Lambeaux

Charles Juliet

De "Ecartelé. Pris dans une bourrasque…" (p. 107 ou 81) à "…ne rien faire qui pourrait la peiner." (p. 109 ou 82)




Biographie de l’auteur :

    Charles Juliet est né en 1934 à Jujurieux (Ain). A trois mois, il est placé dans une famille de paysans suisses qu'il ne quittera plus. A douze ans, il entre dans une école militaire dont il ressortira à vingt, pour être admis à l'Ecole de Santé Militaire de Lyon. Trois ans plus tard, il abandonne ses études pour se consacrer à l'écriture. Il travaille quinze ans dans la solitude avant de voir paraître son premier livre (Fragments préfacé par Georges Haldas). Il vit à Lyon.
source : www.pol-editeur.fr


Introduction

    Dans ce texte autobiographique, paru en 1995, l’auteur, Charles Juliet, retrace son enfance après avoir évoqué sa mère paysanne. Le narrateur adulte utilise le tu pour s’adresser à sa mère et à l’enfant qu’il était.

Lecture du texte


Axes de lecture


Etude :


1) Un passage unique par sa structure :

a. Causes de cette crise d'adolescent :

• Relation charnelle installée entre J et femme chef. C’est un sentiment nouveau pour lui, à un âge où tout est remis en question : ‘La suis avec stupeur sur chemin qu'elle te fait découvrir’ (p106) : c'est un apprentissage.
• Liaison en contradiction avec l’éducation religieuse des parents et c'est ce qui le fait culpabiliser ('Tu mourrais de honte si elle savait' p107). Il a l’impression de trahir ses valeurs et sa mère. Termes religieux : 'infernale descente aux enfers, la voix de la culpabilité, tu te sentais perdu, lacéré ton être'.
• Même si tout lui dit d'arrêter, il a de l’affection pour F : douloureux dilemme où les 2 voix sont pénibles : 'dois-tu céder à désir ou écouter voix culpabilité qui te presse de demander à cette F d'arrêter la ?'
• Termes qui caractérisent l’impasse : Ecartelé, tourments, fissures, lourd secret, révoltes étouffées, brisé,...
• Pour parler de la relation avec F, il utilise terme désir alors que pour M, il utilise amour : elles ne sont pas placées au même plan.

b. Une originalité poétique :

• Sorte d'introduction – amorce, 5 paragraphes égaux construits de manière anaphorique (Ainsi + GN) et une conclusion – le bilan de la crise => présentation strophique
• Plusieurs phrases nominales posent des mots forts, incitent lecteur à s'arrêter dessus
• Les anaphore et les figures de style participent à la tonalité poétique et montre J à la quête d'un sens
==> Choix manifeste : poésie de la quête du mieux dire, de l'expression intérieure

c. Une construction par introspection :

• Texte structuré par anaphore et parallélisme : Ainsi + GN qui déclinent les composantes des crises traversées
Thème général : Crise d'adolescence => Différentes manifestations de la crise : ennui, solitude, coups, cafard, révolte…
L’accumulation accable et écrase de plus en plus
• Chaque paragraphe qui a une forte unité thématique est défini par un mot-clé
Exemple : 'Ainsi les révoltes. Mais des révoltes étouffées (Mot clé – Reprise thème avec nuance supplémentaire)
• Nombreux connecteurs logiques : J veut comprendre et se faire comprendre
==> L essaye de comprendre dans quel état il a été ; analyse ce qu'il a vécu dans cette crise.


2) Une crise qui se poursuit et qui va le remettre en cause :

a. La métaphore filée qui donne des images édifiantes :

Idée d'un mouvement qui se fait dans temps. 'Se craqueler' montre qu'avant enfance lisse, sans soucis, sans aspiration... première crise intérieure est comparée à :
- 'se craqueler ton enfance'
- 'fissures'
- 's'effondrera'
- 'ravages'
- 'éboulement'
- 'tu serais brisé'
De plus en plus profond (d'abord idée surface enfance, insouciance) : c’est la gradation d'un effondrement intérieur

b. Par extension, la métaphore contamine tout le texte et crée un réseau lexical :

Notion de craquelure qui s'irradie, touche les autres notions :
• Tristesse, spleen avec métaphores, dépression : 'sombre, grisaille, mort, noir, enfers'
• Autre métaphore filée de souffrance : blesser, écraser, lacérer, plonger lame, pulpe, saigne
• irruption angoisse
• Lutte militaire (champ lexical : 'déposer armes, lames, abattre, sous-officier')
• Violence (champ lexical humiliation, injure et termes forts, intenses : 'envahie, t'abattre, irruption, ô combien vain, tant d'efforts, au plus profond...')
==> Il y a un premier signe, point de départ de la crise qui se poursuit et devient plus forte, plus violente : cela produit un mouvement dans le texte.
==> J montre que l’intensité de la crise l'a complètement ébranlé.

c. Les symptômes résultants :

• 'impossibilité participer, incapable de parler' : les constructions négatives appuient l’isolement des autres
• 'impossibilité de t'intéresser à toi-même' : isolement de soi
• 'vain de travailler, de lutter' : tournures stériles et négatives qui appuient l’enfermement : réduit à l’inaction et au silence pouvant le mener à la dépression
• 'plus compter que sur toi-même, tu te sentais perdu' : perte de repère, solitude
• 'culpabilité, ne peux penser rien d'autre (obsession), persuadé que tu étais minable (dévalorisation)'
• ‘envie de meurtre, violence, acte inconsidéré’ : pulsion de mort, peut-être suicide ?

d. Le dernier paragraphe : l'ultime ressource :

• 'Mais' : conjonction de coordination antéposé qui marque l’opposition, rupture saisissante avec la descente aux enfers qui précède
• 'Toujours en toi' : adverbe de permanence, connotation du repère : enfin quelque chose à quoi se raccrocher
• L’amour pour M est le rempart qui l’empêche de sombrer complètement

On trouve ici des oppositions avec les paragraphes précédents :
• 'vibre' connote vie, mouvement amorce contraste, J reprend goût à la vie
• 'te soutient' s'oppose à solitude
• 't'enjoint de tenir' s'oppose à 'renoncer, déposer armes'
• 'te montrer docile' s'oppose à 'révoltes'
==> Réponses point par point aux souffrances précédemment décrites illustrent la force de l’amour pour M
==> Mot d'ordre qui le sauve' : ne rien faire qui pourrait la peiner
==> J veut rendre hommage M adoptive ('témoigner gratitude')


Conclusion

• Charles Juliet a vécu une crise et l’écriture lui permet de rentrer au fond de lui-même, d’analyser ses émotions et de mieux se comprendre.
• Il a besoin de dire ce qu'il ressentait et difficulté de s’exprimer comme M.
• Tout revient constamment aux même révoltes, ennuis, solitude : ainsi en écrivant il ressent pratiquement les mêmes obstacles que M (rapprochement).
• Mais en même temps d'un bilan introspectif, J veut remercier M adoptive, offrir la gloire à une « mère toute donnée ».







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