Paul Verlaine (1844-1896). Green est un poème à forme brève, 3 quatrains d’alexandrins aux rimes croisées. Il exprime le désir d’aimer et d’être aimer, sur un ton élégiaque (mélange de douleur et tristesse). On va montrer que le poème est une élégie amoureuse et aussi que la nature joue un rôle symbolique et métaphorique et suggère un état d’âme.
Lecture du texte
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux. J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encor de vos derniers baisers; Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête. Et que je dorme un peu puisque vous reposez. |
Annonce des axes
Lecture méthodique
I/ Elégie Amoureuse
a- don ("mon cœur" : métonymie du sentiment amoureux, bouquet, "humble présent" à don total de soi à la femme aimée)
b- lien de soumission/dépendance (tradition de l’amour courtois, vouvoiement, abandon : "laissez rouler ma tête")
c- effacement de soi (désir de ne pas déranger "un peu" "puisque", fragilité, vulnérabilité)
a-
désir d’intimité charnelle ("jeune sein" "yeux si beaux" "à vos pieds" mis en valeur des mots féminins)b- désir d’être aimé (traduit par l’évolution constante de l’être aimé avec impératifs "souffrez" "laissez")
a- maternel ("jeune sein", 2e strophe image de La Pietà ou Christ repose aux pieds de la Vierge),
b- douceur (allitération en ‘s’ associée à la quête amoureuse, "doux" place privilégiée à fin 1equatrain, sonorité green)
c- sentiment de lassitude, aspire au repos (allitération ‘p’ à repos, champ lexical du repos, polysémie rêve à imagination à on dort)
a-redoute cruauté de la jeune femme ("ne le déchirez pas" Polysémie de déchirer *tourmenter, blesser)
b- relation = ("souffrez que" à ton plaintif, imploration/prière relayée par "laissez-là"è emploi de ces verbes mettent le poète dans un était d’infériorité)
c- difficultés de la relation suggérées par la métaphore de la tempête (orages=querelles, disputes passées)
d- moments de bonheur fragiles ("instants" "rêves" "un peu" à ne permettent pas d’envisager un bonheur durable)
II/ Le rôle symbolique de la nature dans le poème
a-
marche rapide : *rythme (v.1 découpé en hémistiches, rythme binaire) *pas (nombreux monosyllabes reproduisent les pas)b- composition du bouquet (effet d’accumulation à abondant)
a-
air *fraîcheur, vivifiantà "glacer"* Rythme haletant (beaucoup de pauses, monosyllabes, coupes) comme si le poète était essoufflé.
* Retour au calme ds dernier quatrain (enjambementà continuité v.9)
b- eau "rosée" rime avec "reposée"à sonorités douces, l’eau est associée au repos.
è Les éléments naturels ont une action bénéfique sur l’état d’âme du poète qui au départ était agité.
a-sensations positives, impressionnisme visuel :
* lumière ("blanche" "rosée"à
briller)
* couleur ("rosée", "Green"à
les "fleurs" et "fruits")
b- sensations auditives "sonore"
Conclusion
Ce sont des vers empreints à la
fois d’une émotion contenue et d’une grande douceur. Comme L. Labé,
son amour est entremêlé de souffrance, mais, elle, l’assume
pleinement car elle fait partie de l’expérience amoureuse et vaut
d’être vécue. En opposition à Verlaine, qui dissimule
son tourment amoureux...
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