Le papillon

Francis Ponge - Le parti pris des choses (1942)






Plan de la fiche sur Le papillon de Ponge :
Introduction
Texte du poème
Annonce des axes
Commentaire littéraire
Conclusion


Introduction

Francis Ponge
Francis Ponge

Francis Ponge est un poète français du XXème siècle. Considéré comme un poète contemporain, il a fréquenté les surréalistes avant de s'engager dans la résistance. Il côtoiera également Camus et Eluard. Avant cela, dès ses 17 ans, il éprouve déjà une violente révolte contre le « parler ordinaire ». Son père meurt en 1923 et il connait un sentiment qu'il qualifiera lui-même de « rage de l'expression » (désir de s'exprimer mais difficulté éprouvée à y parvenir).

Le Parti pris des choses est un recueil de poèmes en prose qui paraît en 1942. Le Papillon fait partie de ce recueil.

Questions possibles à l'oral : Ce poème est-il un éloge de la transformation ?





Texte du poème

Le papillon


    Lorsque le sucre élaboré dans les tiges surgit au fond des fleurs, comme des tasses mal lavées, - un grand effort se produit par terre d'où les papillons tout à coup prennent leur vol.
    Mais comme chaque chenille eut la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri par la véritable explosion d'où les ailes symétriques flambèrent.
    Dès lors le papillon erratique ne se pose plus qu'au hasard de sa course, ou tout comme.
    Allumette volante, sa flamme n'est pas contagieuse. Et d'ailleurs, il arrive trop tard et ne peut que constater les fleurs écloses. N'importe : se conduisant en lampiste, il vérifie la provision d'huile de chacune. Il pose au sommet des fleurs la guenille atrophiée qu'il emporte et venge ainsi sa longue humiliation amorphe de chenille au pied des tiges.
    Minuscule voilier des airs maltraité par le vent en pétale superfétatoire, il vagabonde au jardin.

Francis Ponge - Le Parti pris des choses - 1942


Vocabulaire :
Erratique : sans comportement planifié.
Guenille : personne méprisable, vaurien.
Lampiste a ici un double sens :
 - Employée chargée de l'entretien des lampes.
 - Personne que l'on fait passer pour responsable d'une faute commise par ses supérieurs (familier).
Superfétatoire : superflu


Le paysage aux papillons, Dali, 1956
Le paysage aux papillons, Dali, 1956


Annonce des axes

I. La métamorphose du papillon
1. Une description réaliste de la nature
2. La métamorphose : une explosion
3. Une métamorphose incomplète

II. Un poème sur la transformation
1. Une nature ramenée au monde humain
2. Un poème sur la transformation
3. Une transformation bénéfique ?



Commentaire littéraire

I. La métamorphose du papillon

1. Une description réaliste de la nature

Une partie de la description de Ponge de la nature est assez réaliste. Réseau lexical de la nature ("tiges, "fleurs", "papillon"…).
Description précise d'un phénomène ("sucre élaboré").

La nature est généreuse dans cette première phrase, puisque le sucre "surgit" -> impression d'abondance.

Le papillon n'est pas mentionné directement -> effet d'attente.

Cette description est comme un récit montrant l'activité du paillon, de son envol à l'errance finale : événement activant l'activité du papillon -> retour sur la métamorphose du papillon -> activité du papillon -> errance du papillon.

Utilisation de connecteurs temporels pour décrire le déroulement du récit : "Lorsque", "tout à coup", "Dès lors"…


2. La métamorphose : une explosion

La métamorphose est représentée comme une véritable explosion.
La métaphore de l'explosion est filée.


"Mais comme chaque chenille eut la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri par la véritable explosion d'où les ailes symétriques flambèrent."

L'explosion a aveuglé la chenille par sa lumière, et l'a laissé "noire", et elle a pour conséquence d'un torse amaigri => brûlure d'une explosion.
Le terme "explosion" est utilisé explicitement, c'est une hyperbole.

Cette explosion n'est pas anarchique puisqu'elle génère des ailes "symétriques".

L'utilisation du terme "flambèrent" rappellent l'idée d'explosion et de rapidité.
Toute la vie du papillon est concentrée dans ses ailes puisque ce sont les seuls éléments du papillon qui ne sont pas détériorés par l'explosion, mais qui au contraire naissent de l'explosion.

On a donc l'idée que la chenille se transforme en papillon d'un seul coup, dans un éclat de lumière.

Cette métaphore filée de l'explosion est liée à la métaphore de l'allumette volante plus loin dans le poème.


3. Une métamorphose incomplète

Le paillon subit les conséquences de la métamorphose : "chaque chenille eut la tête aveuglée" => le papillon ne s'est pas remis de cet aveuglement puisqu'il a un comportement "erratique" (= non planifié, hasardeux).

Les corps du papillon portent encore les stigmates de la métamorphose : "la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri" -> utilisation d'adjectifs péjoratifs.

L'explosion a une double conséquence : néfaste (brûlure, aveuglement, torse amaigri…) et bénéfique (naissance du papillon).

"la guenille atrophiée qu'il emporte" désigne le reste du corps de la chenille. Il y a d'ailleurs une similarité de sonorités dans les mots guenille et chenille. L'utilisation du verbe emporter montre que ce corps ne fait pas tout à fait partie du papillon et qu'il est un fardeau pour ce papillon.


II. Un poème sur la transformation

Ce poème a pour thème la transformation d'un papillon, pourtant, les métaphores poétiques nous montrent la vision de Ponge au-delà de ce premier aspect des choses, et replacent le poème dans le cadre du monde humain.

1. Une nature ramenée au monde humain

Ponge fait correspondre le monde végétal et animal au monde humain, grâce aux métaphores.
Effet comique par le décalage de la première métaphore du poème qui compare les fleurs, symboles de la vie et de la beauté, à des "tasses mal lavées" ramenant ainsi la fleur au rôle de simple contenant pour le sucre dont les papillons viendront se nourrir.
Ponge ramène la nature à un univers humain et familier, presque domestique. On a ici paradoxalement l'inverse de ce que l'on trouve d'habitude dans ses poèmes puisque d'habitude Ponge voie la poésie dans des objets où ne penserait pas la voir.

Personnification du papillon : utilisation du terme "torse" qui se rapporte plutôt au corps humain (on parle de thorax pour les insectes). Métaphore filée du lampiste. Utilisation du verbe "vagabonder".

Notion de travail et de productivisme : sucre "élaboré", "lampiste", "vérifie la provision d'huile" -> connotation industrielle.


2. Un poème sur la transformation

Le papillon, thème et nom du poème, est un symbole de la transformation puisqu'il naît chenille pour devenir papillon.

Un événement soudain déclenche un changement.
L'utilisation du terme "Lorsque" en début de poème et du verbe surgir montre la soudaineté de l'événement (l'arrivée du sucre). Cet événement a une conséquence immédiate, introduite par le tiret de la première phrase, et cette conséquence est importante " grand effort" et immédiate "tout à coup".

Interprétation possibles : transformation politique par une révolution, libération du joug d'un ennemi tyrannique (le poème est publié en 1942, pendant la seconde guerre mondiale), passage de l'âge enfant à l'âge adulte (adolescence qui est le temps des changements du corps), lutte des classes (ascension sociale comme le papillon qui passe du sol à la fleur) …


3. Une transformation bénéfique ?

On ne peut pas ici parle d'un éloge de la transformation, car comme indiqué précédemment, la transformation a une double conséquence : néfaste et bénéfique.

Comme indiqué, la transformation a laissé des séquelles physiques handicapantes et irréversibles.
Ces séquelles enlèvent le libre arbitre du papillon, puisqu'il se pose "au hasard", et a un comportement "erratique", comme s'il ne pouvait plus raisonner.

Le papillon est symbole de la vie. Pourtant, il ne transmet pas cette vie à d'autres : "sa flamme n'est pas contagieuse."

La transformation a été trop tardive puisqu'il arrive "trop tard" sur les fleurs.
Il se transforme alors en lampiste avec une métaphore filée. Lampiste a ici un double sens :
- Employée chargée de l'entretien des lampes.
- Personne que l'on fait passer pour responsable d'une faute commise par ses supérieurs (familier).
Le deuxième sens est bien sûr péjoratif.
De plus, la tâche de ce lampiste est peu gratifiante : vérifier la quantité d'huile.

Utilisation du terme péjoratif "guenille".

Cependant, la transformation permet au papillon de se "venger" de "sa longue humiliation amorphe de chenille au pied des tiges.". Mais cette vengeance est en fait illusoire puisqu'il ne peut que se comporter en lampiste sur les fleurs.

Interprétation possible : critique de la société qui paraît promouvoir l'ascension sociale (papillon qui passe du sol à la fleur), vue comme une vengeance par le protagoniste, mais qui en fait n'est qu'illusoire.

Enfin, dans la dernière phrase du poème, on voit que le papillon n'est plus maître de ses mouvements car il est "maltraité par le vent" et il "vagabonde" -> pas de but précis, la transformation n'a pas pu donner de but à sa vie.
Cette dernière phrase montre également la fragilité et la beauté du papillon par une dernière métaphore : "minuscule voilier des airs".

=> Libre interprétation pour le lecteur sur l'intérêt de la transformation de la chenille en papillon, et donc de la transformation en général.


Conclusion

    Le poème Le papillon, de Francis Ponge, décrit la métamorphose et l'activité d'un papillon. Pourtant, les métaphores ramènent le lecteur au monde humain. Ce poème sur la transformation n'est pas un éloge de la transformation, mais l'interprétation est libre pour le lecteur.
    Par ce texte en prose, Ponge nous livre un poème grâce à sa vision au-delà de l'aspect premier des choses qu'il nous transmet grâce à ses métaphores.

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Merci à celui ou celle qui m'a envoyé cette analyse sur Le papillon de Francis Ponge