Le Ventre de Paris

Description de la charcuterie et portrait de la propriétaire

De "La belle Lisa resta debout..." à "...dans l'aquarium de l'étalage, continuellement."





Introduction

    Emile Zola, chef de file du mouvement naturaliste, a au cours de son existence tenté de reproduire la réalité avec exactitude, selon tous ses aspects et dans la plus parfaite objectivité.

    Dans cet extrait de Le Ventre de Paris, roman naturaliste écrit en 1873, Florent contemple sa belle sœur Lisa derrière son comptoir.


Lecture

    La belle Lisa resta debout dans son comptoir, la tête un peu tournée du côté des Halles; et Florent la contemplait, muet, étonné de la trouver si belle. Il l'avait mal vue jusque-là, il ne savait pas regarder les femmes. Elle lui apparaissait au-dessus des viandes du comptoir. Devant elle, s'étalaient, dans des plats de porcelaine blanche, les saucissons d'Arles et de Lyon entamés, les langues et les morceaux de petit salé cuits à l'eau, la tête de cochon noyée de gelée, un pot de rillettes ouvert et une boîte de sardines dont le métal crevé montrait un lac d'huile; puis, à droite et à gauche, sur des planches, des pains de fromage d'Italie et de fromage de cochon, un jambon ordinaire d'un rose pâle, un jambon d'York à la chair saignante, sous une large bande de graisse. Et il y avait encore des plats ronds et ovales, les plats de la langue fourrée, de la galantine truffée, de la hure aux pistaches; tandis que, tout près d'elle, sous sa main, étaient le veau piqué, le pâté de foie, le pâté de lièvre, dans des terrines jaunes. Comme Gavard ne venait pas, elle rangea le lard de poitrine sur la petite étagère de marbre, au bout du comptoir; elle aligna le pot de saindoux et le pot de graisse de rôti, essuya les plateaux des deux balances de melchior, tâta l'étuve dont le réchaud mourait; et, silencieuse, elle tourna la tête de nouveau, elle se remit à regarder au fond des Halles. Le fumet des viandes montait, elle était comme prise, dans sa paix lourde, par l'odeur des truffes. Ce jour-là, elle avait une fraîcheur superbe; la blancheur de son tablier et de ses manches continuait la blancheur des plats, jusqu'à son cou gras, à ses joues rosées, où revivaient les tons tendres des jambons et les pâleurs des graisses transparentes. Intimidé à mesure qu'il la regardait, inquiété par cette carrure correcte, Florent finit par l'examiner à la dérobée, dans les glaces, autour de la boutique. Elle s'y reflétait de dos, de face, de côté; même au plafond, il la retrouvait, la tête en bas, avec son chignon serré, ses minces bandeaux, collés sur les tempes. C'était toute une foule de Lisa, montrant la largeur des épaules, l'emmanchement puissant des bras, la poitrine arrondie, si muette et si tendue, qu'elle n'éveillait aucune pensée charnelle et qu'elle ressemblait à un ventre. Il s'arrêta, il se plut surtout à un de ses profils, qu'il avait dans une glace, à côté de lui, entre deux moitiés de porcs. Tout le long des marbres et des glaces, accrochés aux barres à dents de loup, des porcs et des bandes de lard à piquer pendaient; et le profil de Lisa, avec sa forte encolure, ses lignes rondes, sa gorge qui avançait, mettait une effigie de reine empâtée, au milieu de ce lard et de ces chairs crues. Puis, la belle charcutière se pencha, sourit d'une façon amicale aux deux poissons rouges qui nageaient dans l'aquarium de l'étalage, continuellement.

 

Annonce des axes

    Nous étudierons dans une première partie comment s’organise cette description/portrait puis démontrerons que sa construction est fondée sur une analogie.

 

Etude méthodique

Axe 1 : Organisation de la description

a) étude de la focalisation

- Focalisation interne => scène vue par Florent

- Plusieurs sentiments : étonnement, admiration, intimidation,

- Examen

- Démultiplication : dérision

b) tableau très ordonné

- Description des plats puis portrait de Lisa

- Marques locatives => situer le personnage par rapport à ses produits, puis dans ses produits (gradation de l’interprétation des 2 éléments)

 

Axe 2 : Construction fondée sur l’analogie

- Lisa se noie progressivement dans la charcuterie, elle la prolonge.

- elle est d’abord prise par les odeurs de viande

- analogie entre sa peau et la couleur du jambon

- analogie entre les matières de la charcuterie et la graisse

- prise dans le reflet au milieu du lard => dérision de l’auteur

Lisa : d’abord présentée comme dominant son comptoir puis le prolongeant et enfin noyée dedans.

- Portrait d’une femme : plusieurs motifs récurrents

- l’imposante carrure

- la blancheur (propreté malsaine)

- le côté strict, absence de générosité " minces bandeaux "

- le côté froid, absence de sensualité


Conclusion

    Cette description et portrait mêlés sont apparemment attribués à la vision et aux impressions du personnage de Florent si l’on peut comprendre que cette forte femme lui inspire de la timidité et de la crainte, il semblerait qu’il faille plutôt attribuer à Zola lui-même le plaisir de voir Lisa tourner en dérision dans le jeu des miroirs. Cependant cette manière de présenter ou d’entremêler portrait et description correspond littéralement aux propos naturalistes qui prétend démonter quelles sont les influences du milieu sur l’individu.





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