DOM JUAN  de Molière

Acte I, scène 1







Annexe : Biographie de Molière


Introduction :

En 1664, Le Tartuffe est de nouveau interdit. Pour nourrir sa troupe Molière écrit en 2 mois une autre pièce : Dom Juan.

- Scène d’exposition -> relation maître-valet, portrait implicite du valet, l’intrigue avec Done Elvire
- Portrait du maître fait par le valet -> C’est le Diable lui-même

Problématique : Comment Molière répond-il aux questions que se posent les spectateurs et comment réussit-il à les surprendre tout en les informant?


Lecture du texte

Dom Juan - Molière

ACTE I
SCÈNE PREMIERE - SGANARELLE, GUSMAN.


SGANARELLE tenant une Tabatiere.
Quoy que puisse dire Aristote, et toute la Philosophie, il n'est rien d'égal au Tabac, c'est la passion des honnestes gens ; et qui vit sans Tabac, n'est pas digne de vivre ; non seulement il réjoüit, et purge les cerveaux humains ; mais encore il instruit les ames à la vertu, et l'on apprend avec luy à devenir honneste homme. Ne voyez-vous pas bien dés qu'on en prend, de quelle maniere obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravy d'en donner, à droit et à gauche, par tout où l'on se trouve ? On n'attend pas mesme qu'on en demande, et l'on court au devant du soûhait des gens : tant il est vray, que le Tabac inspire des sentimens d'honneur, et de vertu, à tous ceux qui en prennent. Mais c'est assez de cette matiere, reprenons un peu nostre discours. Si bien donc, cher Gusman, que Done Elvire ta Maistresse, surprise de nostre départ, s'est mise en Campagne aprés nous ; et son coeur, que mon Maistre a su toucher trop fortement, n'a pû vivre, dis-tu, sans le venir chercher icy ? veux-tu qu'entre-nous je te dise ma pensée ; j'ay peur qu'elle ne soit mal payée de son amour, que son voyage en cette Ville produise peu de fruit, et que vous eussiez autant gagné à ne bouger de là.

GUSMAN.
Et la raison encore, dy moy, je te prie, Sganarelle, qui peut t'inspirer une peur d'un si mauvais augure ? ton maistre t'a-t-il ouvert son coeur là-dessus, et t'a t'il dit qu'il eust pour nous quelque froideur qui l'ait obligé à partir ?

SGANARELLE.
Non pas, mais, à veuë de païs, je connois à peu prés le train des choses, et sans qu'il m'ait encore rien dit, je gagerois presque que l'affaire va-là. Je pourrois peut-estre me tromper, mais enfin, sur de tels sujets, l'experience m'a pû donner quelques lumieres.

GUSMAN.
Quoy, ce départ si peu préveu, seroit une infidelité de D. Juan ? il pourroit faire cette injure aux chastes feux de D. Elvire ?

SGANARELLE.
Non, c'est qu'il est jeune encore, et qu'il n'a pas le courage.

GUSMAN.
Un homme de sa qualité feroit une action si lâche ?

SGANARELLE.
Eh oüy ; sa qualité ! la raison en est belle, et c'est par là qu'il s'empescheroit des choses.

GUSMAN.
Mais les saints noeuds du mariage le tiennent engagé.

SGANARELLE.
Eh ! mon pauvre Gusman, mon amy, tu ne sçais pas encore, croy moy, quel homme est D. Juan.

GUSMAN.
Je ne sçay pas de vray quel homme il peut estre, s'il faut qu'il nous ait fait cette perfidie ; et je ne comprends point, comme aprés tant d'amour, et tant d'impatience témoignée, tant d'hommages pressants, de voeux, de soûpirs, et de larmes ; tant de lettres passionnées, de protestations ardentes, et de sermens reïterez ; tant de transports, enfin, et tant d'emportemens qu'il a fait paroître, jusqu'à forcer dans sa passion l'obstacle sacré d'un Convent, pour mettre D. Elvire en sa puissance ; je ne comprends pas, dis-je, comme aprés tout cela il auroit le coeur de pouvoir manquer à sa parole.

SGANARELLE.
Je n'ay pas grande peine à le comprendre moy, et si tu connoissois le pelerin, tu trouverois la chose assez facile pour luy. Je ne dis pas qu'il ait changé de sentimens pour D. Elvire, je n'en ay point de certitude encore ; tu sçais que par son ordre je partis avant luy, et depuis son arrivée il ne m'a point entretenu, mais par precaution, je t'apprens (inter nos) que tu vois en D. Juan mon Maistre, le plus grand scelerat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un Diable, un Turc, un Heretique, qui ne croit ny Ciel, ny Enfer, ny loup-garou, qui passe cette vie en veritable beste-brute, un pourceau d'Epicure, un vray Sardanapale, qui ferme l'oreille à toutes les remontrances [chrestiennes] qu'on luy peut faire, et traite de billevezées tout ce que nous croyons. Tu me dis qu'il a épousé ta Maîtresse, croy qu'il auroit plus fait pour sa passion, et qu'avec elle il auroit encore épousé toy, son chien, et son chat. Un Mariage ne luy coûte rien à contracter, il ne se sert point d'autres pieges pour attraper les belles, et c'est un épouseur à toutes mains, Dame, Demoiselle, Bourgeoise, Païsane, il ne trouve rien de trop chaud, ny de trop froid pour luy ; et si je te disois le nom de toutes celles qu'il a épousées en divers lieux, ce seroit un chapitre à durer jusques au soir. Tu demeures surpris, et changes de couleur à ce discours ; ce n'est-là qu'une ébauche du personnage, et pour en achever le portrait, il faudroit bien d'autres coups de pinceau, suffit qu'il faut que le courroux du Ciel l'accable quelque jour : qu'il me faudroit bien mieux d'estre au diable, que d'estre à luy, et qu'il me fait voir tant d'horreurs, que je souhaiterois qu'il fust déja je ne sçay où ; mais un grand Seigneur méchant homme est une terrible chose ; il faut que je luy sois fidele en dépit que j'en aye, la crainte en moy fait l'office du zele, bride mes sentimens, et me reduit d'applaudir bien souvent à ce que mon ame deteste. Le voila qui vient se promener dans ce Palais, separons-nous ; écoute, au moins, je t'ay fait cette confidence avec franchise, et cela m'est sorty un peu bien viste de la bouche ; mais s'il faloit qu'il en vinst quelque chose à ses oreilles, je dirois hautement que tu aurois menty.



Annonce des axes

Explication du texte :

I - Portrait d’un séducteur :

- pèlerin -> péjoratif : va de fête en fête

- 5 énumérations :

  • (deux phrases) hyperboles
  • (idem) croyances de Dom Juan -> Ø
  • (3 phrases) ternaire -> ordre décroissant du plus au moins important -> c’est pour le spectateur
  • (4 phrases) ternaire -> Dom Juan ne respecte pas le sacrement du mariage, donc il ne croit pas à la religion -> prédateur des fêtes
  • (5 phrases) gradation décroissante -> hiérarchie

    - Sganarelle se flatte de son maître -> démonstratifs, etc.

    - Sganarelle se donne de l’importance en utilisation quelques termes -> pédant

    è Molière se moque de l’intolérance de l’époque(ex : ‘turc’-> quelqu’un pense Ø)

    è Dom Juan -> héros peu sympa -> séducteur / débauché / impie


    II - Rapports maître – valet :

    - plein d’exagérations
    - Sganarelle Se prend pour un artiste -> métaphore filée grossière/comique
    - Souhaits de Sganarelle Rapport avec fin du texte
    - Sganarelle se plaint -> mais grandeur Dom Juan le soumet -> (trois phrases) rythme ternaire -> gradation -> impuissance, lâcheté, hypocrisie -> Dom Juan > volonté humaine
    - Dom Juan arrive-> comique -> Sganarelle vient d’avouer sa lâcheté et en fait preuve-> Comique du valet bouffon

    è 2 personnages peu sympathiques -> Maître monstre, Valet ridicule -> Dom Juan nous inquiète, et nous ne faisons pas confiance à Sganarelle.


    Conclusion

        Molière résout le paradoxe de la scène en mettant les propos dans la bouche de Sganarelle. Ceci permet de surprendre et de séduire le spectateur tout en évitant la censure. Cette scène est originale : en nous parlant du tabac Sganarelle nous délivre les thèmes de la pièce et nous parle de Dom Juan.


    POUR LE BAC : (autres axes possibles)

  • portrait du méchant maître
  • portrait du valet bouffon / comique
  • univers de l’œuvre




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    Merci à Maya qui m'a envoyé cette fiche...