Les Chimères de Gérard de Nerval, dont est extrait El Desidichado, sont un recueil de 12 sonnets d'inspiration
romantique mais comptant déjà des traits symboliques (Expression lyrique des sentiments,
goût des extrêmes ; Symbolisme : fin 19ème siècle, association de symboles) publié à la
fin des nouvelles " Les Filles du Feu " dont il est le prolongement. Le poète
est en effet toujours hanté par ses amours perdus, par les mythes et les légendes
et par une interminable quête de lui-même à la recherche de la miséricorde.
Lecture
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![]() Gérard de Nerval |
Annonce des axes
I - Un état caractérisé par le manque
a) manque de bonheur
b) manque d'amour
c) manque de vie
II - L'obsession du passé
a) les personnages du passé
b) les lieux du passé
c) les échos du passé
III - La quête d'une personnalité
a) un poète en rupture d'identité
b) la reconquête
Commentaire littéraire
I - Un état caractérisé par le manque
a) Manque de bonheur
Le champ lexical du malheur est très présent dans El Desdichado (inconsolé,
consolé,
désolé)
construit
autour
d'une racine latine : "solor" (=apporter un soulagement).
Présence bienfaitrice d'une personne sur qui il peut compter. Le mot mélancolie
marque fortement le texte. Il rappelle le tableau de Dürer. Le titre El Desdichado signifie
: "déshérité". Il traduit en effet un manque. On passe de "lui" à "je" et "je" traduit
le malheur.
b) Manque d'amour
Le malheur du poète est d'être seul. L'actrice qu'il aimait est morte. C'est
lui le " veuf ", celui qui a perdu son amour. Repris au vers 3 : allusions aux
femmes qu'il a aimé. L'adjectif " seul " insiste sur le fait que sa vie est entièrement
vide. Aux vers 2 et 3, la solitude ressort. Vers 5 : il est à l'égal d'Orphée,
il est en communication avec les morts. Vers 9 : ce sont des amants malheureux. " Biron " était
un ami d'Henry 4. " Lusignan " est le vrai mari de Mélusine.
Ce sont quatre images de l'amour malheureux.
c) Manque de vie
Références à la mort très importantes. On ne sait si le poète est sorti du monde des vivants : " j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron ". Il a gardé des contacts avec les morts. Nerval a perdu sa mère très jeune. Absence de couleur : " ténébreux, soleil noir... ". Sonorités très assourdies, nasales.
II - L'obsession du passé
a) Les personnages du passé
Confusion entre les différentes époques. Nerval était fasciné par le passé et l'aristocratie. Confusion entre la mythologie, l'histoire et le moyen-âge : trois époques => confusion.
" j'ai deux fois vainqueur... " : il s'assimile complètement avec un héros de la mythologie. Il s'imagine que ce héros a existé. L'errance entre le passé et le présent se voit par les temps verbaux. Présent : " je suis ", le passé composé : " j'ai rêvé ". Il a du mal à se situer.
b) Les lieux du passé
Vers 11, " la grotte " : espace indéfini, " sirène " et " Achéron " : lien avec
la mythologie. " Pausilippe " (vers 6) : Le Pausilippe (Posilipo) est
une colline à l'Ouest
de Naples.Virgile, un grand poète, y serait enterré.
Assonances en " i " pour l'image du bonheur.
c) Les échos du passé
" abolie, mélancolie " : rimes féminines ('e' à la fin).
Tout le poème est battis sur des échos sonores. Echos => dédoublements permanents.
Echo sur " sore " (" seul, soleil, désolé "). Echos intérieurs
(" fleurs
et cœur "), (" Pausilippe et Italie "). Jeu sur 'i' et 'r' (" soupir,
lire, cri ").
| Rythme ternaire des alexandrins : | " Suis-|je A|mour| | ou Phé|bus, | Lusi|gnan | ou Bi|ron ? ". |
| 3 | 3 | 3 | 3 |
a) un poète en rupture d'identité
" suis-je " (v.9) est différent de " je suis " (v.1).
Cela débouche sur le vide, absence d'identité. Description de sa perte d'identité : " tour abolie ". Au vers 9, multiplicité de références contradictoires dont le seul point commun est l'échec.
" nuit du tombeau, grotte " : lieux fermés.
b) la reconquête
Le poète se reprend. A partir du premier tercet, il va être l'élu de la reine. Allusion à la nouvelle des " Filles du Feu " en Adrienne au vers 10. Importance de la victoire, le luth constellé marqué de désespoir devient la lyre d'Orphée. Il croit en ses talents, espoir d'une vie éternelle. Opposition entre un jeu d'ombres et de lumières. Sonorités plus claires, rythme du poème très irrégulier.
Conclusion
Le sonnet El Desdichado exprime une renaissance. Gérard de Nerval, enfoncé dans son malheur et sa folie, a perdu son identité. Petit à petit, il la reconquiert en retrouvant la lumière et le pardon.
Merci à spinner (spinner2019@multimania.com) qui m'a envoyé cette
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