I. Premier paragraphe
Ce premier paragraphe commence la description de la Piolaine et la situe précisément grâce à plusieurs indices géographiques très précis : " La Piolaine " (l.1) ; " a deux kilomètres de Montsou " (l.2) ; " sur la route de Joiselle " (l.3).
Des informations paradoxales nous sont fournies à son sujet puisqu'elle est tout d'abord présentée comme grande et importante (" propriété " (l.1) ; " grande maison " (l.3) ; " vastes terres " (l.4) puis grâce aux superlatifs : " fruits et légumes les plus beaux du pays " (l.8) ) ; puis elle est plutôt dévalorisée : " sans style " (l.3) ; " il ne restait que 30 hectares " (l.5) (tournure restrictive) ; " le parc manquait ", " un petit bois… " (l.9).
De plus, cette propriété nous est ensuite apparue comme isolée : " clos de murs " (l.6). Elle est donc coupée du monde et ancrée dans le passé (" vieux tilleuls " l.10).
Ce premier paragraphe de description possède toutes les caractéristiques de cette dernière, et notamment énormément de compléments du nom : " avenue de vieux tilleuls " (l.8) ; " une voûte de feuillage de 300 mètres ".
Cette description vue d'un point de vue externe nous fait passer d'un point de vue panoramique à l'entrée de la maison puisque notre regard s'attarde sur la grille.
II. Second paragraphe :
Ce deuxième paragraphe poursuit la description en nous présentant les Grégoire. Il marque un contraste avec la première partie : on voit tout de suite l'opposition entre le lever des Maheu et celui des Grégoire. Cécile et Catherine sont en ceci deux personnages en totale opposition puisque Catherine est la première à se lever alors que chez les Grégoire Cécile n'hésite pas à faire la grasse matinée.
Zola nous dresse donc un portrait par les actes de cette famille : " ce matin là les Grégoire… 8 heures ". Cette phrase nous montre que ces gens se lèvent d'habitude encore plus tard, pour eux le sommeil est une passion : " dormir avec passion " (l.16). Un procédé d'ironie est présent dans ces phrases : l'auteur met en parallèle le terme de " tempête " (l.16), qui traduit une grande violence, avec celui de " énervé " (l.17) qui lui marque une très faible agitation.
Le contraste avec les mineurs se poursuit avec la description des habits (l.20) pour dormir que porte ces gens : " pantoufles ", " flanelle ", … Tous ces termes renforcent la notion de confort qui est donc présente même dans le sommeil.
Ce portrait de la famille nous fait donc voir leur grande oisiveté se traduisant tant dans les horaires que par leurs manières de vivre : tout les oppose aux Maheu.
Dans le portrait de Mme Grégoire, les indications se réfèrent tout d'abord à son caractère puis à son physique : " figure poupine et grosse ". Elle est donc petite et grosse ce qui renforce le fait de l'importance de la nourriture pour elle et aidera également à développer la métaphore du problème socio-politique : les bourgeois mangent les mineurs. Dans sa description, Zola parque également l'innocence du personnage : " étonnée, poupine, blanche ". A travers ces termes se devinent la volonté d'innocenté le personnage ; il y a un manque total de prise de conscience du problème social.
III. Troisième paragraphe :
Ce paragraphe est cette fois basée sur un dialogue entre Mme Grégoire et la cuisinière. Il y a donc une focalisation : " Mélanie si vous faisiez… " (formule hypothétique ). Cette phrase marque donc une suggestion de la part de Mme Grégoire et non un ordre. Cette politesse nous montre le respect entre les maîtres et les domestiques ; il n'y a aucune agressivité.
Le thème de la nourriture est une fois de plus retrouvé puisque la cuisinière va faire une brioche pour Cécile. Cette brioche renforce une fois de plus le contraste entre les Grégoire et les Maheu : la brioche s'oppose au pain avec une " noix " de beurre du déjeuner des mineurs.
La petite fille nous est présentée comme très gâtée de la tendresse de ses parents et en particulier de sa mère : " … " (l.27) ce silence reflète la pensée de Mme Grégoire en pensant au bonheur qu'aura Cécile en voyant la brioche ; " hein ! " (l.27). Mme Grégoire demande l 'approbation de sa cuisinière ; il existe une véritable complicité entre ces deux personnages pris d'affection pour la petite.
IV. Quatrième et cinquième paragraphe :
Ces deux paragraphes évoquent les relations des maîtres avec les autres domestiques de la maison.
Ainsi la servante est présentée comme fidèle puisqu' elle est à leur service depuis trente ans (l.30). De plus elle est très complice avec sa maîtresse et est prise d'un même amour que Mme Grégoire pour Cécile : " Ca c'est vrai ; la surprise serait fameuse … ". Ces points de suspension prolongent comme pour Mme Grégoire la rêverie sur le bonheur de la jeune fille.
Zola reprend ensuite le récit, le point de vue externe fait de nouveau son apparition.
" Pour tout personnel, il n'y avait que… " (l.37), cette phrase à tournure restrictive marque peut-être une ironie de la part de l'auteur puisque les Grégoire possèdent tout de même sept personnes à leur service. Ces domestiques sont avant tout fidèles et vivent en harmonie avec leur maîtres : " petit monde " ; " douceur familière " ; " bonne amitié ". C'est un " service patriarcal ", familial.
V. Sixième paragraphe :
Apres cette parenthèse sur l'histoire de la domesticité, Zola revient à sa description des lieux avec la cuisine.
Cette pièce est immense, " d'une propreté extrême ", très importante et possède un " arsenal " d'ustensiles. Ce terme à connotation militaire, la préparation des repas est donc une bataille : Zola énumère une grande quantité d'ustensiles, " déborder " : ces biens abondent ; " emplissaient ". Il souligne l'importance du sens de l'odorat : " sentait bon ", " elle resta pour voir mettre la pâte au four ".
Conclusion
Zola disait que " pour obtenir un gros effet il faut que les oppositions soient nettes et poussées au summum de l'intensité possible ". Dans ce passage qui débute la seconde partie, le contraste est flagrant entre la misère, la solitude, le froid et le chômage et l'opulence, l'amour, le confort, l'oisiveté. A travers le roman se succède des séquences antinomiques : levé des Maheu opposé à celui des Grégoire ; déjeuné des Maheu et celui des Grégoire… Ce récit autonome s'inscrit dans une organisation thématique : la nourriture comme thème expose en même temps l'évolution entre deux forces antagonistes.
Merci à Guillaume qui m'a envoyé cette fiche...