Au cabaret-vert

Arthur Rimbaud - Poésies



Plan de la fiche sur Au cabaret-vert de Rimbaud :
Introduction
Texte du poème
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

    Le texte intitulé Au Cabaret-Vert est un sonnet d’Arthur Rimbaud, écrit en 1870 et publié dans le recueil Poésies. Dans ce poème, l’auteur relate son arrivée dans un cabaret de Charleroi, après une longue marche. Dès qu’il met le pied dans l’établissement, le poète est envahi par un profond sentiment de bien-être. C’est ce sentiment de bonheur qu’il tente ici de retranscrire à travers une esquisse impressionniste.
    Il sera possible d’étudier dans un premier temps comment le sentiment de bien-être est exprimé dans ce texte. Puis nous verrons en quoi l’écriture de Rimbaud, en recourant à un langage familier, vivant et simple, est provocatrice.



Texte du poème Au cabaret-vert de Rimbaud


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Lu par Olivier Gaiffe - source : http://audiolivres.wordpress.com

Au Cabaret-vert

Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.


Portrait du jeune Arthur Rimbaud
Portrait du jeune Arthur Rimbaud



Annonce des axes

I. Le bien-être de l'auteur
II. La provocation



Commentaire littéraire

I. Le bien-être de l'auteur

    Il se traduit par l’attitude du poète, par la connotation des mots et les champs lexicaux.

    Tout d’abord, le poète, après une longue marche décide de se reposer et de se ressourcer dans un cabaret. Il « allonge les jambes » (vers 5) et se met à « contempler » (vers 6) ce qui se passe dans le cabaret. Ces deux verbes traduisent une attitude de décontraction du narrateur.
    Ayant faim, il commande un plat, qu’il va décrire de manière réjouissante, enthousiaste. En effet, les adjectifs « blanc », « rose », qui caractérisent le jambon, prennent une connotation méliorative. Ils suggèrent une image de fraîcheur. De plus, la serveuse, qui apporte le plat, est décrite comme quelqu’un de gai, de joyeux. Par exemple « Yeux vifs » (vers 8) et « rieuse » (vers 10) dénotent un caractère espiègle.
    Ainsi l’ambiance du cabaret est chaleureuse. En relevant les champs lexicaux à l’oeuvre, celui de la chaleur « dorait » et du bien-être « adorable », « rieuse », ils rendent compte du sentiment de l’auteur qui est à son aise.

    En conclusion, nous pouvons dire que le poète exprime à travers le texte des sentiments de bien-être. Mais nous pouvons aussi montrer que le poème est vivace et moderne.


II. La provocation

    Bien que Rimbaud conserve la forme traditionnelle du sonnet, il bouleverse la syntaxe à l’intérieur du poème. Si le premier quatrain a un rythme assez régulier avec une syntaxe simple, le second, en revanche, a des phrases complexes.

    Nous notons beaucoup d’enjambements (vers 4 - 6) qui mettent en valeur le premier mot « vert », « rieuse », « d’ail ». Nous observons aussi, créé par les enjambements, des rythmes irréguliers. Nous pouvons aussi voir que le deuxième quatrain et les deux tercets se suivent sans qu’il y ait de pause ce qui marque un léger rejet des conventions poétiques.
    Nous pouvons aussi observer que les mots « plat » et « chope » sont très simples. Ils renvoient à une réalité commune. La description de la nourriture est assez prosaïque. Nous sommes étonnés de trouver de la nourriture dans un sonnet. Elle est décrite très familièrement et simplement : « tartines de beurre », « gousse d’ail » rendent compte de cette familiarité.
    Nous observons aussi que le narrateur fait une intrusion (vers 9), en parlant de la serveuse. Au milieu de la description de celle-ci et du plat qu’elle apporte, nous avons une rupture entre le temps passé prédominant (« avais déchiré », « entrais », « allongeai »…) et le présent de la phrase (« ce n’est pas ») du poète. Le tiret, qui précède la phrase, signale graphiquement le lecteur. Et l’exclamation, du vers 6, marque la spontanéité du discours.
    Nous avons donc affaire à un texte provocateur par le non respect des formes traditionnelles du sonnet.



Conclusion

    Le poème Au Cabaret-Vert est l’évocation vivante et joyeuse d’un instant de bonheur éprouvé dans un lieu simple, voire populaire. Les éléments les plus triviaux semblent réjouir le poète et par là même nourrissent son inspiration. Nous avons aussi remarqué que Rimbaud, dans ce sonnet, faisait preuve de beaucoup d’audace et de provocation à travers la disposition originales des rimes, les enjambements et le choix du lexique. Il renouvelle donc la forme traditionnelle du sonnet et surtout transfigure, en quelques vers, une réalité banale en un tableau impressionniste éclatant de vie et de couleurs.

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Merci à Olivier pour cette analyse de Au cabaret-vert de Rimbaud