Né dans le pays basque, d’un père calviniste. Jeune, il
traduit Homère en latin, et compose des Amours, sonnets qui ne paraîtront
qu’après sa mort.
Puis il se tourne résolument vers la foi, et compose des Méditations
sur les Pseaumes qu’accompagnent un Essay de quelques Poemes Chrestiens,
ensemble de stances et de sonnets d’inspiration religieuse, publié en
1588, puis oublié pendant deux siècles et demi (réédité en
1949).
Introduction
Le poème « Mais si faut-il mourir » est paru en 1588.
C’est un sonnet issu du mouvement Baroque, où Sponde développe
le thème de la mort. Il s’appuie sur un texte imagé.
Jean de Sponde traite le thème de l’instabilité de la vie,
c'est-à-dire sa fragilité. Il s’y rattache le thème
fréquent de la mort avec l’idée que « la vie est un éclair ».
Dans ce dernier recueil, il évoque la mort à l'œuvre dans
le monde qui entoure l'homme.
Lecture
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Mais si faut-il mourir, et la vie orgueilleuse,
Qui brave de la mort, sentira ses fureurs, Les Soleils hâleront ces journalières fleurs, Et le temps crèvera cette ampoule venteuse. Ce beau flambeau qui lance une flamme fumeuse, J’ai vu ces clairs éclairs passer devant mes yeux, J’ai vu fondre la neige et ses torrents tarir, |
I. Forme particulière du sonnet
- Structure claire, sonnet -> brisé par cette époque, qui
montre
le désordre.
- On retrouve toujours la même structure : sujet + verbe + complément.
C’est régulier, répétitif. « Flambeau » :
métaphorique, qui va s’éteindre un jour.
- Du général au particulier, v. 1 à 14 -> processus d’anéantissement
- 1ère hémistiche vers 1 et 2ème hémistiche vers
14 sont identiques : structure circulaire en boucle qui peut symboliser la fatalité de
la mort.
- Rimes masculines : syllabes accentués ; rimes embrassées, suivies
et croisées (cf. fiche sur les rimes) -> montre le désordre.
II. Le texte propose une morale tragique liée à l’esthétique
baroque
- 3 sens humains : l’ouie, la vue, le goût. Différents
temps verbaux: présent, futur, passé composé ; chiasme : opposition mort / vie.
- Opposition (« Mais ») envers la certitude de la mort. Mort
présente
partout, dans la nature, dans les productions humaines.
- « fureurs » -> (force aveugle) éléments de la fatalité.
Enumération ou accumulation d’éléments naturels
ou fabriqués qui sont promis à la mort.
- La fleur symbolise le caractère éphémère de la
vie et de la beauté. « flambeau » représente le feu, « neige » l’éternel
et « flots » l’eau.
- Echo de sons identiques qui donne un effet de miroir : propre au baroque.
Présence de Majuscules à certains mots. Thèmes et métaphores
-> Art Baroque
- Toutes ces images fonctionnent comme des métaphores allégoriques
de la mort. La mort est toujours là, la mort est partout.
- Connotation religieuse, il fait peut-être une allusion à l’apocalypse,
personnification de la mort : « ses colères, ses fureurs ».
- « rugissants », « sans rage » -> le lion pourrait
représenter les Hommes, symbolisant l’orgueil.
- La condition humaine est tragique. Mort présente dans la nature, productions
humaines.
- Registre tragique : champ lexical de la mort : « mourir », « mort ».
Intervention des Dieux / force transcendante « Cieux », « fureur », « tonnerre ».
- mort > symbole de l’inconstance : aspect du changement : « haleront » « crèvera », « ternira », « rompront », « éclatera », « fondre », « tarir », « sans
rage ».
- Vanité > champ lexical de l’illusoire « journalière », « ardeurs », « venteuse », « beau », « flamme », « sire », « huile », « clairs ».
III. Le caractère didactique du poème
- Les tercets marquent une rupture : changement d’énonciation,
Jean de Sponde s’exprime à la 1ère personne. Vers14, justifie, élucide
opposition exprimée par « Mais ».
- Assonance en [i], donne rythme, un ton sur (« Mais
si faut il mourir ») > assertion : affirmation, constat. Insistance, mise en relief de la mort (césure
v.1-2 « mourir », « la
mort »)
- Annonce finale : mots antagonistes : « vivez » et « mourir ».
Conscient de la mort inéluctable, le poète s'adresse à ses
semblables.
- Texte à la 1ère personne du singulier. Le récit est
donc présenté ici comme une expérience vécue. Le
poète se pose comme un témoin, il nous fait part de son expérience,
la rend plus réelle -> expérience personnelle, insistance et pessimisme
- 3 Majuscules : adjectif démonstratif -> poète montre du doigt,
tous les éléments concrets qui nous entourent, qui sont promis à la
mort.
- Phrases rhétoriques -> désarroi du personnage. Il rend compte
de l’expérience universelle de l'homme et de son défi de
vivre.
Ce poème est très bien structuré. Jean de Sponde traduit la place de la mort de la religion, dans un monde changeant, montrant son angoisse devant l'existence. On trouve dans son œuvre les principaux thèmes de la littérature baroque : la hantise de l'inconstance, les masques, l'apparence et la mort. La mort au sein de la vie exprime l'aspiration vers l'au-delà, et suscite le besoin d'en appeler à Dieu.
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