Le Front

Maurice Scève - 1536






Plan de la fiche sur Le Front de Maurice Scève :
Introduction
Texte du poème Le Front
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

Maurice Scève (1501 à Lyon - 1564) est un poète français du XVIème siècle.
Il gagna sa renommée grâce à son blason « Le Sourcil » qui lui permit à Maurice Scève de gagner le concours organisé par Clément Marot.
Son recueil de poème le plus connu est Délie, objet de plus haute vertu.

Le poème « Le front » est un blason.

Blason : court poème en forme d'éloge de la femme à travers la description d'une seule partie de son corps. Héritage Pétrarquiste très à la mode au XVIème siècle et introduit par Clément Marot dans la poésie française.

Le poème « Le front » fait partie d'un ensemble de cinq blasons : « La gorge », « La larme », « Le front », « Le soupir », « Le sourcil ». Il évoque le visage de la femme aimée : son front, ses cheveux, ses yeux.

Le poème compte 18 vers, des décasyllabes.


Texte du poème Le Front

Le front

(orthographe modernisée)


Front large et haut, front patent et ouvert,
Plat et uni, des beaux cheveux couvert :
Front qui est clair et serein firmament
Du petit monde, et par son mouvement
Est gouverné le demeurant du corps :
Et à son vueil sont les membres concors :
Lequel je vois être troublé par nues,
Multipliant ses rides très-menues,
Et du côté qui se présente à l’œil
Semble que là se lève le soleil.
Front élevé sur cette sphère ronde,
Où tout engin et tout savoir abonde.
Front révéré, Front qui le corps surmonte
Comme celui qui ne craint rien, fors honte.
Front apparent, afin qu'on pût mieux lire
Les lois qu'amour voulut en lui écrire,
Ô front, tu es une table d'attente
Où ma vie est, et ma mort très-patente !




Annonce des axes

I. Le front, siège de la volonté, de l'intelligence et des connaissances
II. Le front symbole de la femme aimée



Commentaire littéraire

I. Le front, siège de la volonté, de l'intelligence et des connaissances

A la Renaissance, le front = partie noble du visage -> Siège de la volonté, de l'intelligence et des connaissances = préoccupations humanistes : (vers 11-12) « engin » (= esprit inventif) + « savoir » = anime le corps en fonction de sa volonté.
De fait, dès le vers 1 « large et haut », signe de l'intelligence de la femme aimée et de la beauté du corps -> idée grecque : « Le corps est le miroir de l'esprit ».

Volonté = Deux enjambements successifs vers 3 à 5 qui impulsent une amplification traduisant la force de la volonté -> Rythme mimétique = Ici, conception dualiste du corps humain : l'homme = deux entités : corps + esprit.
Intelligence = « Savoir » « Engin » (> Ingénium = talent, savoir) vers 12, renforcé par adjectif indéfini « tout » et le verbe « abonder » -> connaissance + intelligence totale.

Rime lire/écrire aux vers 15-16 qui connotent le savoir.

Le front est présenté de façon élogieuse, avec une série d'adjectifs présentés deux par deux : « large et haut », « patent et ouvert », « plat et uni », « clair et serein ».

=> Éloge très humaniste.



II. Le front symbole de la femme aimée

- Les différentes parties du corps de la femme sont évoquées : le front (vers 1), les cheveux (vers 2), le corps (vers 3-6), l'œil (vers 7-10), et à nouveau le front (vers 11-18).
- Anaphore du mot « front » aux vers 1, 3, 11, 13, et 15, qui apostrophe vers 17 => Le poète s'adresse directement au front.
- Absence de déterminent pour le mot « front » => donne une vie indépendante au front, qui semble représenter toute la femme aimée.
- « front » = métonymie de la femme aimée.
- Énumération/ accumulation de toutes les caractéristiques de la femme avec adjectifs mélioratifs présentés souvent par doublets -> Procédé de l'éloge, avec principe de litanie -> Le poète célèbre la noblesse de cette partie noble du visage.

- Admiration de la femme = « front révéré ».

- Métrique du vers toujours identique : décasyllabe le plus souvent scindé au 4ème pied (sauf vers 17) -> permet de mettre en relief un court groupe initial.
- Vers 17 -> Variation + rupture du rythme = Effet saisissant, mise en relief de l'apostrophe du front.

Rimes suivies -> permettent de mettre en relation de manière plus nette et frappante les mots à la rime : Harmonie sonore, sémantique, visuelle.
Ouvert / Couvert (vers 1 et 2) = antithèse -> Célèbre la beauté du front et des cheveux qui le couronnent.

Firmament / Mouvement (vers 3 et 4) -> L'un et l'autre évoquent l'univers tout entier = microcosme à l'image de sa bien-aimée, elle-même à l'image de l'univers.
Œil / Soleil -> Micro / Macrocosme

Le poème se termine sur une hyperbole : le front déterminerait la vie ou la mort du poète : « Ô front, tu es une table d'attente / Où ma vie est, et ma mort très-patente ! »





Conclusion

    Blason inspiré par l'humanisme. Révolution mentale qui met l'homme au centre des préoccupations humaines alors qu'auparavant, elle y mettait Dieu. Beauté du corps humain, mais surtout puissance de l'esprit humain. Siège de la volonté, de la connaissance, de l'inventivité, facultés qui permettent à l'humain d'être maître de son propre destin.
    La beauté de la femme doit être mise en relation avec la beauté de l'univers tout entier. La femme aimée est un microcosme parfaitement liée au macrocosme qui l'entoure.

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Merci à Claudia pour cette analyse de Le Front de Maurice Scève