Le Mariage de Figaro

Beaumarchais

Acte I, scène 10






Plan de la fiche sur la scène 10 del'Acte 1 de Le Mariage de Figaro de Beaumarchais :
Introduction
Lecture de la scène 10 de l'acte 1
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Cette scène 10 de l'Acte 1 est extraite du Mariage de Figaro, pièce de théâtre de Beaumarchais, jouée pour la première fois en 1784.

    Le Comte vient de faire des avances à Suzanne. Il veut un rendez-vous. Basile, le maître de musique, les dérange et le Comte se cache derrière un fauteuil où se trouve déjà Chérubin…il le découvre… mais la colère est désamorcée par les jeux de scène comiques.
    Le Comte apparaît au spectateur conforme à l'image qui en a été donnée : un séducteur libertin et entreprenant qui délaisse son épouse.
    C'est alors que Figaro investit la scène d'une foule de vassaux pour réclamer devant tous qu'il renonce solennellement au droit du Seigneur.
    L'habileté de Figaro, qui prend au piège le Comte, est remarquable, même si les sous-entendus et les apartés montrent qu'aucun des personnages n'est dupe : chacun porte un masque (théâtre dans le théâtre) et le Comte est contraint de se laisser enfermer dans un rôle qui n'est pas le sien mais qu'il se doit d'assumer devant les autres.


Lecture de la scène 10 de l'acte 1

Acte I - Scène X

CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BASILE.
(Beaucoup de valets, paysannes, paysans vêtus de blanc.)


Figaro, tenant une toque de femme, garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la comtesse.
Il n’y a que vous, madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.
La Comtesse.
Vous les voyez, monsieur le comte, ils me supposent un crédit que je n’ai point ; mais comme leur demande n’est pas déraisonnable…
Le Comte, embarrassé.
Il faudrait qu’elle le fût beaucoup…
Figaro, bas à Suzanne.
Soutiens bien mes efforts.
Suzanne, bas à Figaro.
Qui ne mèneront à rien.
Figaro, bas.
Va toujours.
Le Comte, à Figaro.
Que voulez-vous ?
Figaro.
Monseigneur, vos vassaux, touchés de l’abolition d’un certain droit fâcheux que votre amour pour madame…
Le Comte.
Hé bien, ce droit n’existe plus : que veux-tu dire ?
Figaro, malignement.
Qu’il est bien temps que la vertu d’un si bon maître éclate ! Elle m’est d’un tel avantage aujourd’hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.
Le Comte, plus embarrassé.
Tu te moques, ami ! l’abolition d’un droit honteux n’est que l’acquit d’une dette envers l’honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins ; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance : ah ! c’est la tyrannie d’un Vandale, et non le droit avoué d’un noble Castillan.
Figaro, tenant Suzanne par la main.
Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l’honneur, reçoive de votre main publiquement la toque virginale, ornée de plumes et de rubans blancs, symbole de la pureté de vos intentions : adoptez-en la cérémonie pour tous les mariages, et qu’un quatrain chanté en chœur rappelle à jamais le souvenir…
Le Comte, embarrassé.
Si je ne savais pas qu’amoureux, poète et musicien, sont trois titres d’indulgence pour toutes les folies…
Figaro.
Joignez-vous à moi, mes amis !
Tous ensemble
Monseigneur ! monseigneur !
Suzanne, au Comte.
Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?
Le Comte, à part.
La perfide !
Figaro.
Regardez-la donc, monseigneur ; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.
Suzanne.
Laisse là ma figure, et ne vantons que sa vertu.
Le Comte, à part.
C’est un jeu que tout ceci.
La Comtesse.
Je me joins à eux, monsieur le comte ; et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu’elle doit son motif à l’amour charmant que vous aviez pour moi.
Le Comte.
Que j’ai toujours, madame ; et c’est à ce titre que je me rends.
Tous ensemble
Vivat !
Le Comte, à part.
Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d’éclat, je voudrais seulement qu’on la remît à tantôt. (À part.) Faisons vite chercher Marceline.

[…]

    Le Mariage de Figaro - Beaumarchais - Acte I, scène 10




Annonce des axes

I. Les armes utilisées par Figaro contre le Comte
1. Le théâtre dans le théâtre
2. L'usage de la flatterie
3. L'emploi des symboles

II. Le Comte, personnage prisonnier de ses masques
1. La comédie dans la comédie
2. La comédie du despote éclaire (un maître qui emploi la force pour la volonté générale)
3. La comédie du Chevalier Galant
4. La fausse défaite du Comte



Commentaire littéraire

I. Les armes utilisées par Figaro contre le Comte

1. Le théâtre dans le théâtre

Figaro est un simple valet qui ne peut pas lutter à armes égales contre le Comte. Il organise alors une vaste mise en scène pour piéger son maître et pour le forcer à renoncer publiquement à Suzanne. Il met en scène car il règle le rôle de la foule, de plus il règle les paroles que le Comte doit prononcer (mise en abîme).

Cette scène 10 de l'acte 1 nous montre que Figaro connaît très bien les failles de son maître, un personnage abusif, autoritaire, libertin, qui veut donner de lui l'image d'un homme juste et honnête devant ses sujets. Toute l'habilité de Figaro va consister à l'obliger de se conformer à l'image publique qu'il veut donner de lui.

La Comtesse utilise l’ironie en parlant de l'amour du Comte au passé : "l’amour charmant que vous aviez pour moi" elle montre ici qu’elle a compris, mais le comte réagit : "Que j’ai toujours, madame".


2. L'usage de la flatterie

Les personnages vont renchérir le portrait que le Comte aime donner de lui pour le forcer à se déclarer vaincu.
Logique de Figaro : le comte est obligé d'accepter la demande de Figaro car son mariage est la conséquence de la bonté et des choix du Comte.

La didascalie "malignement" alerte le lecteur que Figaro ne pense pas ce qu'il dit.

On note un champ lexical de l'honnête homme (l'homme idéal dans la société : "vertu", "sagesse", "honneur", "pureté"…).
Figaro évoque sa sagesse, sa vertu (figure d'insistance : "si" (adverbe intensif) + "bon" (adjectif appréciatif) + "éclate" (hyperbole) -> exagération de la pureté de ses intentions). Figaro est bien sûr ironique, mais cela ne doit pas se voir de la foule.
Suzanne vante hypocritement "sa vertu" (il vient d'essayer de la séduire dans la scène 9).
La Comtesse évoque sa fidélité et "l'amour charmant" qu'il avait pour elle (elle laisse voir son désenchantement en utilisant le passé du Comte rattrape en utilisant le présent).

Figaro fait preuve de fermeté : utilisation de l'impératif : "Permettez donc", "adoptez-en".

Les conspirateurs donnent du Comte l'image d'un maître idéal, image qu'il veut donner devant ses vassaux (importance de la foule dans la scène). Mais ce portrait est en fait un contre-portrait par la négative le Comte est présenté comme menteur, volage, tyrannique. Pour arriver à ses fins Figaro utilise un autre procédé.


3. L'emploi des symboles

Deux symboles sont maniés par Figaro : la foule, la toque.

La foule symbole : sa présence exerce une expression sociale, politique même sue le Comte. La foule est menée par Figaro : il s'adresse à elle ("joignez-vous à moi, mes amis !") et se présente comme un meneur d'homme (impératif + adresse : "mes amis"). De plus il coupe même la parole à son maître, juste avant sa réplique à la foule. Les interventions de la foule sont collectives (la foule est nommée "Tous ensemble") cependant elle est manipulée par Figaro, elle croît rendre hommage au Comte ("Vivat !") alors qu'elle aide Figaro (la foule est la seule sincère) => habileté de Figaro.

La toque virginale : évoquée dans la réplique 5 de Figaro. Figaro joue sur le symbolisme du mariage où "virginale" est en rapport direct avec le sujet et "blanche" symbolise la pureté => habileté de figaro. Il tend au Comte pour le faire renoncer à toute prétention sur ses servants et, la didascalie "tenant Suzanne par la main" geste symbolique montré par le valet : Suzanne lui appartient.

Conclusion : Dans cette scène toutes les paroles sont vaines et relèvent de la comédie sociale. L'ironie est omniprésente, l'éloge du compte n'est finalement constitué que d'antiphrases ironiques.


II. Le Comte, personnage prisonnier de ses masques

1. La comédie dans la comédie

Le Comte a beau être furieux, il est impuissant. Il semble accepter sa défaite ce que connote le verbe "se rendre" qui renvoi à l'idée de capitulation. Il est contraint de jouer la comédie dans la comédie.


2. La comédie du despote éclaire (un maître qui emploi la force pour la volonté générale)

Etude de la réplique du Comte :
"l’abolition d’un droit honteux n’est que l’acquit d’une dette envers l’honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins ; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance : ah ! c’est la tyrannie d’un Vandale, et non le droit avoué d’un noble Castillan."

Le Comte se prête si bien au jeu qu'il va jouer la fausse modestie même s'il ne pense pas ce qu'il dit (didascalie "embarrassé"). Il se met en valeur à travers l'antithèse "Vandale…, noble Castillan".
Il fait aussi preuve de fausse modestie en disant "un Espagnol" pour lui. Cette généralisation et même indétermination permet au Comte de se cacher, de ne pas dire qu'il s'occupe de séduire d'autres femmes.

Le comte fait référence à son honnêteté, sa noblesse car la foule est présente et il veut donner une bonne image de lui, mais aussi car il ne veut pas blesser son amour propre et cela nous montre que le comte est orgueilleux. Il est pris au piège par Figaro mais il est surtout piégé par lui-même et par son orgueil.


3. La comédie du Chevalier Galant

Le Comte veut donner de lui l'image d'un noble galant, chevaleresque et donc pas ni d'un vil séducteur ni d'un libertin. Pour cela il se présente comme un homme certes aimant les femmes et les plaisirs mais surtout comme un mari respectueux et fidèle. Il affirme par exemple qu'il est légitime de "conquérir la beauté par des soins" c'est-à-dire par des moyens honnêtes et raffinés (charme, esprit, finesse, intelligence : faire la cour).
Parallèlement il enferme cette image galante dans le cadre strict du mariage à travers sa déclaration d'amour qu'il fait publiquement à la Comtesse. Il fait preuve d'hypocrisie.


4. La fausse défaite du Comte

Le Comte semble avouer son incapacité à éviter le piège : "Le Comte, à part - Je suis pris."
Le passage du "vous" au "tu" au début de la scène pour s'adresser à Figaro montre son énervement.
Figaro se permet de narguer le Comte : "Regardez-la donc, monseigneur ; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice." -> il lui rappelle la beauté de Suzanne qu'il ne pourra pas avoir.

Dans un dernier sursaut, le Comte reprend l'initiative et élabore un plan ("Faisons vite chercher Marceline").
De plus, le Comte n'est jamais dupe de ce qu'il se passe. Par exemple la formule "Tu te moques ! Ami" (réplique 3) est une formule polysémique (double sens), le Comte indique à Figaro qu'il comprend sa mauvaise foi. On peut aussi relever "Le Comte, à part - C’est un jeu que tout ceci".
Les apartés constituent la moitié des répliques du Comte. Elles sont un moyen dramatique d'insister sur le contraste entre ce que dit le personnage et ce qu'il pense vraiment (par exemple "Le Comte, à part - La perfide !" en parlant de Suzanne). Ces répliques sont inaudibles pour les autres personnages, elles dévoilent seulement la lucidité du Comte aux spectateurs.





Conclusion

    Dans cette scène du Mariage de Figaro, Beaumarchais fait le procès de la noblesse à travers la duplicité du Comte : derrière le mythe chevaleresque de l'aristocratie se cache ici la réalité tyrannique et mensongère.
    Beaumarchais suggère l'idée que le peuple peut faire céder le pouvoir féodal.
    Beaumarchais fait une satire de la flatterie courtisane : un valet utilise une arme de l'aristocratie pour combattre l'aristocratie qui est prise au piège.

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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur la scène 10 de l'acte I de Le Mariage de Figaro de Beaumarchais