XIIIL'histoire a pour égout des temps comme les nôtres,Et c'est là que la table est mise pour vous autres. C'est là, sur cette nappe où joyeux vous mangez, Qu'on voit, - tandis qu'ailleurs, nus et de fers chargés, Agonisent, sereins, calmes, le front sévère, Socrate à l'agora, Jésus-Christ au calvaire, Colomb dans son cachot, Jean Huss sur son bûcher, Et que l'humanité pleure et n'ose approcher Tous ces gibets où sont les justes et les sages, - C'est là qu'on voit trôner dans la longueur des âges, Parmi les vins, les luths, les viandes, les flambeaux, Sur des coussins de pourpre oubliant les tombeaux, Ouvrant et refermant leurs féroces mâchoires, Ivres, heureux, affreux, la tête dans des gloires, Tout le troupeau hideux des satrapes dorés ; C'est là qu'on entend rire et chanter, entourés De femmes couronnant de fleurs leurs turpitudes, Dans leur lasciveté prenant mille attitudes, Laissant peuples et chiens en bas ronger les os, Tous les hommes requins, tous les hommes pourceaux, Les princes de hasard plus fangeux que les rues, Les goinfres courtisans, les altesses ventrues, Toute gloutonnerie et toute abjection, Depuis Cambacérès jusqu'à Trimalcion. 4 février 1853. |
I- La scène d’orgie
Nous avons affaire à une sorte de tableau (Géricault ou Delacroix).
L’organisation de ce tableau : composition et couleur. Il s’agit
d’une scène de banquet. Le pluriel : « tous les hommes », « satrapes
dorés ». Au centre, il y a les personnages qui festoient et les
personnages acteurs entourés de femmes. Il y a des couleurs de la peinture
romantique : les ors, les peintures font contraste avec le noir. Opposition entre
l’altitude, représentée par l’or, en dessous (le rouge : le pourpre, la viande, le vin) et en bas le sombre du peuple. Les détails
qui connotent le luxe sont « les coussins », « les viandes », « les
lumières » et « les ors » et « les fleurs ».
L’orgie est un terme ambivalent. L’orgie est un festin religieux.
On voit évoluer le concept d’orgie jusqu'à être un
trait distinct de la société en perdition => adjectifs péjoratifs
Gloutonnerie => abjection.
Il y a une image animale (« requin », « pourceaux »).
Jeu des mâchoires qui renvoie à la bestialité. Il y a toutes
les valeurs péjoratives attachées à la férocité.
Dans cette société en décadence, même le peuple est
perverti => connotation de la bassesse (le peuple qui, comme le chien se contente
des os).
II- Dimension symbolique
La bassesse est évoquée au sens littéral du texte.
La fange est symbole de bassesse.
Les allégories : « la tête dans les gloires », « l’humanité pleure ».
Soit les actions se déroulent une fois, soit elles sont itératives.
Ici, la scène est itérative (habituelle). La scène
se passe plusieurs fois. Le présent a une valeur itérative.
L’infinitif a également une valeur itérative. Indétermination
du témoin : « on » => l’humanité a vu, voit
et verra toujours cette scène. Plus une scène est itérative,
plus elle décolle de la réalité. La représentation
de l’histoire : catégorie historique. Il y a des victimes,
surtout victimes de leurs idées (« Colomb », « Jean
Hus »). Jésus Christ et Socrate sont mystiques. Il y a une
mise en parallèle entre mythe et personnages historiques. L’histoire
est traitée pour sa valeur symbolique. Schéma simplifié de
l’histoire. La disposition des idées dans le poème
est plastique.
Le tout est encadré par la métaphore de l’égout
(qui traverse les Châtiments). Les ordures se jettent aux égouts
et immanquablement l’eau va emporter tout ce qu’il s’est
passé. Idée péjorative mais aussi porteuse d’espoir.
III- La satire
Ici, la forme satirique est sèche et fonctionne comme un lance-pierre.
La forme énonciative : alternance de discours et de description.
L’énonciation satirique veut influencer l’autre mais
aussi le dénoncer en mettant l’accent sur les points les plus
vicieux de son comportement. « Les nôtres », « vous
autres ». Pour le poète, le monde est divisé en deux
camps. Le « vous » est exclusif. Les 2 camps sont divisés
par deux adverbes de lieux (« ici » et « ailleurs »).
Le présent des 3 premiers vers est un présent d’énonciation.
Puis au vers 4, le présent a une valeur de généralité.
La forme énonciative a une valeur de généralité.
La forme énonciative a une valeur symbolique puissante. L’antithèse
est au service de l’énonciation.
L’énumération est typique de la satire. Il y a une énumération
dans les 2 camps (aussi, les anaphores). L’hyperbole passe par un
emploi des adjectifs, substantifs, quantificateurs (tous, mille, le pluriel...)
L’hyperbole participe à la volonté d’agrandissement.
Le « r »pour « rire » et « chanter ».
Conclusion :
Festin gigantesque et orgiaque. « L’histoire a pour égout
des temps comme les nôtres » nous donne un
exemple de la satire. Vision puissante rapide et fulgurante. Ce thème
sera repris dans l’un des derniers poèmes du recueil (« L’égout
de Rome »).
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