Introduction
Problématique : Comment Charles
Baudelaire pressent-il qu’au fond de la laideur peut germer l’ébauche
de la beauté d’un monde
gracié ? En quoi cette présentation paradoxale crée-t-elle
de l’ironie ?
Lecture du texte
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XXIX - Une Charogne
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
Tout cela descendait, montait comme une vague
Et ce monde rendait une étrange musique,
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Derrière les rochers une chienne inquiète
- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire |
Explication du texte
I – La fusion du laid et du beau et l’ironie qui s’en dégage
1.1 Le choc des oppositions
- Antithèses et rimes antisémantiques
: « beau matin d’été
si doux » -> « charogne infâme » + « mon âme
» qui désignent la femme et rime avec « infâme »
- Oxymores à effet ironique « carcasse
superbe »
- Antithèse qui crée des chocs d’atmosphère et marque
la distance ironique : « soleil rayonnait sur cette pourriture »
-> opposition et association de 2 CL incompatibles, ironie mais
aussi façon
de traduire l’indissociable lien entre le beau et le laid, entre les « fleurs » et le « mal » : voir la comparaison « comme
une fleur s’épanouir » + ironie de l’utilisation
de
« cuire »
-> déplacement vers le culinaire
alors qu’on
n’a pas faim devant un tel tableau…
1.2 Le tableau de l’horreur
- Lexique de la vermine exagérément développé :
« mouches, larves… »
- Gaieté ironiquement associée à ce monde de la décomposition
« en pétillant, vivait en se multipliant » (paradoxe de
la vie qui naît de la mort, effet presque surnaturel, renforcé par
« étrange musique ») + « vivants haillons »
- Réorganisation de la vie à partir de la matière de la
mort « noirs bataillons ».
II – Comparaison de la femme et de la charogne, suite de l’ironie grinçante
2.1 Les association de l’érotisme
et de la mort (Eros et Thanatos)
- Allusions à connotations sexuelles : « jambes en l’air,
femme lubrique »
- « brûlante » -> double sens, celui de la fièvre
qui conduit à la mort, mais aussi celui du feu du désir.
- « son ventre » -> siège de la sensualité de la femme
- Cynisme des associations verbales désignant l’amour « manger
de baisers »
2.2 Le faux éloge romantique, la vraie
comparaison cynique
- Multiplication des apostrophes et des désignations romantiques et élogieuses,
célébrant la beauté de la femme, divinisée : « reine
des grâces, soleil de ma nature, mon ange, étoile de mes
yeux » ? reprise des expressions traditionnelles.
- Mais opposition au langage cru de la comparaison avec la charogne : «
vous serez semblable à cette ordure…horrible infection ».
III – Puisque le temps détruit le réel, le poète le recompose par l’écrit et la création d’un autre monde, sublimé : la fonction de l’art
3.1 Strophe 8
- Affirmation de la fonction de l’artiste par comparaison au peintre
: il recrée une réalité idéale à partir
de l’ébauche que laisse le réel : « les
formes s’effaçaient »… « l’artiste
achève » : son travail
est celui de la reconstruction de ce que le réel détruit.
3.2 La sublimation par l’écriture
- Valeur didactique du poème Une Charogne : il montre par l’exemple de cette
description de la charogne la technique qui est la sienne pour recréer
la beauté à partir de la décomposition. Il ouvre cette
décomposition par des procédés hyperboliques (exagérations
des horreurs décrites) pour mieux expliquer son travail de recomposition
par l’écriture et la sublimation.
- Le poète reconstitue « l’essence divine » de ce
que le réel, donc le temps, détruit : « les amours décomposés
» sont recomposés dans le poème et l’univers qu’il
réinvente.
Conclusion
Merci à Anne-Sophie qui m'a envoyé cette fiche...