Le Barbier de Séville

Beaumarchais

Acte III, scène 11


Introduction

Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile est une comédie en quatre actes de Beaumarchais, représentée pour la première fois le 23 février 1775. C'est le premier volet d'une trilogie intitulée Le roman de la famille Almaviva.
Le deuxième volet, Le Mariage de Figaro, est écrit en 1778 et mis à la scène en 1784 seulement. Le troisième, L'Autre Tartuffe ou La Mère coupable, est achevé et joué en 1792.

Situer l'extrait étudié.


Lecture du texte



Scène XI
LES ACTEURS PRÉCÉDENTS, DON BAZILE

ROSINE, effrayée, à part. Don Bazile !…
LE COMTE, à part. Juste Ciel !
FIGARO, à part. C’est le diable.
BARTHOLO va au-devant de lui. Ah ! Bazile, mon ami, soyez le bien rétabli. Votre accident n’a donc point eu de suites ? En vérité, le seigneur Alonzo m’avait fort effrayé sur votre état ; demandez-lui, je partais pour vous aller voir, et s’il ne m’avait point retenu…
BAZILE, étonné. Le seigneur Alonzo ?
FIGARO frappe du pied. Eh quoi ! toujours des accrocs ? Deux heures pour une méchante barbe… Chienne de pratique !
BAZILE, regardant tout le monde. Me ferez-Vous bien le plaisir de me dire, Messieurs… ?
FIGARO. Vous lui parlerez quand je serai parti.
BAZILE. Mais encore faudrait-il…
LE COMTE. Il faudrait Vous taire, Bazile. Croyez-Vous apprendre à Monsieur quelque chose qu’il ignore ? Je lui ai raconté que vous m’aviez chargé de venir donner une leçon de musique à votre place.
BAZILE, plus étonné. La leçon de musique !… Alonzo !…
ROSINE, à part, à Bazile. Eh ! taisez-vous.
BAZILE. Elle aussi !
LE COMTE, bas, à Bartholo. Dites-lui donc tout bas que nous en sommes convenus.
BARTHOLO, à Bazile, à part. N’allez pas nous démentir, Bazile, en disant qu’il n’est pas votre élève, vous gâteriez tout.
BAZILE. Ah ! ah !
BARTHOLO, haut. En vérité, Bazile, on n’a pas plus de talent que votre élève.
BAZILE, stupéfait. Que mon élève !… (Bas.) Je Venais pour vous dire que le comte est déménagé.
BARTHOLO, bas. Je le sais, taisez-Vous.
BAZILE, bas. Qui Vous l’a dit ?
BARTHOLO, bas. Lui, apparemment.
LE COMTE, bas. Moi, sans doute : écoutez seulement.
ROSINE, bas, à Bazile. Est-il si difficile de vous taire ?
FIGARO, bas, à Bazile. Hum ! Grand escogriffe ! il est sourd !
BAZILE, à part. Qui diable est-ce donc qu’on trompe ici ? Tout le monde est dans le secret !
BARTHOLO, haut. Eh bien, Bazile, votre homme de loi ?
FIGARO. Vous avez toute la soirée pour parler de l’homme de loi.
BARTHOLO, à Bazile. Un mot : dites-moi seulement si Vous êtes content de l’homme de loi ?
BAZILE, effaré. De l’homme de loi ?
LE COMTE, souriant. Vous ne l’avez pas Vu, l’homme de loi ?
BAZILE, impatienté. Eh ! non, je ne l’ai pas vu, l’homme de loi.
LE COMTE, à Bartholo, à part. Voulez-Vous donc qu’il s’explique ici devant elle ? Renvoyez-le.
BARTHOLO, bas, au comte. Vous avez raison. (A Bazile.) Mais quel mal vous a donc pris si subitement ?
BAZILE, en colère. Je ne Vous entends pas.
LE COMTE lui met à part une bourse dans la main. Oui, Monsieur vous demande ce que vous venez faire ici, dans l’état d’indisposition où vous êtes ?
FIGARO. il est pâle comme un mort !
BAZILE. Ah ! je comprends…
LE COMTE. Allez vous coucher, mon cher Bazile : vous n’êtes pas bien, et vous nous faites mourir de frayeur. Allez vous coucher.
FIGARO. Il a la physionomie toute renversée. Allez vous coucher.
BARTHOLO. D’honneur, il sent la fièvre d’une lieue. Allez vous coucher.
ROSINE. Pourquoi êtes-vous donc sorti ! On dit que cela se gagne. Allez vous coucher.
BAZILE, au dernier étonnement. Que j’aille me coucher !
TOUS LES ACTEURS ENSEMBLE. Eh ! sans doute.
BAZILE, les regardant tous. En effet, Messieurs, je crois que je ne ferai pas mal de me retirer ; je sens que je ne suis pas ici dans mon assiette ordinaire.
BARTHOLO. A demain, toujours : si vous êtes mieux.
LE COMTE. Bazile, je serai chez vous de très bonne heure.
FIGARO. Croyez-moi, tenez-vous bien chaudement dans votre lit.
ROSINE. Bonsoir, monsieur Bazile.
BAZILE, à part. Diable emporte si j’y comprends rien ! et sans cette bourse…
TOUS. Bonsoir, Bazile, bonsoir.
BAZILE, en s’en allant. Eh bien ! bonsoir donc, bonsoir.
Ils l’accompagnent tous en riant.

Beaumarchais - Le Barbier de Séville - Acte III, scène 11



Annonce des axes


Commentaire littéraire

I - UN VALET QUI POSSÈDE DES LIMITES

A - Un coup de théâtre

Didascalie "effrayée".
Exclamations.

B - Il n’utilise qu’un seul stratagème

Détourner l’attention de Don Bazile.

C - Il suit les stratagèmes de son maître


II - UN MAÎTRE QUI MENE LE JEU

A - Jeu des apartés

Double énonciation.

B - Un maître inventif

Il joue les conventions sociales avec Bartholo (comique de situation).


III - LA VRAIE DUPE : SE JOUER DE BARTHOLO

A - Un semblant de quiproquo

"qui diable est-ce donc que l’on trompe ici ?" (Bazile).

B - Le problème de la double énonciation

Deux destinataires (personnages et spectateurs).




Conclusion






Retourner à la page sur Le Barbier de Séville - Beaumarchais !
Retourner à la page sur l'oral du bac de français !


Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette fiche