Introduction
Adraste vient d’apprendre qu’Isabelle ne l’aime pas et se rend chez Géronte pour le convaincre qu’il doit épouser Isabelle.
Hors-scène entre Géronte et sa fille qui ont un affrontement verbal comme nous le montrerons dans notre lecture analytique. L'autre problème que nous verrons est qu’il y a une argumentation déséquilibrée entre les 2 protagonistes. Ou encore : l’enjeu de cette scène est un discours polémique. Pour cela nous verrons tout d’abord que le débat s’appuie sur la force du père puis nous montrerons la présence d’une argumentation habile de la part d’Isabelle et enfin, nous analyserons l’importance de cette scène.
I. Un débat qui s’appuie sur la force du père.
a. Une relative impatience et insensibilité.
—› Géronte emploie l’impératif pour qu’elle arrête de pleurer.
—› " coupe net à la discussion.
b. Un père semi-démurge.
—› vers 629 : Je connais votre bien beaucoup mieux que vous-même.
—› champ lexical du devoir, de l’obligation.
—› met en avant les qualités d’Adraste comme un juge tout puissant pour mieux convaincre sa fille. Vers 634
c. Un père autoritaire, sarcastique.
—› emploie l’impératif
—› adjectifs qui vilipendent sa fille pour la rendre inférieure
—› mode indicatif (certitude)
—› champ lexical du pouvoir, de la puissance
—› il dévalorise Matamore, l’ennemi d’Adraste qu’il croit être son prétendant
—› questions oratoires, ironiques
—› antiphrases ironiques : dire le contraire de ce que l’on pense aux vers 659-660, antiphrase hyperbolique au vers 660. Ton injonctif.
II. Une habile argumentation d’Isabelle.
a. Schéma, structure argumentative.
La première réplique d’Isabelle est longue, sans tâtonnement mais avec force, elle fait une concession "je sais qu’il est parfait" concernant l’éloge d’Adraste : mea culpa en admettant les qualités d’Adraste. Elle emploie un terme mélioratif mais très vite elle justifie son opposition aux choix paternels en osant répondre à la question de Géronte. C’est pour mieux contre argumenter. Elle commence par le connecteur d’opposition "mais". Elle dit qu’elle ne peut pas exercer son libre-arbitre au vers 638, qu’elle est soumise aux lois du destin car une force céleste la domine et désobéir la mettrait en grave péril (valeur religieuse). Elle oppose cet argument religieux à l’autorité de son père. De plus, elle emploie une ponctuation forte, vers 662.
b. Au niveau de l’énonciation.
—› déictique perso "je" pour faire son mea culpa, reconnaître son infériorité.
—› rapidement, elle emploie des tournures générales impersonnelles "nous" vers 641, 642 ; "notre" vers 643 ; "on" vers 647.
—› emploi du mode impersonnel : l’indicatif vers 649, 650, 651
=› sentence, maxime solennel donc convaincre son père ; valeur atemporelle.
c. Une volonté de se déculpabiliser.
En plus des tournures générales, on a le champ lexical des chaînes : attaches, assorties, unir, chaîne. L'idée d’attachement, d’aliénation (soumission), souligne l’idée qu’elle est irresponsable de ses sentiments.
Isabelle emploie une réelle argumentation contrairement au père qui ne s’appuie pas sur un raisonnement mais sur sa force paternelle.
III. L’importance de cette scène.
a. Dans l’intrigue.
—› refus de Géronte laisse présager une fin funeste, tragique, vers 661 ; 672 mais la détermination d’Isabelle annonce des rebondissements.
b. Pour Pridamant.
C’est une 1ère catharsis grâce à un effet de symétrie, de miroir. En effet Pridamant serait le double de Géronte pour l’abus du pouvoir paternel et Clindor, le double d’Isabelle. Géronte est antipathique pour nous et Pridamant pourra remettre en cause lui et son attitude envers Clindor.
c. Importance pour nous et les parents.
—› une dénonciation impressive, connotative. L’idée d’Aristote que le théâtre est cathartique s’illustre ici si Corneille arrive à changer dans le public certains parents trop autoritaires.
–––› Bilan
ouverture : Roméo et Juliette, L’école des femmes
Merci à Amandine qui m'a envoyé cette fiche...