BarbareBien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays, |
Nous allons donc voir dans un premier temps sa poésie de la révolte et du chaos puis le maelström d'image et de sens.
Commentaire littéraire
I -Poésie de révolte et du chaos
Cette révolte se traduit d'abord par le titre :
BAR-BARE : onomatopée désignant dans l'antiquité le langage incompréhensible de l'étranger, refus de civilisation; répétition de bar > violence "coup de poing"; présentation sans article : rompt avec les règles, langage déstructuré sans éloquence, sauvage.
Dès les premières lignes de ce poème, le lecteur est plongé hors du temps et de l'espace, perdu, déjà dans la révolte de Rimbaud, sans repère et totalement déboussolé, l'intrusion est brutale :
- "Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays" qui débute le poème nous renvoie à la fin du monde, un chaos, un cataclysme. Indications spatio-temporelles totalement imprécises : temps présent, participe passé et gérondif, la rareté des verbes et leur conjugaison variable rend le poème difficile à situer dans le temps. Le décor totalement irréaliste et incompréhensible le rend également insituable.
- Démesure du temps et de l'espace, impression de chaos illimité et recommencement éternel traduit par l'allitération en [r], tout au long du poème, son de roulement, en écho au titre "barbare".
- De plus, l'emploi du présent du gérondif, laisse entendre un perpétuel mouvement, renforcé par les sifflantes [s] et [v].
- Le poème a un caractère incantatoire : [an], Ô invocatoire (13) + "Ô Douceurs, ô monde, ô musique !" (1igne 8) donnant à cette manifestation un caractère surnaturel, ensorcelant.
Révolte souligné par le jeu des contrastes, tourbillon de mots de sens contraires qui s'affrontent.
- Opposition entre "remis" et "encore", passé et présent.
- Violence extrême entre le feu et la glace (brasier, feux, volcans// givre, glaçon, grottes arctiques)
-> "Les brasiers et les écumes." : antithèse, -> opposition forte
- Opposition entre brutalité et douceur (- "pavillon en viande saignante" : pavillon de navire couleur sang, pavillon révolutionnaire, contraste avec "la soie des mers ")
Le refrain : "Le pavillons en viande saignante sur la soie des / mers et des fleurs arctiques; (elles n'existent pas.)" est répété 3 fois, la dernière étant inachevée. Incompréhension du lecteur face à cette image, qui est répétitive. Rimbaud nous affirme que ce monde est totalement imaginaire, (qu'elles n'existent pas) précise -t-il entre parenthèses – le lecteur est ainsi transporté dans une autre dimension, hors du temps et de l'espace, ne comprenant rien à cette description contrastée.
- Refrain "le pavillon en viande saignante... (elles n'existent pas)" apparaît à deux reprises et une dernière fois sous la forme abrégée "le pavillon" donnant l'apparence d'un poème en ébauche à terminer soi-même.
La révolte de Rimbaud est donc bien présente mais paraît indéchiffrable, le lecteur a du mal à la comprendre, tout semble brouillé, mélangé, seul à la fin du poème, un sens semble s'établir. Des "formes", des "chevelures" surviennent, mais le mystère, malgré tout, demeure. Serait-ce le portrait d'une femme éclatée, personne réelle, symbole ou personnification ? Une voix féminine ? Personnification de... la poésie ? La voie lactée ? La Marianne ?
-> Lorsque le sens paraît s'établir, Rimbaud laisse son poème en suspens
II - Un maelström d'images et de sens
- Rénove en confrontant les images, les sens :
- Mélangeant les facultés sensorielles :
ouïe (fanfare, entend, choc des glaçons aux astres, musique, voix)
vue (diamant, forme, yeux, blanches)
toucher (soie, douceur, sueurs, bouillantes, sent)
- ensemble d'éléments, de forces
eau (mers, larmes, glace, pluie, écume, glaçon, givre)
terre (arctique, fleurs, grottes, astres, diamants)
feu (brasier, bouillantes, flammes, carbonisé, volcans)
air (vent, flottant, rafales)
-> "les feux à la pluie du vent de diamants " -> phrase totalement dépourvu de sens, mêlant toutes ces forces en une seule phrase, incompréhensible mais riche en images favorisant son caractère brutal.
- Rénove en mêlant les sens
Sa poésie est polysémique:
Cherche-t-il à dénoncer la guerre par le champ lexical de la violence (choc, attaquent, assassins), du sang (viande saignante), les images représentant le drapeau français (bleu: eau - blanc : larmes - rouge : feu, sang), la femme éclatée : la Marianne ?
S'agit-il d'un poème cosmique ? (cœur terrestre, astres, monde, confrontation des éléments) femme = voie lactée
On peut sans doute penser que Rimbaud cherche à innover en poésie et confronte modernité et tradition ? Vieilles fanfares = registre épique. Femme éclatée = poésie ?
-> Rimbaud place son texte "Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes".
Les vieilles fanfares, retraites peuvent signifier le registre épique, il se veut alors loin des conformismes à la mode, du lyrisme ou du romantisme.
"Remis des vieilles fanfares d'héroïsme – qui nous attaquent encore le cœur et la tête – loin des anciens assassins -"
-> Rimbaud considère le registre épique comme "dépassé" (vieilles, anciens), cherche à rénover.
- Ces images restent hermétiques, inexplicables et ne se rapportent à aucune réalité connues ou comprises. Cet hermétisme est donc l'innovation même du poème car un poète doit créer (poète : étymologie : donner la vie).
Rimbaud créé donc un monde nouveau avec les mots, une nouvelle réalité, une vision hallucinée. Cet hermétisme est renforcé avec la surabondance de la ponctuation et la déstructuration totale de la syntaxe.
- Rimbaud recrée donc une nouvelle langue
Langue déstructurée : agencement illogique des mots, absence de verbes, de sujets, phrases nominales.
Ponctuation surabondante et illogique : prolifération de tirets, parenthèses, virgules, points virgules, points d'exclamations d'interrogations, de suspension. S'agit-il d'un dialogue ? D'un discours ?
Rimbaud développe après Baudelaire le poème en prose, où se mêlent images et sonorités, sans respect de règles => liberté totale.
Conclusion
Le langage déstructuré, la ponctuation exubérante, rend le poème Barbare énigmatique, dénué de sens. Son hermétisme, la violence des images renforcent la révolte de Rimbaud, mais une révolte pour quoi ? Ce poème nous laisse en suspens, on peut lui attribuer différents sens, mais peut-on donner un sens à un texte qui n'en a peut être pas ? D'après Mallarmé, "un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef" mais, comment peut-on la trouver si Rimbaud déclara, à la fin des Illuminations "j'ai seul la clef de cette parade sauvage".
I - un nouveau monde
- Le cataclysme (vers 1), la création d'un monde.
- Paysage apocalyptique (v. 1) accompagné d'une genèse, une nouvelle
naissance avec la voix féminine (v. 22)
- Champ lexical de la beauté féminine
«
soie » (v. 3), « fleurs » (v. 4), « diamants » (v.
12), « la voix féminine » (v. 22)
- Paysages à la fois contradictoires et élémentaires
- Certains mots sont de sens contraire :
Vers 11 : brasier - rafale de givre
Vers 12 : feux - vers 18 : glaçons
Vers 23 : volcans - grottes arctiques
- Impression de chaos illimité avec les allitérations en « r »,
dans tout le texte, et dans le titre « Barbare »
- Cette poésie de roulement sans fin, sans aucun ancrage temporel et
spatial possible.
- Une critique de la guerre de 1870 :
bleu ------ mer
blanc ------ fleurs arctiques
rouge ------ saignante
- Le pavillon en viande saignante est une vision de la guerre, effroyable et
cruelle / champ lexical du combat.
- Le réel a éclaté, on est bien dans une réalité disparue.
Tout le texte est une métaphore de la poésie.
- Même si le texte est chaotique, il reste des éléments
beaux.
II – Un nouveau langage
- Un poème en prose.
- Un refrain : « le pavillon en viande saignante… »
- Poème en suspens : il se termine par 3 points de suspension
- Barbare :
- contraire aux règles et à l’usage, incorrect.
- langage incompréhensible / onomatopée.
- Le poème est un chaos grammatical.
- Certains passages n'ont pas de sens : ils sont illogiques.
«
Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre... »
- Le poème porte bien son nom : langage incompréhensible : Rimbaud
crée sa poésie.
- Amplification de certains mots :
douceurs (4 fois)
pavillon (3 fois)
- Multiplication des parenthèses, des exclamations, des phrases nominales
/ ce qui procure une sensation de vertige.
- Incantation avec ô : cela rajoute du mystique.
- Poème lié au temps : vieux, vieilles, anciens (souvent répétés)
: Métaphore de la poésie classique à l’avantage
de la poésie moderne.
Conclusion
Merci à Alison et Max pour ces fiches