Marine
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Dès la première lecture, une succession d’éléments doubles apparaissent :
La structure syntaxique : Les vers 1 et 2 constituent 2 groupes sujets ; les vers 3 et 4 sont constitués d’un verbe et d’un COD ; les vers 5 et 6 sont 2 groupes sujets coordonnés par « et » ; les vers 8 et 9 constituent 2 compléments circonstanciels de lieu.
A l’intérieur de ces vers, une subdivision binaire est possible : aux vers 1 et 2, les adjectifs déterminatifs sont au nombre de 2 : « argent et cuivre » et « acier et argent » ; aux vers 3 et 4, 2 groupes syntaxiques sont visibles : verbe + COD ; aux vers 5 et 6, les groupes nominaux sont formés de noms et de compléments du nom ; de même aux vers 8 et 9.
Seuls les vers 7 et 10 n’ont pas de « double » ; ils soulignent, en fait, les points communs entre 2 groupes d’éléments qui appartiennent aux domaines de la mer et de la terre.
II. Similitudes et confusions
L’observation des éléments regroupés par 2 conduit à remarquer une interpénétration de 2 mondes.
Les similitudes syntaxiques : les 2 termes « chars » (charrues) et « proues » (métonymie ou synecdoque pour bateau) désignant successivement la terre et la mer, se trouvent rapprochés sur plusieurs plans : par la répétition du terme « argent » déplacé au vers 2 par rapport au vers 1, par la matière et la couleur (de ce fait), par la répétition de la syllabe [ar] évoquant peut-être la force ou la difficulté, par la ponctuation (les tirets qui marquent une forte pause et établissent une relation d’équivalence entre les 2 termes (ce procédé est également visible aux vers 4 et 5 puis 8 et 9 avec la même fonction)) et par le fait qu’ils sont l’un et l’autre, l’un ou l’autre ou tous les 2 sujets des verbes « battent et «soulèvent » (le 1er faisant référence à la mer et l’autre à la terre et tous 2 évoquent le traçage de l’eau ou de la terre ), ce qui aboutit à une construction en chiasme.
Les vers 5 et 6 proposent également une construction en chiasme par le croisement des compléments du nom : ainsi, les « courants » (marins) sont associés à la « lande » (terrestre), les « ornières » (terrestres) sont associées au « reflux » (marin) afin de mêler les 2 domaines et de les assimiler l’un à l’autre.
Idem aux vers 8 et 9 dans lesquels l’anaphore et le croisement des compléments du nom, « forêts » (terrestre) est associée à « piliers » (pilotis marins) et « jetée » (marin) est associée à « fûts » (terrestre) renforcent le mélange.
Le rôle des vers isolés (vers 7 et 10) : ils expriment soit une action commune (« filent »), soit la possession d’un élément commun (« angle »). Le vers 7 traduit la rapidité du mouvement de traçage (voir vers 3 et 4) avec répétition du son [f] dans les vers 6 à 9 ainsi que les mouvements circulaires de l’eau ou de la terre remuée. Le vers 10 reprend la même idée avec « tourbillons » qui fait écho à « circulairement » et semble mêler l’eau et la lumière ou la terre et la lumière (illusion d’optique) et l’allitération en [t] renforce l’idée de choc violent de l’eau sur les pilotis ou de la terre sur les troncs d’arbre (« fûts »).
Conclusion
Il y a un désir, dans le poème Marine, de mêler, de superposer 2 éléments distincts habituellement, de concevoir synthétiquement un univers composé d’éléments équivalents et interchangeables ou de réunir poétiquement 2 mondes qui seraient la métaphore l’un de l’autre.
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