Cette scène de Ruy Blas, de Victor
Hugo, est dans la lignée
de la scène
II de l’Acte
II, mais la scène V est une transition dans l’acte
et va permettre le passage à l’acte III.
La reine pense avoir sauvé la vie de Ruy Blas en écartant son
ennemi : cela justifie la présence de cette scène de divertissement
dans une tonalité plutôt comique, plutôt gaie pour amoindrir
la pression et pour finir l’acte avec une perspective plus riante.
Lecture du texte
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Scène V - Don Guritan, la reine. Don Guritan, ravi. La Reine, posant
la cassette sur le guéridon. Don Guritan. La Reine, riant. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. Don Guritan. La Reine, prenant la cassette. Don Guritan, à part. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan, à part. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan. La Reine. Don Guritan, fâché et charmé. La Reine, montrant
la fenêtre. Don Guritan. La Reine. La Reine, tombant sur un fauteuil. |
Etude méthodique
I. Rapports courtisans/reine = reprise
des rapports maître/valet
C’est un rapport maître/valet que nous constatons entre la reine
et Don Guritan car la reine donne les ordres et Don Guritan obéit. La
reine montre son caprice : reine arbitraire et capricieuse.
Décalage entre ce qu’elle demande - partir à l’autre
bout du pays - et la manière dont elle diminue l’importance de
sa demande : elle fait passer cela pour un pari avec sa suivante Casilda. Elle
le fait selon une rumeur (« on disait, parmi d’autres paroles »).
C’est toujours arbitraire : elle utilise sa condition de femme et le présent
de vérité général (« vous savez que les femmes
sont folles »).
Elle exige de Don Guritan une obéissance absolue et ne fait que lui donner
des ordres : « ce que je vous dirais », « vous allez partir », « sur
le champ »,…
Il y a une gradation : elle se fait de plus en plus pressante : au début
un futur proche puis un ordre dans l’immédiat : « Partez
! », « vite ! »,…
A la fin de la scène : juste manière du départ : avec son
non elle refuse tout.
Don Guritan ne sait pas ce qu’il doit faire car pour lui l’ordre
est ridicule.
Ainsi, Hugo montre qu’un souverain peut donner des ordres ridicules et
que le peuple est soumis à lui.
Don Guritan joue le rôle du parfait courtisan : il se laisse manipuler
par la reine. Il donne les réponses attendues par la reine et qu’elle
a suggérées. Il se laisse porter par l’exaltation de la
reine : grande exagération et individualité.
Il répond de la même manière que la reine : même construction,
ce qui prouve sa soumission.
Certains clichés montrent qu’il agit en bon courtisan. Il va même
jusqu'à jurer comme si la reine était bénie et est prêt à mourir
pour elle.
Ces remarques montrent que c’est un jeu dans lequel il s’est laissé prendre.
On a un aparté qui montre ses pensées : « Le diable s'est
fait femme ! ».
Il a des mimiques de courtisan : didascalies comme « ravi », « bonheur » :
et il montre l’importance de la reine pour lui. Il baise la main de la
reine et sort : cela montre son obéissance. Il y a une négociation
comique entre Don Guritan et la reine.
II. Une scène comique
C’est une scène comique par la situation : on a les rapports classiques
entre maître et valet.
- La reine utilise sa position de maîtresse pour éloigner Don Guritan.
- Mais elle utilise aussi son charme de reine (féminin) pour atténuer
l’aspect impératif de ses ordres : les didascalies « riant », « avec
un sourire » (elle est gaie). Ce sont des généralités
sur la frivolité des femmes « Rien, ou du moins peu de chose ».
On retrouve beaucoup ces généralités dans les farces et
les comédies : frivolité de ses préoccupations, frivolité de
la femme. Don Guritan commente : « un objet si frivole… » (Et
elle lui saute au coup et l’embrasse).
- Egalement le thème de la femme diablesse pour Don Guritan (thème
de comédies et de farces).
C’est également une scène plaisante de manipulation de l’autre. « Elle
a tout prévue » : Don Guritan n’avait pas de choix : il discute
pour rien et est pris à son propre jeu de courtisan.
Mais il y a une exagération du courtisan et de sa fidélité.
Il est prêt à jurer : « j’obéis ou je meurt ».
Contraste avec l’importance de la chose.
Don Guritan répète plusieurs fois la même chose.
- Comique aussi dû au dialogue : rythme léger donné par la
stichométrie.
- Marchandages (600 lieues - 550), répétitions (à Neubourg
- à Neubourg), changements de ton, exclamations, gestuelles et mimiques
d’étonnement.
Les personnages se coupent la parole et Don Guritan n’arrive pas à faire
une phrase correcte : « je…, mais…, ne…, etc… » :
Mécanique qui crée le comique.
- La scène montre des éléments contradictoires : Don Guritan
est fâché et charmé. Il est désireux et gêné d’obéir,
il est flatté par les compliments tout en n’étant pas dupe.
- Les apartés participent au comique de la scène. Don Guritan s’adresse
au spectateur qui peut donc se rendre compte du décalage entre ce qu’il
pense et ce qu’il dit à la reine.
- Parodie des aventures romanesques du héros : on demande à Don
Guritan de faire quelque chose d’inutile : Don Guritan est prêt à tous
les exploits mais il se rétracte au moment de partir. Don Guritan est
cajolé pour qu’il parte ! Don Guritan n’est pas un héros
tel qu’on les trouve dans les aventures romanesques, c’est un pseudo
vieil héros tandis que la reine est une belle et jeune héroïne.
Conclusion
On retrouve dans cette scène de Ruy Blas la virtuosité de
Victor Hugo à jouer avec les personnages et, en montrant leurs faiblesses
et en les rendant comique, les faire paraître sympathique aux yeux des
lecteurs ou des spectateurs.
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