EXTRAIT DES LIAISONS DANGEREUSES

LETTRE 47






INTRODUCTION :

 A) L'œuvre :
   C'est un roman épistolaire entre un groupe d'aristocrate dont le Vicomte et la Marquise de Merteuil, des libertins et des anciens amants. Dans ce roman, Laclos dénonce l'immortalité du libertinage, les jeux cyniques de séduction, les perversités du milieu privilégié se faisant un loisir de jouer avec les sentiments des autres.

 B) Situation du passage de l'œuvre :
   La Marquise de Merteuil qui passe pour une vertueuse dévote a passé un marché avec son ancien amant : s'il parvient à séduire Mme de Tourvel, elle acceptera de se donner à nouveau à lui. Ces deux personnes cherchent toujours à rivaliser. La lettre 47 est écrite alors que le Vicomte tente par tous les moyens de vaincre les résistances de Mme Tourvel.

 C) Axes de lecture :
  1° Un libertin en action
     A) L'art du libertin de se mettre en scène
     B) La psychologie du libertin
  2° La peinture sociale



PARTIE 1 : UN LIBERTIN EN ACTION :

 A) L'art du libertin de se mettre en scène :

   Dans cette lettre, le Vicomte raconte à la Marquise les circonstances qui l'ont empêché de la voir (l.1), il prend le prétexte de ce retard pour raconter son histoire.
 Les paragraphes donnent au récit un caractère morcelé même si la narration qui suit la chronologie des faits mais surtout à travers ce récit un double plaisir, celui de raconter un plaisir savoureux et celui de faire état de ses talents de libertin. Il raconte ses prouesses et surtout il explique comment il a berné son hôte en le privant des plaisirs qu'il a achetés fort cher.
 Les marques du récit sont omniprésentes :
      Les indices chronologiques (adverbes et compléments de temps) sont nombreux.
      Valmont emploie les temps du récit : le passé simple et le passé composé.
   Remarque : Le présent n'apparaît qu'aux lignes 26 et 31.
Cependant le Vicomte ne fait pas un récit neutre, il se délecte de ce qu'il raconte.
   Il met en valeur son ancienne maîtresse. Elle est nommée aux l.6, 11, 15 et 20. Ce personnage est mis en valeur car elle est complice du tour joué au hollandais et à Mme de Tourvel. Les adjectifs insistent sur le charme et l'habilité du personnage.
   Il dévalorise et montre en revanche du mépris pour son hôte. Il est simplement nommé par son rang administratif (l.15 "bourgmestre"). Sa description est peu élogieuse : emploi d'adjectifs dépréciatifs. Ce personnage est présenté de façon de plus en plus laide.

 Conclusion : Tous ces éléments (jugements de valeurs : modalisations) indique que Valmont éprouve un véritable plaisir à faire ce récit à la Marquise. Il fait le récit de son triomphe en se mettant au centre de la scène.

 B) La psychologie et les plaisirs du libertin :

   Le libertinage dans cette lettre s'affirme sur deux plans, il se joue du bourgmestre, prend sa place, se réserve ses satisfactions et comme si cela ne suffisait pas, il fait preuve de perversion du cynisme à l'égard de Mme de Tourvel.
  La volonté de troubler : Le libertin est toujours avide d'affirmer sa force, son habilité et surtout il agit selon un plan, froidement, méthodiquement. Tout d'abord il s'allie avec Emilie (l.15), il arrive à ses fins par l'ivresse et finalement obtient les faveurs d'Emilie, profitant ainsi du prix qu'a payé son hôte. Son désir est tout de suite de "troubler" (l.14) l'ordre des choses. Il veut détruire et mettre le désordre dans ce qui était organisé (l.13). Il est aussi soucieux de saccager un plaisir dont il est jaloux. Le champ lexical appréciatif des lignes 13 et 14 qui décrit les sentiments du Hollandais est révélateur de son mépris et de son sentiment de supériorité. De plus sa satisfaction est accrue par le fait de savoir que cela se passe chez son hôte (l.22 "et je restai à sa place")
  Le plaisir de l'hypocrisie amoureuse : La lettre est l'autre exploit libertin de Valmont. Il se délecte de sa propre perversité, du plaisir de la trahison et du mensonge.
  Il utilise Emilie comme pupitre (l.26) (comme un objet) pour écrire sa lettre d'amour, la rédaction en est interrompue par "une infidélité complète" (l.28 euphémisme qui indique qu'ils ont eu une relation pendant l'écriture de la lettre). Il la fait lire ensuite à son amante (l.29). Il utilise ensuite des termes hyperboliques laisse penser que cette lettre est un chef d'œuvre d'hypocrisie et de langage a double sens. De plus, au sommet du libertinage il ne résiste pas de faire lire cette lettre à la Marquise. La trahison est double.

 CONCLUSION : Le libertin apparaît comme égocentrique, narcissique, il aime mettre en scène ses exploits. Il se montre comme quelqu'un de jaloux du bonheur des autres, c'est un hypocrite pervers, un individualiste…
Cependant il a besoin du regard des autres pour que ces exploits soient reconnus.




PARTIE 2 : UNE PEINTURE SOCIALE :

   Cette lettre est également révélatrice des mœurs de l'époque et surtout elle a l'air de présenter une avancé du libertinage dans la société. On observe cela :
    a) dans les relations sociales: Ces relations se caractérisent par l'aisance, la familiarité, la facilité. L8 La seule préoccupation de cette société est de se retrouver et de se distraire : bien boire, bien manger, donner des soupers fastueux (l.12), vivre dans le luxe ("richesse" l.15)
    b) dans l'omniprésence des lieux de spectacle: Ici se sont surtout des lieux où l'on se montre et qui favorisent les rencontres.
RQ : D'ailleurs Valmont ne parle aucunement de ce qu'il y a vu.
    c) cette société apparaît comme corrompue: Cette lettre met en relief le caractère immoral de ceux que fréquentent le Vicomte, leur absence de scrupules.
  Le Hollandais est un riche qui veut s'offrir les faveurs d'une courtisane.
  Emilie (l.15, 16) est une femme qui se vend et qui va trahir son "acheteur".
  Les membres de l'assemblée ont, semble-t-il, les mêmes façons de voir et de penser que le Vicomte ("Je reçus ensuite les compliments de l'assemblée" l.23).


BILAN :

   Un libertin sans scrupules dans une société peu recommandable qui s'adonne aux plaisirs, aux luxes.
Laclos dénonce le libertinage et aussi la société aristocratique qu'il considère comme une société inutile qui s'ennuie, qui ne fait rien. Il noircit la psychologie et le caractère des aristocrates.







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Merci à Margot qui m'a envoyé cette fiche...