La Fontaine a écrit
deux recueils de fables qui sont divisés en livres. Le premier a été publié en 1668, c’est
une dédicace au Dauphin et le deuxième en 1678. La fable prête à l’animal
les qualités et les défauts de l’homme et le monde animal
crée par La Fontaine est la représentation de la société du
17ème siècle. Cela lui permet d’éviter la censure.
La Fontaine peint l’homme de façon pessimiste et critique le
roi et sa cour. Ici, il s’agit de Les Animaux malade de la peste.
C’est une fable issue du deuxième recueil du livre 7.
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste [puisqu'il faut l'appeler par son nom]
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
Jean de La Fontaine
Recueil II, livre VII
Axes de lecture
Etude :
I - Une fable habilement menée
1.Une Fable
qui rappelle les récits mythologiques
· Récit
· « Un mal qui répand la terreur » : allusion à Œdipe de Sophocle (mauvais comportement des Hommes qui entraîne des châtiments avec la nécessité d’une
victime expiatoire)
· Idée du destin
· Début récit mythologique puis scène
de théâtre,
justice et enfin morale
2. Variété,
diversité
· Versification (rimes embrassées qui lient les vers et longueurs irrégulières), accélération
· Alternance récit / discours
· Polyphonie
· Différentes tonalités (ironie, tragédie)
3. Des
animaux qui évoquent des Hommes / La mise en scène et les acteurs
· Les personnages ont des caractères personnels
identifiables (vocabulaire adapté : renard contraste élogieux / dépréciatif, âne
franchise)
· Contraste foule / certains animaux précis
II - Une scène critique de la justice et du pouvoir
1. Le pouvoir : le roi et les courtisans
· Personnages : lion brutale et injuste
· Utilisation de modélisateurs / de verbes d’actions qui expriment la brutalité (« dévorer »)
· Nombre de vers consacrés au Roi important
· Courtisans : rhétorique, pouvoir de la parole, figure de style, énonciation (pas à la première
personne)
· Certains ne font pas de confession :
le renard
2. La justice
· Vocabulaire de la justice
· Scène représentant le tribunal (défilé à la
barre des animaux)
· Solennité de la scène : vocabulaire hyperbolique, scène
grandiose
· Rôle du loup : sorte d’avocat général
· Utilisation du vocabulaire religieux : « expier », « péché »
· Justice qui ne juge pas le crime mais
le rang (moral)
· Injustice soulignée contrastée par accumulation crimes de sang / crime de l’âne
· Voix du conteur : « peccadille » (car le loup dirait « crime abominable ») qui souligne l’ironie permettant de dénoncer l’injustice
Conclusion
Dans la fable Les Animaux malade de la peste, La Fontaine met en place des personnages types qui correspondent
chacun à des individus ou des groupes sociaux. Ces personnages sont ancrés
dans la réalité de son temps mais leurs attitudes restent universelles.
Le dénouement est triste. Il permet d’insister sur l’hypocrisie
et sur une justice contrôlée par les puissants. Il décrit
un comportement humain.