Introduction
Nathalie Sarraute est née en Russie en 1900 (morte en 1999), ses parents se séparent très tôt, elle devient avocate en France, se cache pendant la seconde guerre mondiale (
à
juive). Elle commence à écrire en 1932 (publiée en 39) avec
Tropisme à
texte fondateur du " nouveau roman ". Dans les années 50, elle publie des romans :
Portrait d'un inconnu ;
Martereau ;
Planétarium. Elle se différencie des romans traditionnels et elle montre son attention aux détails les plus secrets, concernant aussi bien pensées que paroles des personnages. Une œuvre également critique : 1956
à
L'ère du soupçon. Plusieurs pièces de théâtres :
Le silence (1964),
Pour un oui ou pour un non (1982). En 1983,
Enfance et son dernier ouvrage
Ici (1995).
Nathalie Sarraute, pionnière du new roman tente de rendre
compte de son existence par une autre forme littéraire. Effectivement,
c'est cette recherche d'écriture qui l'attire quand elle commence Enfance,
un texte autobiographique où les souvenirs sont juxtaposés dans
de courts chapitres. Un jour au cours duquel son beau père et sa mère
font semblant de " lutter ", la petite fille veut entourer
sa mère mais elle se fait repousser.
Nathalie Sarraute innove puisqu'elle construit ce récit sous la forme d'un dialogue à deux voix qui favorise le souvenir. On pourra se demander quelles sont ces deux voix qui accompagnent la difficile naissance de ce souvenir douloureux et quel est le regard que la narratrice porte sur ses parents et sur elle-même.
Lecture du texte
Annonce des axes
Etude
I - La forme originale du dialogue
Le chapitre forme un tout et repose sur un jeu questions/réponses entre 2 voix dont le lecteur ne connaît pas l'identité.
a) Tu " : la conscience adulte de l'écrivain ?
- forme des interventions (répliques de long variable espacées
de blancs = réflexion)
- son rôle (objectivité, donner déclic d'un souvenir qui doit resurgir, miroir, faire revivre la scène d'enfance à l'adulte)
- exigence de vérité (conscience = vigilance, corrige ss indulgence,
métaphores)
b) Je " : l'enfant, narratrice instinctive et candide
- Un être de sentiments (lexique de l'affectivité, désir
de
garder ses illusions
à
imparfait)
- douceur et bienveillance (vulnérabilité enfant
à
image du verre)
- Simplicité (discours narratif et simple
à
connect chronologique et métaphores simples)
c) La difficile émergence du souvenir
- Ce chapitre progresse sur le rythme des étapes d'un apprentissage, je
se rend à tu
à
points de suspension, enchaînement des répliques.
- La fin du dialogue montre la victoire de la conscience
à
répliques consciences plus longues, elle a le dernier mot.
II - Le portrait des parents : renaissance de l'enfant ?
a) Kolia : la tendresse émouvante pour un père qui n'est pas le sien :
Un physique en accord avec sa personnalité affable (doux…). Nathalie Sarraute
utilise
des phrases narratives pour le décrire. Elles sont calmes, balancées
à
ce n'est pas lui qui repousse la petite fille
à
rôle tendre.
b) La mère
Elle n'a aucune existence physique
à
uniquement la jupe, ses phrases sont figées (dicton, intervention au
style direct qui rend compte de l'agacement).
c) Un couple : " un même parti "
Cette expression montre bien la complicité, connivence entre les deux adultes qui attirent l'enfant et dont il croit faire partie.
L'enfant aime les deux parents individuellement mais il aime aussi l'unité qu'ils forment.
d) Une union qui créé l'exclusion
Couple affermit par répétition de noms associés, mais cette union exclut la petite fille
à
" corps étranger ". L'enfant se construit par rapport à ce couple. C'est une douloureuse expérience d'une naissance à soi-même
à
métaphore biologique finale (organisme qui expulse un corps étranger).
Conclusion
La nouvelle forme que Nathalie Sarraute donne à l'autobiographie privilégie l'instant où se forme le souvenir rappelle
Tropismes (1939)
à
" mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ". En cela, elle ouvre la voie à une nouvelle conception de l'autobiographie, à une écriture nouvelle, moderne et marquée par la psychanalyse. L'enjeu de ce passage est autant psychologique qu'esthétique.