2) Argument 2 : de la ligne 3 à 5 et de la ligne 6 à 9
Le temps passé à s’analyser et à s’écrire
conduit à une consolidation de soi. Cette idée est exprimée
de manière
imagée dans les lignes 3 à 5. En effet, Montaigne utilise une
image empruntée à la sculpture : celle du « moule » qui
implique un véritable travail de l’age. Ceci fait apparaître
l’idée importante de contrainte et de discipline contenue dans
les verbes « dresser » et « composer ».
Par une forme d’autodiscipline et d’efforts, un être se fortifie
et se forme. Cette idée est rendue par deux termes quasiment homophoniques « fermi » et « formé ».
Enfin, l’idée qu’en se peignant par écrit amène
une consolidation, une construction de soi, est rendue par la mise en parallèle
de l’auteur et de son livre soulignée par la répétition
du verbe « faire » du chiasme de
la ligne 7. Ainsi, il s’agit
de mettre en évidence la réciprocité de formation. L’auteur
et le sujet se confondent comme le montrent les expressions « livre
consubstantiel à son
auteur » et « membre de ma vie » mais aussi
montré dans
l’opposition des lignes 8-9 : « occupation propre » (ne
s’occupe
que de lui) et « occupation à fin tierce et étrangère » (qui
s’occupe de quelque chose extérieur à lui). Cette opposition est
marquée par non. Elle montre aussi l’originalité des Essais
centrés sur Montaigne.
3) Argument 3 : de la ligne 5 à 6 et de la ligne 10 à 14
Se représenter pour les autres, ce qui conduit à une
meilleure connaissance de soi. Cette idée est présente à travers
l’image de la peinture aux lignes 5-6. L’expression « couleurs
plus nettes » traduit bien l’évolution dans la connaissance
de soi, la vision est plus précise. On retrouve cette idée aux
lignes 10 à 14, une question oratoire (lignes 10-11), l’observation
qui est présentée comme continuelle et curieuse, insiste sur
le caractère profond de l’observation faite par Montaigne. La
réponse sous-entendue est donc non. L’idée qu’en
se peignant pour autrui, on acquiert une meilleur connaissance de soi est
rendue par la comparaison et l’opposition entre 2 démarches, celle
de ceux qui accomplissent une analyse superficielle d’eux même
et celle ce ceux qui comme Montaigne pratiquent une introspection précise,
longue et profonde. Ceci est mis en valeur par un jeu d’opposition entre
les termes renvoyant à une étude rapide et orale : « par
fantaisie, par langue, quelque heure » et les termes soulignant
la profondeur de la connaissance de soi : « si primement », « se
pénètrent », « étude
ouvrage et métier » renvoyant au travail d’écriture,
à la mise par écrit. « De toute sa foi, de toute sa
force » traduisent
l’investissement de celui qui comme Montaigne passe par une analyse profonde
et écrite. Aux lignes 15-16, selon Montaigne, seule l’écriture
peut rendre compte de ce que nous éprouvons de plus intime, « des
plus délicieux plaisirs », ce qu’il y a de plus fugitif
comme le souligne la répétition du verbe « fuir ».
4) Argument 4 : de la ligne 17 à 18
L’analyse de soi a été pour Montaigne
un remède
contre les cogitations ennuyeuses. Il précise aussitôt que cogitations
ennuyeuses est synonyme de frivole (= futiles = sans grand intérêt).
Il s’est concentré sur ce qui est important.
5) Argument 5 : de la ligne 19 à 21
Selon Montaigne, l’introspection est naturelle pour
l'homme (l’introspection
est innée) : « nature » et « large
faculté ».
En effet, pour Montaigne, l’homme n’est pas seulement un être
social mais a aussi besoin de se donner à lui-même.
6) Argument 6 : de la ligne 21 à 25
On a le champ lexical de l’ordre : « ranger » « quelque
ordre et projet » « donner corps a mettre en registre » « enrôle » qui
s’oppose à celui de l’évasion, de la rêverie : « fantaisie
à rêver » « se perdre à extravaguer au vent » « menues
pensées » « rêveries ». L’écriture
de soi lui a permis d’analyser ses rêveries, son imagination (sinon
il ne l’aurait pas pris en compte).
7) Argument 7 : de la ligne 25 à 28
L’écriture de soi lui a permis de se libérer,
il utilise le terme dégagé de l’affliction « étant
marri » né des
chagrins et des incivilités observées et subies qu’il ne
pouvait pas parler tout haut puisque la civilité et la raison lui prohibaient
de reprendre à découvert. Montaigne a l’arrière
pensée d’une action morale, d’une démarche de correction
et d’exemplarité (le plus intime d’un homme peut être
utile aux autres).
Conclusion
C’est un texte argumentatif qui réfléchit
sur l’utilité de parler de soi et qui offre une justification de
l’écriture des Essais.
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