Remords Posthume

Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal


Plan de la fiche sur Remords Posthume de Charles Baudelaire :
Introduction
Texte du poème Remords Posthume
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion




Introduction

Biographie de Charles Baudelaire

Charles Baudelaire est un écrivain du 19ème siècle dont l'ouvrage le plus célèbre est un recueil de poèmes : Les Fleurs du Mal. Le poème Remords posthume apparaît dans la première section « Spleen et Idéal » (poème XXXIII). Dans cette section, Baudelaire oscille entre échapper à sa condition de vie humaine et la mélancolie. Remords posthume est un sonnet formé de deux quatrains et deux tercets. Le registre du poème est lyrique.
Remords posthume est dédié à Jeanne Duval, mulâtresse qui a été la maîtresse de Baudelaire pendant une longue partie de sa vie.

Problématique : Comment, dans ce poème, Baudelaire manifeste-t-il l'obsession de la mort ?

Charles Baudelaire
Charles Baudelaire




Texte du poème Remords Posthume


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Lu par Thomas de Châtillon - source : litteratureaudio.com



Remords Posthume


Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse ;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,

Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? »
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal


Jeanne Duval
Jeanne Duval, dessinée par Baudelaire


Annonce des axes

I. Comment se met en place l'obsession de la mort
1. Les ravages du temps qui passe
2. La dépossession des biens matériels
3. Image du gouffre
4. La décomposition du corps

II. Le caractère vivant de la mort
1. La personnification des objets mortuaires
2. Impression que le cadavre est vivant

III. La jubilation du poète
1. La mort, confidente du poète
2. La musicalité de la mort
3. Une revanche sur la femme



Commentaire littéraire

I. Comment se met en place l'obsession de la mort

1. Les ravages du temps qui passe

- Emploi du futur : fatalité de la mort
- Les adverbes « Lorsque » et « Quand » situés au début des deux premières strophes montre une vision du temps bien marqué.
- Diérèse « pluvi/euse » : décomposition du mot, donc du corps
- Gradation dans le choix des verbes tout au long du poème : de « dormiras » à « rongera ».

2. La dépossession des biens matériels

- Négation « tu n'auras […] qu'un » (vers 3-4) : restriction du pouvoir d'avoir
- Opposition entre les biens matériels du monde vivant « alcôves » et « manoir » et la froideur du tombeau (« caveau pluvieux » et « fosse creuse »)
- Caractère imposant et dominateur du tombeau avec la périphrase placée en début de poème « monument construit en marbre noir ».

3. Image du gouffre

- Pléonasme « fosse creuse » qui insiste sur la profondeur des entrailles de la terre.
- Champ lexical de la profondeur (« fond d'un », « caveau », « fausse »).

4. La décomposition du corps

- Les éléments du corps (« poitrine », « flancs », « cœur », « pieds ») annoncent le morcellement prochain du corps en décomposition.
- Le poème se clôt sur l'image du ver qui ronge le corps.


II. Le caractère vivant de la mort

1. La personnification des objets mortuaires

- La prosopopée (figure de style qui consiste à faire parler un mort) au discours direct crée un effet de voix d'outre-tombe, à la fois fantastique et inquiétante.
- Personnification du tombeau : c'est le « confident du poète » (vers 9), il « comprendra » (vers 10) -> idée que le tombeau est un être compréhensif, en harmonie avec le poète.
Le tombeau parle : « te dira ».

2. Impression que le cadavre est vivant

- Utilisation du verbe dormir plutôt que du verbe mourir  au vers 1.
- Le deuxième quatrain donne l'impression que le cadavre a été enterré vivant : le corps a des sentiments (« peureuse » vers 5, « Empêchera ton cœur de battre » vers 7).
- Verbes de volonté et d'action utilisés pour le cadavre : « vouloir », « courir »
-> Est-ce pour Baudelaire une sorte de cruauté envers son amante Jeanne Duval ?


III. La jubilation du poète

1. La mort, confidente du poète

- Les parenthèses du vers 10 mettent en valeur cette complicité en plaçant le poète et la mort dans une même intimité (mythe du poète maudit, qui ne se reconnaît pas parmi les humains).
- Les expressions qui se rapportent à la mort « rêve infini » et « grandes nuits » sont connotées positivement.
- Polysémie du verbe « comprendre » au vers 10 qui peut signifier à la fois inclure et saisir le sens.

2. La musicalité de la mort

- Premier quatrain : allitérations en [r] et en [k] qui évoquent la dureté de la mort.
- Allitération en [p] (vers 5) : insiste sur l'écho de la pierre -> dimension oppressante du tombeau.

3. Une revanche sur la femme

- Expression ambiguë pour s'adresser à sa maitresse Jeanne Duval « ma belle ténébreuse » : à la fois physique (une métisse) et morale (associée aux enfers).
- Aucun remords du côté du poète, seulement du côté de la femme.
- Le dernier vers est détaché du reste du poème par un tiret. Il ressemble à un jugement qui tombe, comme une condamnation à mort. Jusqu'ici, la femme paraissait toujours vivante, mais ce dernier vers clôt le poème sur l'idée qu'elle est bien morte, et sur l'idée de la dégradation de son corps.
- Baudelaire s'adresse à Jeanne Duval. Le poète fait comprendre qu'il vit un amour à sens unique et qu'il en souffre, c'est pourquoi il veut se venger par l'intermédiaire de la mort de Jeanne. Il veut qu'elle souffre et s'aide donc de la mort qui est son ami et son confident.
- Le « ver » du dernier vers fait écho aux vers des poèmes. Baudelaire espère que son poème fera culpabiliser Jeanne et lui donnera des remords.




Conclusion

    Baudelaire n'as pas peur de la mort, il en a fait son ami et il la fait parler par l'intermédiaire du tombeau. La mort permet à Baudelaire de se venger de son amante Jeanne Duval. Il veut qu'elle soit rongée par les remords et ne puisse pas se reposer dans son tombeau. La tombe est donc le vengeur du poète.

Les poèmes sur lesquels il est possible d'ouvrir :
- Une Charogne : thématique de la mort.
- L'Albatros : thématique du poète qui se sent différent des autres humains.
- L'Horloge : thématique du temps.

Différents points probablement abordés durant l'entretien :
- La vision de la femme dans Les Fleurs du Mal.
- La biographie de Charles Baudelaire, ses femmes.



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Merci à celui ou celle qui a réalisé cette analyse de Remords Posthume de Baudelaire