protestants. Elle a l'image de paix, de la douceur mais la scène est plutôt violente.

Ce texte est de type narratif "empoigne" (v. 3) et la narration est alors ouverte. Les enfants se nourrissaient au début de lait et finalement ils n'ont plus que du sang. La mère est à la fin mourante. Jacob hésitant (v. 11) n'est pas apparent. A la fin, les deux enfants se crèvent les yeux. Ils sont aveuglés par la colère. Cela symbolise la France qui se vide de ses ressources : perte du lait. La mère qui va mourir ne l’est pas à la fin de l'extrait car c'est elle qui parle. Elle maudit finalement ses enfants. Le fait de parler de cette idée de la mort est une prosopopée. C'est une malédiction qui porte sur Esaü et Jacob. D'Aubigné a changé le jugement car Jacob n'est pas coupable, initialement, de cette guerre.


II. Violence

Le texte est d'un réalisme très criant. Il y a quelques détails abstraits : "il brise le partage…l'usage" (v. 5-6), "Il méprise … d'envie" (v. 10). Il est prêt à mourir, à oublier sa vie. En dehors de ces détails, les éléments sont réalistes. Ce texte a un côté visuel avec une description partielle du corps de la femme avec sa partie la plus charnelle : "les seins", "le lait" et à la fin "le sang". "Les tétons nourriciers" sont rejetés en début du vers 4. Les corps des enfants sont très précis : "ongles, de poings, de poids". On trouve des dentales (d, t) qui montrent les coups que s'envoient les deux êtres (v. 15-16). On observe également des adjectifs intensifs.

Le combat dans les vers suivants est rendu violent par l'utilisation de "ou" et du son [k] (v. 18-19) qui rendent audibles les coups. "Fait si furieux" évoque un sifflement si bien que la chute de la phrase est retardée et se rallume avec "ils se crèvent les yeux". L'auteur ne recule pas devant les détails horribles. Elle est perceptible dans le jeu des sonorités. Du vers 3 à 8, il y a une accumulation de dentales. Une allitération en [r] aux vers 15 à 19, et en [v] des vers 31 à 34. Le sang est évoqué 3 fois en 4 vers. Il est associé avec le sein [s] qui évoque alors la mort.

Cette violence est d'ordre intellectuel, cruelle et sonore. On a ici le baroque avec des associations incongrues, on est dans une sensibilité déjà baroque. Il est engagé dans son texte. L'auteur ne s'efface pas derrière la scène qu'il représente : "Je veux peindre" (v. 1). Il s'affirme dès le début en tant qu'artiste.

Il représente la France comme une femme, en effet la mère d'Aggripa d'Aubigné est morte en lui donnant la vie. Il y a une prise de partie de d'Aubigné dans la querelle. Esaü, le plus fort, représente les catholiques. Jacob, pressé d'avoir jeûné, est montré dans un cas de légitime défense. Il y a une insistance sur les indices temporels (v. 13-14). Il lui rend la monnaie de la pièce en insistant sur l'attente de Jacob avant d'attaquer Esaü : "orgueilleux" (v. 3), "voleur acharné" (v. 7), "malheureux" (v. 7) (de malheur et non triste). Il y a également un emploi de démonstratifs : "ce", "ces" pour dissiper le coupable. "Son" Jacob montre un parti pris de l'auteur de même que "juste". Cela est justifié aux vers 13 et 26. La principale personne à souffrir de tout ceci est la mère, c’est-à-dire la France.





Conclusion

    Le texte tiré des Tragiques est le théâtre de scènes cruelles et violentes. Le texte est déjà dans l'esthétique baroque. Il est engagé même s'il ne respecte pas la fin prévisible du texte.

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Merci à Céline pour cette analyse sur Les tragiques de Agrippa d'Aubigné