BEL-AMI

Maupassant

Première partie, chapitre 5

de "En le quittant, elle demanda..." à "...Je vais chercher un joint."





Introduction

Georges Duroy gagne 200 F/mois à la vie Française.
Il a une maîtresse : Clotilde de Marelle avec laquelle il sort régulièrement dans Paris.
=> Il n’a plus un sou, et doit l’avouer à sa maîtresse.
Cet extrait de Bel-Ami permet d’approfondir le portrait du héros et de comprendre comment Duroy profite des femmes, mais aussi comment le narrateur rend absolument manifeste les faiblesses du héros.


Lecture du texte

   En le quittant, elle demanda :
"Veux-tu nous revoir après-demain ?
- Mais oui, certainement.
- A la même heure ?
- A la même heure.
- Adieu, mon chéri."
   Et ils s'embrassèrent tendrement.
   Puis il revint à grands pas, se demandant ce qu'il inventerait le lendemain, afin de se tirer d'affaire. Mais comme il ouvrit la porte de sa chambre, il fouilla dans la poche de son gilet pour y trouver des allumettes, et il demeura stupéfait de rencontrer une pièce de monnaie qui roulait sous son doigt.
   Dès qu'il eut de la lumière, il saisit cette pièce pour l'examiner. C'était un louis de vingt francs !
   Il se pensa devenu fou.
   Il le tourna, le retourna, cherchant par quel miracle cet argent se trouvait là. Il n'avait pourtant pas pu tomber du ciel dans sa poche.
   Puis, tout à coup, il devina, et une colère indignée le saisit. Sa maîtresse avait parlé, en effet, de monnaie glissée dans la doublure et qu'on retrouvait aux heures de pauvreté. C'était elle qui lui avait fait cette aumône.
  Quelle honte !
   Il jura : " Ah bien ! je vais la recevoir après-demain !
   Elle en passera un joli quart d'heure !"
   Et il se mit au lit, le coeur agité de fureur et d'humiliation.
   Il s'éveilla tard. Il avait faim. Il essaya de se rendormir pour ne se lever qu'à deux heures ; puis il se dit :
   " Cela ne m'avance à rien, il faut toujours que je finisse par découvrir de l'argent. " Puis il sortit, espérant qu'une idée lui viendrait dans la rue.
   Il ne lui en vint pas, mais en passant devant chaque restaurant, on désir ardent de manger lui mouillait la bouche de salive. A midi, comme il n'avait rien imaginé, il se décida brusquement : " Bah ! je vais déjeuner sur les vingt francs de Clotilde. Cela ne m'empêchera pas de les lui rendre demain. "
   Il déjeuna donc dans une brasserie pour deux francs cinquante. En entrant au journal il remit encore trois francs à l'huissier. " Tenez, Foucart, voici ce que vous m'avez prêté hier soir pour ma voiture. "
   Et il travailla jusqu'à sept heures. Puis il alla dîner et prit de nouveau trois francs sur le même argent. Les deux bocks de la soirée portèrent à neuf francs trente centimes sa dépense du jour.
   Mais comme il ne pouvait se refaire un crédit ni se recréer des ressources en vingt-quatre heures, il emprunta encore six francs cinquante le lendemain sur les vingt francs qu'il devait rendre le soir même, de sorte qu'il vint au rendez-vous convenu avec quatre francs vingt dans sa poche.
   Il était d'une humeur de chien enragé et se promettait bien de faire nette tout de suite la situation. Il dirait à sa maîtresse : " Tu sais, j'ai trouvé les vingt francs que tu as mis dans ma poche l'autre jour. Je ne te les rends pas aujourd'hui parce que ma position n'a point changé, et que je n'ai pas eu te temps de m'occuper de la question d'argent. Mais je te les remettrai la première fois que nous nous verrons."
   Elle arriva, tendre, empressée, pleine de craintes. Comment allait-il la recevoir ? Et elle l'embrassa avec persistance pour éviter une explication dans les premiers moments.
   Il se disait, de son côté : " II sera bien temps tout à l'heure d'aborder la question. Je vais chercher un joint."

Extrait du chapitre 5 de la partie 1 - Bel-Ami - Maupassant


Annonce des axes

I : Faiblesse du personnage et incapacité à résister
II : Ironie du narrateur vis à vis du personnage


Etude

I- Portrait psychologique : la lâcheté

A) Engrenage de la lâcheté

En trois jours, on assiste à la « démission » de Bel-Ami et on peut étudier ses sentiments en différents moments :

1er moment : le soir même (l. 1 à 25)
Stupéfaction (l.12) : « il demeura stupéfait »
Il comprend (l.20) : « tout à coup, il devina »
Blessure d’orgueil : « Quelle honte ! »
=> Ces sentiments ne sont pas blâmables. Ca parait normal.

2ème moment : la nuit et le lendemain (l. 26 à 45)
Il n’hésite pas à satisfaire ses besoins.
Il ne peut plus rétablir son orgueil.
Incapacité absolue de résister aux besoins alimentaires : « manger »(l. 23) et « les 2 bocks »(l. 43)
=> On est loin des sentiments nobles.

3ème moment : le rendez-vous (l. 46 à 64)
Le discours qu’il ferait est en retrait par rapport au premier jour
Quand vient le moment, il renonce : « il sera bien temps » (l. 63)
=> La volonté de Duroy ne vaut rien

bilan :
Dénonciation de la lâcheté du personnage. Comédie de sentiments nobles.
Les besoins primaires annulent ces sentiments.

B) Omniprésence de l’argent

- Evolution du champ lexical
« pièce de monnaie » (l. 12) = terme générique ==> « louis de 20 Frs » + précis (l. 15)
Champ lexical de l’argent très présent.
« Aumône » (l. 23) :sentiment d’humiliation, il se sent rabaissé.
Inversion du rôle social : ce que fait Mme de Marelle est inqualifiable

- Au début 20 frs apparaît une somme énorme : « c’était un louis de 20 francs ! » (l. 15)
Ensuite banalisation : « les vingt francs de Clotilde » (l. 35)

- Arithmétique précise : on a le détail des prix.
Impression : plus il a d’argent et plus il en veut => il n’a plus que 4 frs 50.

- Voiture : dépense pour son image personnelle. L’argent est convertit en plaisir immédiat.
Les sentiments nobles sont remplacés par le plaisir.

- Au moment de voir sa maîtresse : « je n’ai pas eu le temps de m’occuper de la question d’argent » (l. 56)
=> IRONIE

Bilan :
Portrait moqueur d’un héros médiocre.
Portrait en action : c’est au lecteur de déduire le caractère.
Passage typique de l’ironie sur Bel-Ami.
Lâcheté et absence de scrupules de plus en plus manifeste.


II- Ironie de l’auteur

Ironie par décalage

1er décalage

Bel-Ami se prend pour un noble : expressions hyperboliques « miracle » (l. 20)
=> Description emphatique des tourments d’une « belle-âme »
Alors qu’il a une conduite triviale et décalée
Maupassant souligne le coté paresseux « il se mit au lit » (l. 26) ou « il s’éveilla tard » (l. 27)
Le désir ardent de se venger devient celui de manger

2ème décalage

Ironie de l’auteur à travers les connecteurs temporels
=> Duroy veut toujours repousser alors qu’il y a des futurs de certitude ligne 36.
Certitude annulée par « Mais comme il ne pouvait...... » (l. 46) => prend ici une valeur ironique
Maupassant prend plaisir à monter l’incohérence du personnage
Duroy croit toujours qu’une force extérieure va le sauver => il ne compte pas sur lui mais sur le hasard.

3ème décalage

Sentiments nobles (comme la colère indignée) en opposition avec l’argot qu’il emploie au discours direct.
« jurer »ou « je vais la recevoir ! » ou encore « bah ! » interjection familière

bilan :
Passage typique de la désinvolture vis à vis des femmes
Mme de Marelle est tjs associée à l’argent
La tendresse ne vient que de la femme. Mme de Marelle est tendre, empressée (gradation l. 59)
Pensées parallèles : elle aussi ne veut pas d’explication
L’argent est au cœur de la relation Bel-Ami/Femmes


Conclusion

   Duroy veut profiter de la largesse des femmes.
   C’est avec Mme de Marelle que Duroy dévoilera ses faiblesses (Rachel) et sa violence.
   Ecriture très efficace qui passe par le point de vue de Duroy.




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Merci à Gaëlle qui m'a envoyé cette fiche...