1- Un voyage sans contrainte
- « j'étais jeune, je me portais bien, j'avais assez d'argent »,
Jean-Jacques se trouve hors des contraintes matérielles et donc hors
du temps (cf. le rêve).
- « les heureux », « je me portais bien », « beaucoup
d'espérance », « magnifique » = vocabulaire valorisant
hyperbolique.
- « seul » hors des contraintes sociales.
=> Le voyage de Rousseau s'annonce comme un voyage plaisant et sans contrainte, c'est de plus un moment d'exception comme nous le montre la formule « jamais ne plus ».
2- Voyager = rêver ?
- Rousseau marque sa préférence à voyager seul, son refus
de la compagnie « je rechignais », de plus l'utilisation du pronom « on » et
de l'appellation « quelqu'un » créent une mise à distance.
- Le paysage est ici relégué au rang de prédicat, il est
anecdotique et anonyme.
=> Rousseau crée donc les conditions d'un voyage solitaire propice à la réflexion ou aux rêves, ce que nous montre le mot « douce chimère ».
3- Le voyage intérieur
- « mes idées », « chimère », « imagination », « noble
idée », « croyais », « folies », « enfant »,
vocabulaire montrant la vivacité de l'imagination et son pouvoir créateur.
- Les paysages évoqués sont liés à l'affectivité,
ce qui nous pousse à classer Rousseau parmi les préromantiques.
=> Le voyage que nous narre Rousseau est plus un voyage intérieur, un voyage à travers ses pensées qu'un simple voyage d'un point à un autre, nous allons donc étudier ses rêves.
II/ Les rêves de Rousseau
1- Le rêve militaire
- Dans la narration de son rêve, Rousseau nie les difficultés,
aussi bien physiques (telle que sa vue courte) que sa montée en grade. « j'allais
m'attacher à un militaire et devenir militaire moi-même »,
sa promotion est donnée comme une évidence.
- « Je me voyais déjà » négation du temps,
une fois encore.
- Le rêve de Rousseau est aussi un rêve de gloire, « et moi » montre
que Jean-Jacques Rousseau est au milieu du tableau qui se dessine, il considère
le combat avec aisance, domine la situation, en opposition au lexique guerrier
qui met en valeur l'idée de danger. La lorgnette, donne l'idée
de bravoure, d'aisance et de commandement.
=> Construit l'image d'un Jean-Jacques puissant, renforcée par la comparaison doublement valorisante au Maréchal Schonberg.
2- Le rêve pastoral
- L’aspect pastoral de la personnalité de Rousseau est évoqué brièvement
avec le champ lexical de la nature « campagne », « ruisseau »,
ce qui crée une opposition avec le premier rêve.
- Rousseau semble proche du rêve bucolique car en se livrant à son
imagination et à ses émotions, il est plus proche de sa nature.
- Lexique de l'affectivité « touchant » « sentais » « chères » « soupirer ».
- « je me retrouvais », l'emploi de ce verbe indique le retour
de Jean-Jacques vers ce qui est constitutif de sa personnalité.
=> Le second rêve semble plus proche de la personnalité de Rousseau que le premier, mais la transition entre les deux est très rapide (« cependant » indique une quasi simultanéité, voir une superposition), on peut donc penser que ces rêves ne sont pas pris aux sérieux par Rousseau, ce qui nous amène à étudier le regard de Rousseau sur le jeune Jean-Jacques.
III/ Le regard moqueur de Rousseau sur Jean-Jacques
1- Rousseau peu dupe des illusions de Jean-Jacques
- « Pourquoi le maréchal Rousseau ne l'aurait-il pas ? » le
ton de cette phrase est humoristique.
- « avec son beau plumet blanc » cliché.
- Lorsque Jean-Jacques se dit « enfant de la balle », il plie le
réel à ses illusions.
- Les lectures que son père faisait à Jean-Jacques quand il était
plus jeune parlent de « grands héros romains ».
=> Rousseau montre par son ton ironique, et les ambitions débordantes de Jean-Jacques qu'il n'est pas dupe des illusions de sa jeunesse, pas dupe non plus des rêves en eux-mêmes.
2- Rousseau se moque de la fugacité des rêves de Jean-Jacques
- « cette fois, mes idées étaient martiales » la
locution adverbiale temporelle « cette fois » montre que ce n'est
pas le premier rêve de Jean-Jacques, et suggère même que
beaucoup l'ont précédé.
- Rousseau se moque aussi du fait que Jean Jacques se présente comme
un héros picaresque, un Don Quichotte.
- « renonçant pour jamais » l'emploi du mot jamais relève
d'une forme d'ironie.
=> Rousseau se moque des rêves de Jean-Jacques, aussi vite arrivés
que repartis.
Conclusion :
Dans l'extrait que nous venons d'étudier, Rousseau évoque donc le thème du voyage, mais celui du voyage intérieur et non de la
description de paysages. Cette introspection se traduit par le récit de deux rêves : l'un guerrier, l'autre pastoral. A travers cela, on sent poindre
le regard moqueur de Rousseau sur son passé, sur ses rêves qui font partie de sa personnalité, et de sa capacité à rêver
qui est constitutive de son être.
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