Colloque sentimental

Verlaine - Les Fêtes galantes









Introduction

Colloque sentimental est le dernier poème du recueil Les Fêtes galantes de Verlaine (texte complet du recueil Fêtes galantes).
Ce poème est un dialogue entre deux interlocuteurs : c’est en fait une pièce de théâtre dans le poème. Ce dialogue est encadré par un décor. Ce poème est constitué de strophes de deux vers appelés distiques.

Verlaine
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Texte du poème Colloque sentimental de Verlaine


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Lu par René Depasse - source : litteratureaudio.com

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Verlaine
Les fêtes galantes



Annonce des axes

I. L’histoire d’une rencontre
1. Le décor symbolique
2. Le temps à fait son œuvre
3. Les deux personnages

II. L’impossible dialogue
1. L’échange dissymétrique
2. Le refus de communication



Commentaire littéraire

I. L’histoire d’une rencontre

Le poème est constitué de trois strophes initiales de narration et de une strophe finale de narration après le dialogue.

1. Le décor symbolique

- Ces strophes de narrations encadrent donc le poème de façon dissymétrique. Les distiques sont unis par les rimes (plates = monotonie, tristesse) AABBAA…

- Le dialogue est encadré par les rimes AA et BB (décor). Ce cadre est connoté par la tristesse, le froid, l’abandon. (vers 1) « vieux, solitaire, glacé » => cela retrace la mort et la souffrance.

- Verlaine est hanté par les fantômes et il se sent abandonné « avoine folle »

- La répétition du vers 1 au vers 5 est l’image d’un enfermement

- Il y a une opposition fantastique qui disparaît au vers 15 et dont on se demande si l’on a réellement entendu les paroles.


2. Le temps à fait son œuvre

- Le début du poème est au passé composé donc un passé proche évoqué par le complément « tout à l’heure » (les présents « sont molles » « sont mort » ont un caractère intemporel)

- Au vers 6, le passé semble s’éloigner. Au vers 15, après l’imparfait, on a une rupture avec le passé simple qui nous montre la fin définitive du poème (vers 16) => il correspond à la fin des paroles, la fin du rêve d’un des interlocuteurs. C’est un passé qui ne peut être ravivé. Le dialogue cesse mais a-t-il existé ou provient-il de l’imagination du poète ?

- Verlaine fait un effort pour revivre le passé (vers 7) mais il va être arrêté par le présent (vers 8) qui est désenchanté par rapport au passé magnifique (vers 13).


3. Les deux personnages

Les deux personnages sont deux interlocuteurs anonymes qui ont une absence de vie.

Vers 2 : « deux formes », vers 6 : « deux spectres », vers 3 : « leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles » => absence de réalité physique
Vers 16 : « Et la nuit seule entendit leur parole » => leurs paroles ne s’accordent pas


II. L’impossible dialogue

1. L’échange dissymétrique

- On remarque une opposition du tutoiement pressant (vers 7-9-10-12), de la complicité (nous => intimité) et du vouvoiement pour mettre la distance (vers 8 puis plus de référence à l’autre dans les réponses).

- Répliques longues exprimant une vision idéale de l’amour, avec des mots hyperboliques : « extase », « ton cœur », « mon âme », « bonheur indicible » => exalté. Ces répliques sont différentes aux réponses froides ou l’interlocuteur est maître de lui => négation de l’amour, désenchantement (vers 14)


2. Le refus de communication

Il y a une accumulation de questions (vers 7-9-10) et d’exclamation (vers 11-12-13) auxquelles l’interlocuteur répond en monosyllabes ou en phrases très brèves, très sèches. Il fait une interrogation rhétorique qui est une fin de non recevoir.

- 1er interlocuteur :

Il essaie de raviver l’amour et recherche une alliance

=> Il utilise des pronoms personnels et des adjectifs possessifs de la 2ème personne du singulier et de la 1ère personne du singulier et du pluriel « je + tu = nous »

=> Vers 9-10, il recherche une réunion et montre la volonté d’abolir la fuite du temps. Emploie du présent et de l’adverbe toujours qui insistent sur la continuité. Les « ? » ont une valeur affective et seront remplacés par des exclamations.

Le 1er interlocuteur trouve son bonheur dans le passé (présent remplacé par l’imparfait)

- 2ème interlocuteur :

Il refuse de se souvenir de l’amour. Sa 1ère réplique est une interrogation, un refus. L’interlocuteur répond aux sentiments (extase) par la raison (pourquoi… donc). Ce sont des réponses laconiques qui stoppent le 1er interlocuteur (vers 9-10, il reste un monosyllabe pour la réplique du second. Pareil vers 12 : 3 syllabes)

- Dans le dernier distique du dialogue, le deuxième interlocuteur répond de façon pessimiste

Ces deux vers sont construits en chiasme (adjectif valorisant + nom + adjectif postposé + nom). Le vers 13 est l’axe de symétrie.




Conclusion

   Dans Colloque sentimental, Verlaine dégage une atmosphère de désespoir, de pessimisme et de désenchantement. Le décor correspond au paysage intérieur, à l’instinct de vie et à l’instinct de mort. Il y a un dialogue interne du poète qui est le conflit d’un être vivant (Eros, Thanatos).
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Merci à celui ou celle qui a réalisé cette analyse de Colloque sentimental, de Verlaine